Mort d’une princesse

LoumiaDes commandos islamistes ont tué Loumia et son mari Mourad Amarsy à Bombay.Mourad auquel l’Etat français a rendu hommage pour services rendus à la France.  Ils se sont trompés de cible. Loumia n’était ni une occidentale repue, ni une militante du capitalisme effréné. Non, elle était simplement une femme libre, une chef d’entreprise valeureuse qui à l’âge de 20 ans avait créé son entreprise, Princesse tam-tam. Comme toutes les femmes libres de la planète, elle avait choisi sa vie ; elle aimait le monde des affaires et c’est ainsi qu’elle avait développé cette société de lingerie dont le concept allait à contrecourant de ses concurrents : une lingerie pour se plaire à soi, avant de plaire aux autres. De bon goût, pratique et pour toutes les actives qui tiennent la barre de ce bateau qu’est la vie, cette lingerie avait l’élégance de sa créatrice et incarnait son esprit.

Mais Loumia avait aussi choisi ceux qu’elle aime : Mourad qui est mort à ses cotés, sa famille et ses amis. Dès que la barque s’est stabilisée, elle a fait ses enfants avec l’homme de sa vie, Mourad. Cette alchimie réussie de l’harmonie entre vie professionnelle et vie privée atteste qu’elle était une femme de cœur. L’entreprise, créée avec sa sœur Shama, Mourad capitaine du bateau aux commandes des finances, a soudé la famille et donné des ailes à tous. Ses collaborateurs et collaboratrices, car c’étaient surtout des femmes qui travaillaient avec elle l’aimaient pour ce qu’elle avait d’authentique et de direct. Elles l’ont épaulée dans cette aventure d’amazones. En témoigne la peine que toutes disent éprouver aujourd’hui comme Marion Bablot, sa directrice marketing.

Ils se sont trompés de cible, les terroristes. Ils ont tué un couple d’entrepreneurs français, originaires d’Inde et de Madagascar, ouverts d’esprit et qui avaient décidé de retourner aux sources en s’installant à Bombay avec toute leur famille. Après leur réussite avec Princesse tam-tam, ils avaient largué les amarres avec les trois enfants pour ne pas s’enliser dans la routine et les beaux quartiers de Paris. Ils voulaient que leurs trois enfants découvrent le monde et comprennent que la vie ne se réduit pas à l’ « Occident way of life ». Ils voulaient aussi que les enfants renouent avec leurs racines et ne les renient pas. Ils avaient envie de construire un pont entre ces deux mondes dont ils incarnent la synthèse, celui des pays émergents et celui de notre monde occidental qui va de plus en plus s’ouvrir. Une synthèse puisqu’ils sont musulmans, puisque Loumia était une femme libre et Mourad un homme debout. C’est pour cela que les terroristes se sont trompés. Ils ont cru tuer des Occidentaux incarnant un capitalisme arrogant. Ils ont sacrifié des êtres humains généreux, aventuriers dans l’âme et conscients de la fragilité de l’existence et du besoin de ne jamais s’éloigner de cette vérité.

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