Reconnaître un Etat palestinien ? (2)

Alors que cette semaine l’Assemblée nationale doit se prononcer sur la question, le vœu déposé par le groupe Europe Ecologie-Les Verts demandant la reconnaissance de l’Etat de Palestine vient d’être adopté ce vendredi 21 novembre par la majorité de gauche du Conseil régional d’Île-de-France. Ce texte demande à la France de reconnaître la Palestine comme un Etat indépendant sur la base des frontières de 1967 -avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Pour le président du groupe des écologistes Mounir Satouri, « la reconnaissance de la Palestine crantera une étape importante sur le chemin d’une paix juste et durable en Palestine. Ce n’est qu’une étape qui devra engager ensuite la France plus fermement en vue de garantir la sécurité des deux Etats, dans des frontières sûres et reconnues ». Un vœu qui n’engage en rien l’Etat français mais qui manifeste la volonté (des écologistes et d’une partie de la gauche française) d’une reconnaissance politique en faveur de la paix. Les événements survenus en juillet (affrontements le 13 juillet 2014 rue de la Roquette devant la synagogue Don Isaac Abranavel suite à la manifestation de soutien aux Palestiniens dénonçant « l’agression israélienne contre Gaza », manifestations et violences le 20 juillet à Sarcelles qui ont fait dire au maire de Sarcelles Mr Puponi qu’une « horde de sauvages a basculé dans l’antisémitisme primaire »)  comptent dans cette décision. Ce vœu propose un acte politique dans une situation devenue inextricable sur le terrain. Tout d’abord, la France par ses autorités politiques veut affirmer que le conflit israélo-palestinien ne s’importera pas sur son territoire, refusant de voir là un conflit religieux s’inviter en terre laïque et républicaine. Pour certains parlementaires socialistes, dont l’ex-ministre Benoît Hamon, la solution est donc politique et passe par la reconnaissance d’un Etat palestinien par la France. Mais, et c’est le deuxième point, la vie en Israël et dans les territoires est devenue un enfer. Voitures-béliers qui s’attaquent aux piétons, tuerie dans une synagogue, affrontements permanents…  la violence est extrême et ne provient d’aucune cellule terroriste organisée mais d’actes individuels aiguisés par les réseaux sociaux extrémistes, alors que progressent les fondamentalismes religieux. Enfin, la situation est devenue inextricable du fait de la colonisation qui se poursuit ; elle a profondément modifié la Cisjordanie, rendant impossible l’unité d’un territoire qualifié de « peau de panthère » par les Palestiniens.

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Ma’ale Adumim, colonie à 7 km à l’est de Jérusalem, photos MPS

La construction du Mur de séparation a amplifié le phénomène… DCIM100MEDIA   Jérusalem, mur de séparation, ancienne route de Jéricho 

Un héritage qui laisse augurer l’affrontement des fauves dans un pays situé désormais à mille ans du sionisme laïc et démocratique originel ( dans lequel l’Etat hébreu est né). Dans ces conditions, l’avenir de deux Etats peut sembler compromis avant même une reconnaissance unanime des Etats occidentaux…

Photos MPS

Reconnaître l’Etat palestinien ?

L’Assemblée nationale se prononcera le vendredi 28 novembre prochain sur une résolution invitant le gouvernement à reconnaître l’Etat palestinien. L’ancien ministre Benoît Hamon est l’initiateur de cette proposition portée par les députés socialistes, sous la houlette d’Elisabeth Guigou (présidente de la Commission des Affaires étrangères à l’AN), proposition qui n’engagera pas le président de la République. Pour rappel, c’est dans la ligne de la position historique du Parti socialiste, exprimée dans le discours de Mitterrand à la Knesset en 1982 et qui demandait la coexistence de Deux Etats dans les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale commune. Pour information, je renvoie à mon livre, Au pied du Mur, Paris Jérusalem Ramallah (éd. François Bourin, Paris 2010) publié au lendemain de l’élection de Barak Obama et augurant les changements de la politique américaine au Moyen Orient.

 

La tension est extrême ce mois de novembre 2014, après un été d’affrontements. Les contrôles sont renforcés dans tout le pays.

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L’esplanade du Mur à gauche. Au fond la coupole dorée du Dôme du Rocher. 

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Jérusalem. Mur des Lamentations.

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Jérusalem, vue depuis le Mont des Oliviers

Négociations de paix au point mort

Pour les socialistes, il s’agit d’un « acte politique fort » au moment où les partisans de la paix israéliens et palestiniens ne parviennent pas à se faire entendre. Les communistes ont annoncé vouloir déposer un texte tout aussi fort symboliquement au Sénat (le 11 décembre), alors que de nouveaux actes de violence ont eu cours ces derniers jours en Israël, depuis les frappes sur Gaza au mois de juillet, et que l’on craint de nouveaux attentats dans les jours qui viennent. Le moindre événement d’importance peut entraîner l’embrasement de la région.

