Les anges de l’Histoire à Saumur

Saumur fête cette année les 20 ans du Livre et du Vin, où il est question  de l’Histoire.

Les cafés littéraires nous plongent au cœur de ce qui nous anime : la relation entre l’Orient et l’Occident et cette fascination qu’a l’un pour l’autre… l’autre étant indispensable pour se définir.

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Michaël de Saint Chéron et Olivier Weber au Café de la Bourse, Saumur 10 avril 2016

Un café littéraire où étaient invités Michaël de Saint Chéron pour son essai « Les écrivains français face à l’antisémitisme » (éditions Salvator ) et Olivier Weber pour son roman  « L’enchantement du monde »chez Flammarion.

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Il m’a bien fallu parler de la figure de l’Autre dans cette dialectique réunissant l’Orient et l’Occident depuis plus de 2000 ans. Une référence soulignée d’emblée par Michaël de Saint Chéron qui eut pour maître Emmanuel Lévinas (les entretiens qu’il tînt avec le philosophe, élève de Husserl, ont fait l’objet d’un livre : « Entretiens avec Emmanuel Lévinas, Paris 2006 éd. livre de Poche)

Avec une grande finesse d’analyse, Olivier Weber nous a emportés dans l’Empire Ottoman de 1470.

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Les primoromanciers Xavier Durringer et Olivier Bourdault avaient raconté leur conception de l’art de vivre lors du café littéraire précédent :

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L’ange convoqué par Walter Benjamin autrefois survole la ville arrimée à la Loire.

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Panser, ou penser la démocratie ?

Comment soigner la démocratie française ? Soigner n’est pas guérir. Soigner signifie panser les plaies d’un pays lacéré par nombre d’attaques. On dénombre celles du terrorisme qui a ensanglanté la France en particulier depuis 2012. Ce terrorisme est le fruit d’une faille dans l’adhésion aux valeurs républicaines : ceux qui le revendiquent ne se reconnaissent pas dans le modèle  républicain.

Complexes sont les coups portés à la machine républicaine qui s’adossait jusque là à l’Etat, lequel s’adressait aux citoyens « égaux en droit » selon le principe affirmé dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en son article 2. La construction de l’Etat français s’est historiquement appuyée sur ce principe : l’Etat s’adresse non à des communautés, mais à des citoyens. Or l’avènement du communautarisme ces dernières années a changé ce dogme et et engagé une mutation. Peu à peu, les références identitaires religieuses ou ethniques se sont imposées. Dans les média, miroirs de la société, la présentation de chaque invité ou expert appelé à s’exprimer passe par l’identification de sa communauté :musulman, juif, chrétien noir, beur, blanc… Cette identification prévaut en préambule sur le fait d’être français, d’être un Français.

La fin de l’exception française ?

Cette mutation progressive  est liée au retour du religieux. Certains s’en offusquent après la laïcité  proclamée comme dogme immuable  depuis 1905 en France. Mais le réel s’impose à tous : l’Etat est laïque mais l’organisation de ses institutions se calque sur le religieux. La foi dans le politique vacille et dans le même temps le théologique double la voilure.  Toute la question est : qui vaincra dans ce combat ? Le système républicain est malmené et le rapport entre les individus et l’Etat  change de nature : il était jusque là une exception bien française, liée à une conception de l’Etat-Nation « un » face aux individus (individus sans référence à une communauté sauf la communauté française). Alors faut-il se laisser aller à la tentation communautariste comme les pays anglo-saxons ? A-t-on d’ailleurs véritablement le choix ?