Un meuble Ikéa gratis 

Il s’agit d’une initiative des députés socialistes pour relancer un processus dont l’issue est politique, selon les représentants des démocraties occidentales. Avec des conditions, telle celle rappelée dimanche à la radio par Robert Badinter, l’ancien ministre de la justice socialiste disant que s’ « il y a reconnaissance, il faut qu’elle soit réciproque ». Outre-Manche, la Chambre des Communes britannique a proposé au gouvernement de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat : le gouvernement devrait reconnaître « l’Etat de Palestine au côté de l’Etat d »Israël au titre de contribution à l’établissement d’une solution négociée à deux Etats ». Avec cette annonce (certes modérée et qui n’engage pas le gouvernement britannique), les Britanniques n’ont pas été recalés au rang d’as du bricolage comme les Suédois, lesquels ont hérité du titre après avoir reconnu l’Etat palestinien par décret le 30 octobre dernier. Pour rappel, le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman avait aussitôt déclaré que le Moyen-Orient était « plus complexe que « l’assemblage d’un meuble ikea ». Son homologue suédoise, la ministre Margot Wallstrom, a ensuite réagi en déclarant qu’elle serait « heureuse d’envoyer à M. Lieberman un meuble Ikea à assembler ». « Il comprendra que cela nécessite un partenaire, de la coopération et un bon manuel « … Finalement, les grandes idées des démocraties occidentales en matière de paix sont toujours une affaire de mode d’emploi.

France : l’autre conflit israélo-palestinien

Juguler toute violence après les dérapages antisémites à Sarcelles (dimanche 20 juillet)  où la manifestation des propalestiniens a dégénéré. Et après ceux de Barbès samedi 19 après-midi. C’est l’objectif du gouvernement français aujourd’hui face aux débordements antisémites. Qui n’a pas vu sur Internet les vidéos filmées à Sarcelles où les manifestants  hurlaient « mort aux juifs »…

Les débordements du dimanche 13 juillet avaient fait réagir le chef de l’Etat : François Hollande avait mis en garde contre la possible « importation du conflit israélo-palestinien en France ». Mais aujourd’hui force est de constater qu’il s’est invité sous une autre forme dans l’hexagone. Il dicte sa loi. Ainsi, la manifestation prévue demain fait craindre de tels dérapages que la préfecture a décidé de l’autoriser sur un autre parcours que celui initialement demandé et prévu, afin qu’elle ne passe pas près des synagogues parisiennes, afin de ne pas réitérer ce qu’il s’est passé rue des Tournelles et rue de la Roquette le dimanche 13 juillet 2014 (débordements, affrontements avec les forces de l’ordre, 100 à 200 personnes ont tenté d’entrer dans la synagogue rue de la Roquette, violentant des policiers, des slogans « mort aux juifs » ont été rapportés).

C’est pourquoi la manifestation prévue demain à 18h30 aura lieu entre Denfert-Rochereau et les Invalides. Le service d’ordre sera assuré par la CGT.

L’interdiction de manifester fait débat.

L’exécutif craint les pires débordements dans les jours qui viennent, la tension étant telle dans les quartiers difficiles que tout débordement peut mettre le feu aux poudres. Sa stratégie de maintien de l’ordre est complexe. L’interdiction de manifester fait débat et entraîne des réactions qui servent les extrêmes. Cette interdiction d’ailleurs ne contribue-t-elle pas à étayer la thèse d’un « lobby juif « ?  Au ministère de l’Intérieur, on justifie la décision par la volonté d’éviter les heurts entre les communautés. Mais la décision enferme ces dernières dans des opinions caricaturées. Or tous les juifs de France n’ont pas la même opinion concernant la politique du gouvernement israélien. De même, existe-t-il « un lobby musulman » pur et dur ? Tous les musulmans soutiennent-ils le Hamas ? Tous les juifs soutiennent-ils Nétayahou ?

La mort des quatre enfants palestiniens sur une plage de Gaza mercredi 16 juillet en milieu d’après midi est inacceptable. Ils avaient entre 9 et 11 ans. Fera-t-elle oublier les trois adolescents enlevés en Cisjordanie le 12 juin et retrouvés morts le 30 juin ? Et les morts de Gaza la nuit dernière encore après les bombardement de Tsahal, l’armée israélienne ayant elle aussi perdu sept soldats (25 soldats morts depuis l’offensive Bordure protectrice). Dans ce contexte personne n’est dupe quant à la guerre des images utilisées par les deux camps et montrant les morts comme autant de justifications des violences à venir.

Face à l’escalade, la lenteur de la diplomatie

Il a fallu deux semaines d’offensives sanglantes avec près de 600 morts à ce jour et 3000 blessés pour que les diplomaties occidentales se réveillent et que le chef de l’ONU Ban Ki-moon et le représentant américain John Kerry se rencontrent aujourd’hui au Caire. Ils tentent d’obtenir un cessez-le-feu depuis l’Egypte voisine de Gaza au lendemain du jour le plus meurtrier des offensives (55 morts hier à Gaza).

Vue de l’étranger la France semble un pays où déferle la violence antisémite, après le drame d’Ozar Hatorah à Toulouse ((le nom de Mohamed Merah était scandé par des manifestants dimanche rue de la Roquette), l’affaire Dieudonné, les débordements de samedi à Barbès et dimanche à Sarcelles, et les agressions en chaîne dans les banlieues comme à Créteil le 24 mai où deux hommes portant la kippa ont été agressés et battus…

 

 

 

Tirs sur Israël, heurts à Jérusalem et en Cisjordanie : vers une déstabilisation du Proche-Orient ?

Des officiers de réserve ont été déployés aujourd’hui aux abords de Gaza après des salves de roquette contre Israël cette nuit. L’armée israélienne invoque la volonté de faire passer « un message de désescalade » au Hamas (qui contrôle Gaza). Sur les 20 projectiles qui ont été tirés cette nuit du territoire palestinien (ne causant pas de victimes), deux ont été interceptés par le système antimissile Iron Dome (Dôme de Fer). Les heurts d’hier à Jérusalem-Est dans le quartier de Chouafat ont redoublé d’intensité à la tombée de la nuit, à la rupture du jeûne puisque nous sommes dans le mois du ramadan. Bilan : 65 blessés selon le Croissant Rouge dont 18 par balles réelles.
Alors que le porte-parole de la police israélienne refusait hier de confirmer le lien entre la mort du jeune Mohammed Hussein Abou Khdeir (16 ans) et les trois jeunes israéliens (16 et 18 ans) assassinés, les responsables de la sécurité nationale israélienne se réunissaient hier soir pour discuter de la riposte à livrer contre le Hamas.
Des deux côtés, le risque d’escalade est à craindre dans un contexte particulièrement sensible. La publication de l’enregistrement complet des appels à l’aide des adolescents israéliens, où l’on entend les ravisseurs ouvrir le feu puis commenter leurs actes, et les débats dans la presse sur l’ampleur de la riposte entre les durs et les modérés font monter la pression dans toute la région. Alors que les extrémistes s’affrontent par déclarations interposées, l’engrenage de la violence menace d’autant plus que la situation devient incontrôlable.
Chaque camp réclame que l’autre punisse les crimes de l’autre, alors que les réactions internationales alertent sur le risque d’escalade. De paix, il n’est plus question, dans un contexte global de déstabilisation du Proche-Orient.

Dictionnaire du judaïsme de Leselbaum et d’Antoine Spire : Gérard Haddad portraitisé par Moscovitz

LE dictionnaire inattendu

La présentation du livre est annonciatrice d’une promesse : celle de livrer l’essentiel du judaïsme en France depuis 1944, sachant que « par judaïsme, on n’entend pas seulement la sphère de la religion, de la tradition et de la pensée qui s’y rattache, mais toutes ses expressions, culturelles notamment. Son pluralisme affirmé est porteur d’une diversité constructive, à laquelle contribuent débats et controverses. »

dictionnaire judaïsme

Dictionnaire du judaïsme français depuis 1944

Débats et controverses ? La promesse est honorée, mais à défaut d’une « diversité constructive » l’on assiste, rubrique psychanalystes à la page Gérard Haddad, à une diatribe sans précédent signée du psychanalyste Jean-Jacques Moscovitz (voir Post sur Schibboleth). Toutefois, ce n’est peut-être que l’illustration de ce que Gérard Haddad annonçait dans le célèbre ouvrage qu’il a écrit sur son analyse avec Lacan (Le jour où Lacan m’a adopté), à savoir que les intellectuels, une fois devenus analystes, avaient contribué à transmettre de l’institution analytique et de la psychanalyse les travers de l’extrême gauche adepte du sectarisme et de la pensée unique…