 Ces questions illustrent une fracture  qui s’impose au sein de la société française : c’est l’identité même du peuple français qui est discutée comme fondement de la démocratie. L’identité devient la question centrale et les options politiques, à savoir l’affrontement gauche/droite, s’estompent. Ainsi, sur les prérogatives régaliennes de l’Etat comme la sécurité, il n’existe plus de clivage et le consensus est total si l’on excepte l’extrême-gauche qui ne veut plus gouverner. Il en est de même concernant le mariage pour tous qui appelle l’adhésion de tous hormis l’extrême-droite. En revanche, la question de l’identité -comme celle afférente de l’immigration- reste hautement sensible et suscite un questionnement continu et un déchirement frontal dans les opinions. Le livre de Finkielkraut « L’identité malheureuse » illustre parfaitement  cette fracture. Ce qui est intéressant, c’est ce discours de l’académicien qui rappelle dans une grande plainte que sa famille n’a eu de cesse de s’intégrer dans la nation française, y trouvant là une nouvelle forme d’identité. D’une famille juive d’Europe centrale comme il aime à le rappeler, Finkielkraut est ainsi un fils de la Haskala. Les traditions juives ont été perdues au profit d’une sécularisation bénéfique, les enfants de la Haskala s’étant intégrés dans le monde en occupant des charges honorifiques dans la République : professeur de philosophie à l’école polytechnique pour Finkielkraut. Lorsque le philosophe dénonce un communautarisme clivant au sein de la société française, il  condamne l’absence de volonté de copier ce modèle d’intégration républicaine qu’on adopté ses parents. Pour Finkielkraut, ce renoncement à cette identité primitive juive s’est fait dans le cadre de l’Etat moderne (au profit de la mère-Nation généreuse et adoptante) qui octroie des droits mais engendre aussi des devoirs. Aussi lui est-il difficile d’entendre les discours aujourd’hui de ceux qui refusent ce modèle d’intégration -d’autant qu’il n’est plus réclamé ce renoncement à l’identité primitive comme ce fut le cas jusque dans les années 2000. Cette identité primitive est revendiquée comme essentielle par les jeunes générations. Elle est même brandie comme un droit, le droit d’appartenir à l’une des  communautés dans un pays où n’était reconnue jusque là -ô spécificité française- que la communauté nationale. Cette identité primitive est le fruit de l’individualisme moderne que la « globalisation » amplifie.

Chronique d’un Etat qui passe…

Le processus d’individualisation s’aménage dans une société où l’Etat souverain revendique « le monopole de la contrainte physique légitime » selon l’expression weberienne. C’est en cela que l’on reconnait l’Etat moderne : en ce qu’il autorise les individus à être sujets de droit hors des communautés. Mais lorsque ressurgissent ces communautés avec le clanisme antique, il est temps de s’interroger sur l’affaiblissement de la souveraineté de l’Etat.

 

France : le deuil collectif

L’hommage rendu aux victimes du terrorisme s’est déroulé dans la Cour des Invalides, symbole fort : le plus haut niveau protocolaire d’hommage à la nation : les victimes sont civiles et la Cour  étant dédiée habituellement  aux hommages aux militaires morts en opération ou bien aux civils  ayant œuvré pour la Résistance.

Le Chef de l’Etat a voulu faire de cet hommage un moment d’affirmation des valeurs de la France : « Nous avons l’amour de la vie…L’ennemi, c’est la fanatisme, cet ennemi, nous le vaincrons ensemble avec nos forces -celles de la République-, avec le droit….  »

Les drapeaux bleu-blanc-rouge ont pavoisé sans que cela relève du nationalisme : ils n’étaient que la marque d’un patriotisme endeuillé et partagé.

 

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Drapeau à Paris aujourd’hui, sur une moto

Des mesures sécuritaires indispensables pour la France

Certains déclarent que la fermeture de nos frontières contribue à faire perdre encore plus de crédit à l’Europe. Il est vrai que les attaques terroristes surviennent après la crise financière de la Grèce. Et que cela assène un nouveau coup à l’Europe. Les ministres de l’Intérieur européens se sont réunis (20 novembre)  à Bruxelles et ont tenté de sauver ladite Europe en approuvant les mesures sécuritaires réclamées par Paris : une réaction de colmatage si j’ose dire. Mais les enquêtes en cours sur les djihadistes dévoilent aux peuples qui ont hérité de Schengen les failles immenses de la sécurité européenne. On a instauré il y a 20 ans la liberté de circulation mais il semblerait que les services de renseignement n’ont pas passé lesdites frontières…

 

La Chancelière allemande n’a pas la majorité en Europe sur la question des migrants !

Certains déplorent les « réactions populistes » qui s’ensuivent et qui conduisent à réclamer la refonte du dispositif de Schengen. Il est toujours facile de taxer de « populiste » toute mesure contribuant à appliquer le principe démocratique de base, à savoir la sécurité des citoyens. Après le massacre de sa jeunesse au Bataclan et aux terrasses de Paris, la France a-t-elle le choix ? Est-ce « populiste » que de remplir cette mission de protection de la vie ? Surtout après un tel attentat ? Par ailleurs, la question de la responsabilité des autres pays membres à l’égard de chaque autre se pose après la décision unilatérale d’Angela Merkel de proposer à des millions de migrants de venir en Europe. A ce propos, Paris et Berlin continuent d’afficher leurs convictions européennes. Mais comment ne pas être ébranlé par cet appel aux migrants à venir en Europe proféré par la Chancelière allemande, appel qui a provoqué un afflux tel (plus d’un millions de migrants sont d’ores et déjà en Allemagne avec des situations chaotiques, une défaillance des structures d’accueil) qu’il a fallu fermer les frontières ? N’est-il pas légitime de s’interroger sur l’inconscience totale d’une telle décision quant à ses conséquences pour l’Europe entière ? Puisque nous évoquons la solidarité européenne, base même de l’Union, nous pouvons à juste titre nous interroger : Angela Merkel a-t-elle pensé à ses partenaires européens en prenant cette décision qui nous lie ? A-t-elle mis au monde des enfants et pensé à ce monde que nous allons leur laisser ? Certes, l’Allemagne a besoin de main-d’œuvre et les démographes l’alertent sur la question quant à l’avenir industriel du pays. Mais quid d’un avenir industriel quand on crée le chaos ? Contourner les règles communautaires au gré des urgences nées d’une émotion a des conséquences graves pour toute l’Europe, laquelle peut peut-être voler en éclat de ce fait… L’Allemagne est liée à son passé (voir post précédent) et sa culpabilité la rend d’autant plus vulnérable.