Haddad, traducteur de Yeshayahou Leibowitz

Haddad n’est pas seulement l’un de ceux qui ont pensé et appliqué la psychanalyse comme une forme de sécularisation du judaïsme. Excellent talmudiste, maîtrisant la langue, l’hébreu, il est l’un des rares traducteurs en France de Yeshayahou Leibowitz, («Le colonialisme engendre toujours le terrorisme »), lequel était fin connaisseur de Maïmonide et défenseur de la séparation de la religion et de l’Etat. Haddad s’est engagé dans une psychanalyse avec Jacques Lacan en 1969, époque qu’il a racontée dans Le jour où Lacan m’a adopté. De là s’ensuivit un changement de vie, non avec Antonietta son épouse (« A » l’héroïne du livre), mais dans son activité : il était ingénieur agronome, comme beaucoup de jeunes pieds-noirs issus de familles modestes, et cessa d’exercer pour s’engager dans des études de médecine, après une séance houleuse avec Lacan où ce dernier lui lança à la figure : « Faire médecine, et pourquoi pas ? ». Son travail de psychanalyste a exploré moult champs d’investigation, notamment celui de l’alcool. Il a écrit L’alcool et les femmes, ouvrage qui m’a incitée à le rencontrer pour préparer mon dernier livre.

Certains s’attendaient à un dictionnaire modéré sachant ménager les susceptibilités. Il est recommandé la lecture de la page 738, rubrique (forcément polémique) « psychanalystes » concernant Gérard Haddad. Antoine a-t-il été bien in spire é de placer la biographie de Gérard entre les mains de Jean-Jacques Moscovitz ? L’auteur de Lumière des astres éteints, livre dont j’ai suivi l’écriture et qui a manqué être publié chez Bourin éditeur pour finalement l’être chez Grasset, fait l’objet de remarques déplacées sur un sujet qui n’admet rien de tel. Ceci ne produira aucun autre commentaire ici. En revanche, il faut préciser qu’Haddad nous fait découvrir dans ce livre ce que ses analysants lui apprennent : non seulement le Camp a blessé les déportés et de leurs descendants, mais il la bouleversé nos modes de pensée, notre organisation sociale, notre imaginaire. Il ne s’agit pas d’une redite de ce que Théodor Adorno avait été l’un des premiers à exprimer, à savoir que les camps avaient marqué une rupture dans l’histoire occidentale. C’est le fil d’histoires de vies avec heurs et malheurs, où la petite fille Simone devenue analysante sur le divan, se souvenant de chaque barbelé, chaque baraquement, chaque brin d’herbe… dit n’avoir jamais quitté le Camp. Le Camp que Lacan avait qualifié de « réel de notre temps » dans le texte fondateur de l’Ecole freudienne de Paris. Il est le lieu où symbolique et imaginaire ont été brisés pour une folie collective sans limite.

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« A » (Antonietta Haddad, héroïne du « Jour où Lacan m’a adopté »), le sculpteur Shelomo  Selinger et Gérard Haddad

Haddad y démontre que le totalitarisme a produit dans notre subjectivité des changements profonds qui marquent nos vies. Ainsi, le concept de Club Méd’ qui fut créé par une famille de déporté et conçu comme « anti-camp » où l’on pouvait à l’envi se satisfaire de tous les plaisirs, l’inverse des Camps. Comme toujours, sans tabou, Gérard Haddad relate avec force et simplicité certains événements jamais abordés comme l’accueil  fait par Israël aux survivants de l’Holocauste et à leurs enfants. L’Occident se heurte à Auschwitz encore aujourd’hui, « il est une pièce maîtresse de l’inconscient de l’homme actuel ».

Lorsque Gérard Haddad m’avait envoyé le manuscrit de Lumière des astres éteints, il m’avait demandé, inquiet, ce que j’en pensais. Voici écrit ce que j’avais exprimé il y a plus de deux ans. De minuscules vies peuvent nous faire voyager dans le monde en tournant quelques pages, elles nous font entrer dans l’Histoire qui sans elles ne serait rien.

Studio Antoine Spire

Dr William LOWENSTEIN et Antoine SPIRE

Chez Antoine Spire lors de son émission « Tambour battant » où j’ai participé au débat sur les addictions diffusé le 14 novembre 2013. Assis à gauche, le dr William Lowenstein, avec Antoine Spire et Marie-Christine Weiner de dos.

Au premier plan le livre de Tristan Storme, Carl Schmitt et le marcionisme, parmi les nombreux ouvrages qui tapissent l’appartement d’Antoine. J´ai pris cette photo en attendant mon tour, le hasard m’avait placée là, face à ce livre lu récemment… La bibliothèque consacrée à  l’Allemagne  est particulièrement dense.

François Hollande en Israël / au programme, guerre et paix

Le processus de paix

Alors que le processus de paix est encore dans l’impasse, même si des négociations de paix ont repris depuis 3 mois, le Président français entame aujourd’hui un premier voyage officiel en Israël. Il doit demain s’exprimer devant le Parlement israélien, à Jérusalem, et rencontrer Mahmoud Abbas afin d’  « encourager » les deux parties à trouver un compromis dans le conflit qui les oppose. A Ramallah, il devrait s’exprimer sur la colonisation juive et enjoindre les Palestinien à ne pas quitter la table des négociations  négociations discrètes mais officiellement reconnues. La France continue par sa voix diplomatique de préconiser une solution à deux Etats avec des garanties de sécurité pour Israël et des conditions d’exercice pour l’entité palestinienne.

Le nucléaire militaire iranien

Ce voyage a lieu à quelques jours de nouvelles négociations (le 20 novembre à Genève)  sur le programme nucléaire iranien, alors qu’Israël et les Etats Unis traversent une crise grave sur la question du  programme nucléaire de Téhéran. L’administration Obama souhaite un assouplissement des sanctions qui paralysent l’économie iranienne, alors que Netanyahu presse les pays occidentaux de refuser tout accord avec Téhéran sur cette question. Comme le souligne en substance Ovadia Sofer, ex-ambassadeur d’Israël à Paris, « la France est sur la même ligne qu’Israël  sur la question de l’Iran », soulignant les intérêts économiques français dans les monarchies arabes du Golfe qui se sentent menacés par Téhéran.

Coder pour se défendre

L’objectif est également de relancer les échanges économiques et commerciaux qui ne sont pas à la hauteur des relations diplomatiques entre les deux Etats, la France n’étant que le 11è fournisseur d’Israël. Alors que la délégation française comporte une quarantaine de représentants d’entreprises (Vinci, Alstom), des accords devraient être signés dans le secteur ferroviaire et dans celui des nouvelles technologies. Israël est devenu un centre de gravité du high tech. Il s’agit du pays qui a réussi à coter le plus d’entreprises au Nasdaq, hors USA. Ses compétences en biologie, chimie, aéronautique (Arianespace est du voyage ces jours-ci), électronique, Internet… intéressent la Chine qui y envoie ses meilleurs leaders économiques tel Levono, le plus gros fabricant au monde d’ordinateurs. Pour Zeev Gilkis, du Technion (le MIT israélien) à Haïfa, être à la pointe de la technologie est la conséquence de la décision politique de De Gaulle qui avait décrété en 67 l’embargo nucléaire, cela ayant poussé les Israélien à rechercher une indépendance  économique en s’impliquant dans la recherche technologique. Mais le hign tech israélien ne serait rien sans l’unité 8200.  Cette unité de l’armée là-bas est une branche du renseignement spécialisée dans le déchiffrage de codes. Coder pour se défendre, mais aussi pour le business : de cette équipe d’élite cachée dans le désert du Néguev ou dans un coin secret de Tel Aviv émergent de futurs chefs d’entreprise.

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Les 3 tours Azrieli du quartier d’affaires du District de Tel Aviv : tours carrée, ronde, triangulaire, novembre 2013

Dans le taxi à Tel Aviv

Ainsi Gil Shwed qui a créé Checkpoint, devenu l’un des leaders mondiaux de la sécurité informatique. D’autres businessmen viennent de la banlieue parisienne comme Jeremie Berrebi qui vit à Tel Aviv. L’homme dirige Kima Ventures, le plus gros fonds dans lequel Xavier Niel est également investisseur pour des start-up spécialisées dans les nouvelles technologies. Il développe également depuis plus d’un an KoolAgency, une agence de sites web. Lui qui a vécu entre Bastille et République  s’est installé dans la banlieue de Tel  Aviv, à Bnei Brak où il étudie le Talmud le matin avant de se consacrer au business l’après-midi, dans un pays où l’innovation est stimulée au plus haut niveau de l’Etat.

Le Pape et les homosexuels ; le conflit israélo-palestinien : l’été de tous les miracles?

« L’homosexuel, qui suis-je pour le juger ? »,  dixit le pape François

Depuis hier les rédactions s’affolent autour de la petite conférence de presse informelle dans l’avion qui ramenait le pape François du Brésil : le chef de l’Eglise a prôné l’ouverture envers les homosexuels. « Qui suis-je pour juger ? » a-t-il dit dans un contexte très particulier qui n’est pas une parole magistérielle. Idem pour les divorcés pour lesquels il a affirmé qu’ « était venu le temps de la miséricorde ».

La loi

Rappelons la Loi qu’édicte la Torah dans le Lévitique XX/13 : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. » C’est le texte le plus virulent concernant la condamnation sans appel de l’homosexualité dans la religion de la Révélation et repris par les autres religions monothéistes : christianisme et islam.