Alors certes, vu du VIIème arrondissement de Paris ou des lambris des ministères de nos vieux pays, cela peut sembler une réaction « populiste ». On a trop souvent brandi ce terme comme une menace en oubliant que les peuples ont droit à leur autodétermination selon le vieil adage droitdelhommiste.

 

Le B’nai B’Rith fait salon à la Mairie du 16ème arrondissement de Paris

Ce dimanche 8 novembre 2011, la Mairie du 16ème arrondissement organisait un Salon du Livre sous la houlette du B’nai B’Rith, organisation dont je rappelle que Freud était membre en son temps…

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La superbe salle des fêtes au premier étage de notre mairie du 16ème arrondissement de Paris.

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L’occasion de retrouver de nombreux amis dont Gérard Fellous, qui avait remarquablement orchestré l’événement avec le président de la loge Maxime Ouanounou. Claude Goasguen était là… Une place avait été réservée en l’honneur de feu Raphaël Draï, décédé en juillet dernier. Une attention en mémoire de lui, son fils Dan était là.

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Raphaël Draï était né à Constantine, ville traditionnellement très religieuse de l’Est de l’Algérie.

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Les ressorts psychanalytiques du fanatisme : de Lessing à Gérard Haddad / Fanaticism and psychoanalysis

C’est toujours agréable de se rendre à la librairie « La terrasse de Gutenberg », Paris 12ème. Au rez-de-chaussée, les livres et le coin lecture pour les enfants (pratique) avec un joli tapis sur le parquet ciré bordé de quelques petites chaises. L’ambiance est à l’Ashkénatie. Au sous-sol, accessible par un escalier de fer en colimaçon, une salle de conférence improvisée à chaque fois avec une table d’écolier en guise de pupitre et quelques bancs enchevêtrés. Au mur, de vieux livres. Des porte-manteaux. Des guirlandes.

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La terrasse de Gutenberg

Ce jeudi soir 17 septembre vers 20 heures, Gérard Haddad s’installe au pupitre de bois avec son accent de là-bas qui tout à coup fait s’engouffrer l’Orient dans l’antre ashkénaze. Il dit quelques mots d’arabe et nous voici avec « les autres », et non plus seulement entre nous -une trentaine- qui sommes venus l’écouter parler de Lacan et d’Althusser, de Lessing et de Céline.

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« Dans la main droite de Dieu »

Haddad vient parler de son dernier livre  publié chez Premier parallèle intitulé Dans la main droite de Dieu. Il y mène une psychanalyse du fanatisme, d’obédience lacanienne. Sa réflexion part de ce fragment célèbre de Lessing, Eine Duplik, 1778 : « Si Dieu tenait enfermée dans sa main droite la vérité toute entière et dans sa main gauche l’aspiration éternelle vers la vérité, même avec la condition de se tromper toujours, et s’il me disait : choisis ! Je saisirais humblement sa main gauche et je dirais : donne ! Car la pure vérité n’est faite que pour toi… »

Dans le judaïsme, la vérité est posée en valeur suprême, dans une éthique qui repose sur 3 forces : vérité, justice et paix. La quête de vérité ( « emet » en phonétique, soit aleph/mem/tav) porte en elle-même une seule certitude qui s’adresse au Père : la pure vérité n’est que de Toi seul.

Du fanatisme dans la modernité

D’emblée, Haddad raconte sa rencontre avec Yeshayahu Leibowitz, et l’influence que l’intellectuel juif orthodoxe né à Riga en 1903 a eue sur lui. Leur passion commune pour Maïmonide et leur goût partagé pour le doute -contre toute certitude- les a réunis, sionistes tous les deux mais non pas nationalistes. Haddad raconte les premiers mots de leur rencontre :

« Je savais que Leibowitz parlait parfaitement allemand. Il avait lu dans le texte Kant, Hegel… (Leibowitz avait fait ses études à Berlin). Mais je m’interrogeais sur sa connaissance des intellectuels Français. Je lui posai la question : cher Yeshayahu, qu’avez-vous lu en français ?