La doctrine

Au Vatican, l’homosexualité a toujours été condamnée mais il a établi une distinction subtile entre ce dogme et les individus qui en tant qu’homosexuels doivent être accueillis au sein de l’Eglise. les actes sont interdits mais les individus sont acceptés…  La nouveauté est la façon dont le pape l’exprime, qui est une manière claire de désavouer toute homophobie.

Les négociations de paix feront-elles un miracle ?

Dans le même temps, hier soir, les discussions ont été relancées entre Israéliens et Palestiniens à Washington, vingt ans après les accords d’Oslo. Les négociations étaient gelées depuis 3 ans, elles avaient capoté en septembre 2010 en raison de la poursuite de la colonisation israélienne à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Parmi les points litigieux, la question de l’Etat palestinien, le gel de la colonisation et le statut de Jérusalem…

Négociateurs

Martin Indyk, ancien ambassadeur en Israël a été nommé par John Kerry pour superviser les pourparlers. Ancien conseiller de Bill Clinton pendant les négociations de Camp David en 2000. Côté Palestiniens, Saëb Erakat qui est de toutes les négociations depuis 1991, et la ministre de la Justice, Tzipi Livni pour Israël.  Celle-ci aura du mal à marquer sa préférence dans un cabinet très marqué à droite depuis les législatives de janvier dernier (son parti n’a obtenu que 6 députés sur 120!).

Après l’admission à l’ONU de la Palestine (138 « pour » et 8 « contre), et l’initiative de l’UE  excluant les territoires occupés de sa coopération avec Israël, l’Etat Hébreu souhaite donner une nouvelle impulsion aux négociations pour renouer le dialogue avec la communauté internationale…

Au-delà d’un tropisme pro-palestinien hérité de la pensée unique

Samedi 24 mars, un colloque organisé à l’Assemblée Nationale à l’initiative d’Arnaud Montebourg du Parti socialiste a permis d’exprimer deux conceptions de la politique étrangère de la France.

D’un côté Régis Debray, qui publie un nouveau livre et de l’autre l’ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. Le « trotskiste » Debray, puisqu’il s’est présenté ainsi, a savouré cette joute contre l’ancien chef du Quai d’Orsay, fustigeant la ligne suivie par la diplomatie française, laquelle est imprégnée de la philosophie des néoconservateurs américains. Ces néocons, a-t-il remarqué, ne tiennent pas compte de la revendication des peuples à disposer d’eux-mêmes, afin d’imposer leur vision démocratique. Le débat est resté idéologique – d’ailleurs l’ouvrage de Debray titre sur le « rêve »- omettant délibérément les enjeux pétroliers et autres matières premières qui sont les véritables leviers des champs d’action, outre ce qui pourrait mettre en péril Israël et les Etats-Unis.
Arnaud Montebourg
Arnaud Montebourg entouré de Regis Debray et Hubert Védrine
Petits règlements de compte entre amis
Il n’a été question que de la future stratégie du Quai d’Orsay, si les socialistes conquièrent le pouvoir dans un mois et demi. Tout le monde appréciera que Debray, le vieux briscard du marxisme, un brin mélancolique, pourfende encore le droitdel’hommisme qui a toujours justifié le devoir d’ingérence dont la France s’est faite la première porte-parole depuis les Lumières, devoir personnifié par Védrine.
Les idées mettent toujours plus de temps à mourir que les hommes. Celles de Régis Debray sont héritées d’un trotskisme qui ne compte plus d’adepte dans le monde hormis en France. J’ai donc adoré entendre le beautiful loser du marxisme ressasser sa détestation de la technocratie. Après lui, qui le fera ? Il fait partie des derniers vestiges du XXème siècle, le siècle des idéologies, avant le XXIè, siècle des technologies.

Politique étrangère : un nouveau souffle ?
Hubert Védrine a renvoyé la balle en affichant –crime de lèse-majesté contre la Pensée unique- son adhésion à la pensée de Samuel Huntington. Ce qui a permis d’en finir lors du débat avec l’islamo-gauchisme qui pollue toute pensée stratégique à l’égard du Moyen-Orient. Mon cher Régis, a-t-il dit en substance, mea culpa si cela te choque, mais j’estime aujourd’hui que le « clash des civilisations » est une hypothèse qu’il faut considérer. Il a rappelé avoir opposé cette réalité à Chirac il y a quelques années, lequel lui avait toujours répondu qu’il n’en était rien. Il y a une propension française à nier l’évidence. Toutefois, il est appréciable qu’un débat d’idées ait lieu, qui permettra d’impulser une réflexion.

Pensée Gaullo-mitterrandienne
Avec la finesse qui le caractérise, Hubert Védrine a rappelé que la diplomatie française n’a connu aucune véritable rupture depuis l’avènement de la 5è République. Une diplomatie Gaullo-mitterrandienne, qui condamne les néocons américains, mais qui prône l’alignement sur les Etats-Unis. Toutefois, en dehors de cette ligne générale, il n’est pas de véritable consensus qui se dégage.

Le conflit israélo-palestinien comme incarnation de la difficulté de la France à avoir une véritable politique étrangère
Védrine n’a pas incriminé le tropisme pro palestinien du Quai d’Orsay dénoncé par certains. Ni le soutien de la France à Israël dont Netanyahou incarne la radicalisation. Il a insisté sur  la difficulté de la France à participer au règlement du conflit israélo-palestinien alors que des voix discordantes s’élèvent en France à ce propos.
Mais il a habilement rappelé la difficulté qu’il y aurait à tracer les frontières d’un Etat palestinien s’il devait advenir. Les accords d’Oslo ont été régulièrement violés par les Israéliens, chacun sait cela, a-t-il dit, ajoutant qu’en cas de création d’un Etat palestinien les colonies ( settlements )  pourraient être ensuite reprises par les Palestiniens… Un terrain miné sur lequel il ne s’est pas aventuré davantage.

La France en déclin a-t-elle une marge de manœuvre ?
Védrine a raison lorsqu’il dit qu’on fait une politique intérieure à usage extérieur. Mais avec quels moyens peut-on mener une véritable politique étrangère ? Si l’on omet les raisons économiques, il faut rappeler ce que j’écrivais dans « Au pied du mur » publié en 2010 chez Bourin Editeur, à savoir que nos réseaux sont eux-mêmes en perte de vitesse. Sur quoi pourra alors s’appuyer une stratégie qui n’est pas même encore établie ?
En outre, effectivement, aucune idée nouvelle n’émaille cette velléité affichée par Védrine, de trouver des leviers pour rendre à la France un rôle de leader sur la scène internationale, hormis un hold up de l’OTAN. Mais est-ce bien raisonnable ?

A l’heure du zapping et de l’émotion, peut-il y avoir une politique étrangère à long terme ? La France doit-elle justement bâtir une ligne d’action sur la durée, inspirée de Romain Rolland ? Avec quels moyens ?
Après la tuerie lundi 19 mars, jour des Accords d’Evian, perpétrée par Mohammed Merah à Toulouse, qui marque un véritable tournant en France, personne ne pourra nier ce que j’ai écrit dans mon livre « Au pied du mur », à savoir que le conflit israélo-palestinien est aussi le nôtre.

A partir de cette évidence, verra-t-on une nouvelle politique étrangère de la France  émerger ?

Le drame de Toulouse : l’école Ozar Hatorah le 19 mars 2012
Cette politique devra gérer une prise de conscience révélée par la tragédie de Toulouse devant l’école Azor Hatorah, à savoir l’antisémitisme en France qui s’est violemment exprimé lundi.
Une semaine après le drame, le deuil de cette tragédie est bien celui de la République et non seulement celui de la communauté juive. Une République qui a le devoir de protéger les citoyens du terrorisme à l’intérieur de son territoire.

MPS

PS : pendant les exposés il n’a pas été question de l’intervention de la France en Libye et en Côte d’Ivoire, et du rééquilibrage des forces en présence dans ces régions du monde.

Jérusalem un an après

De retour de Jérusalem, je constate que mon livre est plus que jamais d’actualité. Nous sommes partis mon mari Didier LONG et moi avec vingt amis en Terre sainte du Samedi 15 mai au dimanche 23 mai 2010 (jour de la Pentecôte chrétienne). Pour la plupart, il s’agissait d’un pèlerinage, pour certains d’un retour aux sources avec ceux qu’on aime. Des consultants, des entrepreneurs, des business makers du e-commerce, des hauts fonctionnaires, avocat, médecin, etc… Tous avaient envie d’appréhender autrement ce conflit qui devient religieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Check point etc…

J’ai eu l’impression –seulement une impression ?- que l’attente est un peu moins longue aux Check point. Les files d’attente s’étendent moins et les check point occasionnels auxquels nous avions été confrontés à Hébron l’an dernier avaient disparu. La tension était moins grande aussi aux abords de l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem. Nous avons pu visiter tranquillement l’Esplanade, mais la mosquée reste fermée aux non-musulmans.

     

Check point à Hébron

Multiplication des colonies

 L’autre constat, c’est celui d’une multiplication des constructions partout, les collines se hérissent de lotissements au béton flambant neuf. Aux alentours de Bethléem, rien n’est plus évident que cette flambée de l’immobilier qui modifie considérablement le paysage. Ainsi, dans le West Bank, les constructions entourées de grillages l’an dernier se sont transformées en véritables colonies comptant les maisons et les immeubles par centaines.