-Ben… j’ai tout lu. Quelle question…  »

Rires dans la librairie de la Terrasse de Gutenberg. Un peu de légèreté avant l’annonce des certitudes des autres selon Gérard. « J’ai sans cesse entendu depuis les années soixante que ‘la religion est la cause de tout’. Pour moi cette remarque émane du monde germanopratin.  » Référence à Sartre etc… Pour Haddad, le fanatisme ne vient pas du religieux. Son origine provient d’une faille profonde issue d’une blessure narcissique. Le narcissisme est le moteur du désir du fanatique « d’être entre soi » : le fanatique a cette passion de retrouver son semblable ou de convertir l’autre en semblable. L’idéologie communiste a fonctionné sur ce même modèle, et « moi qui suis un ancien militant du Parti Communiste, j’ai expérimenté… », rappelle-t-il en se posant en repenti de la Pensée Unique. Le fanatisme communiste n’avait qu’un objectif : convertir  le monde entier… Cette volonté de faire plier le monde à cette ressemblance n’a donc rien d’exclusivement religieux, la religion n’exerce pas de monopole en la matière. Puis Gérard invite Freud et son travail en 1910 sur la question du narcissisme, celle de l’image et celle de l’unité du corps dans le miroir. Cette quête de l’homme pour son image est insatisfaite. Le narcissisme blessé conduit les masses à être en phase avec un discours totalitaire dont le leader incarne la loi.

Fraternité oblige

Le cheminement de sa pensée est très personnel, loin des sentiers battus… Le voici reparti dans l’analyse qu’il avait développée dans Les Bibliocastes (les destructeurs de livres) sur le sentiment messianique, le fait d’aspirer à un monde parfait qui passe par le désir impérieux d’éliminer ceux qui ne partagent pas le même désir. Devant ce messianisme appelant à la création d’un gouvernement mondial, Haddad érige  la Tour de Babel, richesse de l’Humanité à travers cette diversité si complexe et si réelle. Il avance aussi une explication intéressante sur la fraternité

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Avons filé ensuite au Square Trousseau…

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Son livre éclaire sur les mécanismes profonds qui pourraient conduire (selon lui)  à l’extrême… Au fond, il me semble que le fanatique n’est pas un criminel classique : il ne craint pas la mort. Il reste prisonnier d’une image…  tel Narcisse ? … après tout peut-être Gerard Haddad a-t-il raison.

Vivre à New York, dans une Amérique prête à s’enflammer

New York, véritable oxymore

Freud voyait dans la vieille Europe une culture qui n’était qu’une mince couche, que peuvent crever à chaque instant les actes de violence du monde. Ce vernis a volé en éclat avec la Grande Guerre, suivie de la IIè Guerre Mondiale. Le sol s’est fissuré, plus de droit, de liberté ni de sécurité.Ce chaos avait fait suite à une douceur de vivre qui avait pendant un temps, au XIXème siècle, imprégné l’air du temps. L’Amérique, elle, a vécu sur d’autres rythmes et d’autres codes. Et New York héritière de notre vieille Europe est à la fois les deux, cette Europe et l’Amérique, véritable oxymore : l’une des mégapoles les plus pacifiques au monde et un foyer de braises prêt à s’enflammer à tout moment.

Me voici installée à New York. La ville est pacifiée. Mais les événements récents montrent que tout peut basculer : ce 20 décembre, deux officiers du NYPD, le New York City Police Department, ont été assassinés dans leur voiture de patrouille à Brooklyn, Rafaël Ramos et Wenjian Liu (très précisément dans le quartier de Bedford-Stuyvesant). Les cités-ghettos de Brooklyn sont sous tension depuis les morts l’été dernier d’Eric Garner (un père de famille afro-américain mort étouffé au cours de son interpellation par l’officier blanc Daniel Pantaleo) et dont la video où il dit : « I can’t breathe » a fait le tour du Net) et Akaï Gurley, ce dernier ayant été tué par un officier de police new-yorkais : Peter Liang. Un procureur, K. Thompson (connu en France pour avoir voulu inculper DSK dans l’affaire Nafisatu Diallo) a annoncé la convocation d’un jury prochainement pour décider du sort de cet officier de police, ceci au nom de son credo : aucun crime ne doit rester impuni… Entre la communauté blanche et la communauté noire, la tension reste extrême, la police américaine étant restée une institution profondément blanche.