    

    

Moitié-de-maison

La plus étrange rencontre que j’ai faite est celle d’une famille de musulmans d’un quartier très « middle class » de Jérusalem-Est. C’était lundi 17 mai vers 16 heures. Un membre de l’ONG ICAHD prénommé Yavah, était venu faire une conférence au Christmas Hôtel sur la situation dramatique des Palestiniens privés de leurs habitations. ICAHD  is the Israeli Committee Against House Demolitions. Après avoir visité plusieurs lieux, nous sommes arrivés devant une petite maison de plain-pied avec son jardinet sur le devant. A l’orée de la maison, deux jeunes juifs à papillotes étaient assis sur des chaises rudimentaires agacés par les enfants de la maison. A droite, de l’autre côté de la maison, une femme musulmane, les cheveux dans un foulard avait hoché la tête en les montrant d’un geste exaspéré de la main droite :  

 – Voyez, voyez, c’est absurde !  

– Que se passe-t-il ? avait demandé Philippe, l’un des pèlerins.  

– Ils se sont installés chez nous !!!

     

   

Elle nous a expliqué que ces jeunes israéliens avaient accaparé une partie de leur maison, à eux qui sont Palestiniens.    

– Pourquoi, de quel droit ? avaient demandé certains d’entre nous.    

– Parce que nous avons agrandi la maison. Ca ne leur a pas plu…

Les ONG suivent l’affaire de près et la municipalité marche sur des œufs. Neil Janin a grandi au Liban. Puis sa famille s’est installée au Canada. Marié à une américaine, il a travaillé longtemps pour McKinsey avec Didier. Pour lui dont le père était un homme d’affaires influent à Beyrouth, la situation peut évoluer si les conditions économiques s’améliorent. Mais pour l’heure, rien ne bouge. C’est le « statu quo »…

     

    A gauche, Neil Janin, longtemps l’un des directeurs de McKinsey France…

Nous apprenons alors que l’affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît. En fait, cette famille qui compte de nombreux enfants palestiniens a agrandi illégalement sa maison. Les jeunes Israéliens estimant qu’ils ont lésé leur terre d’Israël s’y sont installés et chaque jour ils viennent occuper la partie illégale de ladite maison, au grand dam de la dame palestinienne.    

Alors, que faut-il cautionner ? La construction illégale ou bien l’occupation arbitraire.    

Cette affaire résume parfaitement la situation en Terre Sainte…    

     

Danse sur les eaux du lac de Galilée

 Pour finir, mieux que marcher sur les eaux, nous avons navigué sur le Lac de Tibériade : afin de garder un souvenir moins amer de la situation.   

 

La suite ces jours prochains…     

Au pied du mur (suite)

Fin mai 2009, Marie-Pierre Samitier part pour un voyage en Terre sainte. Nous la suivons avec un groupe de pèlerins américains sur cette terre chargée d’histoire et revendiquée par deux peuples et trois religions monothéistes.

À Jérusalem, Hébron ou Ramallah, nous visitons avec elle les lieux saints. Mais surtout nous découvrons un monde en guerre, où règne la peur, matérialisée par un gigantesque mur de béton. Nous assistons aussi, de l’autre coté du mur, à la tragique disparition des chrétiens d’Orient sur cette terre où est né le christianisme, alors que monte l’intégrisme religieux. Alors que le nom d’Israël est devenu maudit pendant que le monde occidental entretient une omniprésence de la Shoah au point qu’on pourrait la qualifier de « fétichisme » de la pensée contemporaine. La complexité du conflit sur place s’est transformée avec les paramètres qui sont désormais en place : le mur, la disparition des chrétiens d’Orient, la montée du messianisme et la disparition lente d’une conscience politique éloignée du religieux. Ce conflit n’exprime-t-il pas la contradiction fondamentale que connaît le monde occidental : déplorer la Shoah et haïr Israël ?

Au fil de ce voyage, Marie-Pierre nous montre que ce conflit est le nôtre. Comment, sans nous renier nous-mêmes, pourrions-nous laisser à l’abandon la terre de nos racines ? La terre où sont nées toutes les valeurs de notre civilisation –les notions de peuple, de justice, de liberté – et qui ne tiennent ici qu’à un fil. Pour combien de temps ?

Voyage culturel et géopolitique, le récit de Marie-Pierre Samitier est un plaidoyer pour la paix, hanté par une question : comment désamorcer le choc entre l’Islam radical et l’Occident ?