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En début de semaine, des renforts ont été affectés dans ces quartiers de Brooklyn : 20 000 policiers ont été déployés, qu’on croise dans des patrouilles fixes et mobiles… Je les vois dans les rues, dans des camions et des voitures de patrouille du NYPD plus nombreuses qu’à l’ordinaire en ces temps de vacances. Ci-dessous devant l’école du Rabbin Mena’hem Mendel Schneerson ( le Rebbe Loubavitc à l’angle de Kingston Street (voir photo suivante).

Une fracture communautaire qui s’aggrave

Les relations entre la communauté noire et la communauté blanche s’enveniment depuis ces événements. La non-inculpation de l’officier Pantaleo a provoqué des vagues de protestation, jusqu’aux journalistes de la Fox tel Bill O’Reilly, pourtant TV réputée conservatrice. Le problème est que 62% des Noirs américains considèrent qu’il s’agit là d’une violence policière à caractère raciste. La tension reste donc forte entre communautés et déjà les sondages affichent en cette fin d’année que la majorité des Américains (50%) estimeraient l’action du « premier président noir » des US négative dans le domaine des « relations inter-raciales » : ceci dans le sondage du Pew Research Center publié au début du mois de décembre. Le fossé entre communautés s’est agrandi à la cinquième année du mandat de Barack Obama, tout comme se sont aggravées les inégalités sociales et les violences.

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 Patrouilles du NYPD, Brooklyn, 29 décembre 2014

C’est un chauffeur de taxi noir qui nous a emmenés jusqu’au secteur de Crown où la tension est très forte. Après une conversation en anglais sur ladite tension, je lui ai demandé depuis quand il avait la nationalité américaine. En guise de réponse, il m’a d’abord expliqué qu’il était guinéen d’origine…

-Mais alors, si vous êtes Guinéen, vous parlez français ! lui ai-je dit aussitôt.

-Oui, bien sûr, je le parle depuis toujours, m’a-t-il répondu dans un français plus-que parfait.

Abdel est arrivé aux USA il y a une dizaine d’années, obtenant la Green Card pour avoir le droit de travailler. Au bout de 5 ans, il a postulé pour l’obtention de la nationalité américaine. Il est intéressant de souligner sa version de cette obtention, car ce mode d’obtention montre que c’est l’attachement aux valeurs de l’Amérique qui prévaut sur le droit du sol. Ce mode d’obtention prépare le futur citoyen dans sa connaissance de l’histoire de l’Amérique et des hommes politiques qui la dirigent. Les questions portent sur le nom des élus qui comptent au Congrès, les moments importants de l’histoire des Etats Unis (la Déclaration d’indépendance), les points essentiels du système constitutionnel américain…  Le livret d’apprentissage qui est fourni au candidat permet de répondre à toutes les questions. Ce Guinéen d’origine est devenu Américain il y a 4 ans en réussissant cet examen de passage (il faut avoir sept bonnes réponses sur les dix questions posées, m’a-t-il précisé).

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Taxi driver in New York, Brooklyn

Ce chauffeur de taxi musulman trouve absolument normal qu’un tel examen de passage soit imposé pour devenir un Américain. C’est une manière de monter son adhésion aux valeurs de ce pays qui chaque année ouvre une loterie pour 50 000 étrangers désireux d’obtenir la Green Card… Les réflexions en cours sur l’obtention de la nationalité française pourraient s’inspirer d’un tel système pour faire évoluer le droit français en la matière.

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Il a 3 enfants âgés de 5 ans à 14 ans, lesquels vont à l’école et n’apprennent pas le français. Il ne parle d’ailleurs jamais français avec eux. C’est pour eux une langue perdue.

Il nous laisse sur Kingston Avenue dans Brooklyn où vit la communauté du Rabbi de Loubavitch Schneerson qui l’a créée au lendemain de la guerre. La rue ressemble à un faubourg de Jérusalem, la pharmacie s’appelle « Teva Drugs »…

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Dans ce quartier, tout y est à l’image du reste de l’Amérique : les communautés vivent en parallèle sans jamais se mélanger ou se rencontrer. L’héritage de l’esclavage reste dans les mémoires et structure les rapports sous la forme dominants/dominés. Toutefois, l’existence d’une classe moyenne noire pèse sans doute dans l’absence de confrontations violentes comme en 1992 à L.A. où il y avait eu 53 morts et 2300 arrestations après le jugement des policiers ayant passé à tabac le Noir Rodnay King. Pour l’heure, rien d’une telle ampleur, l’Amérique vit sur la base d’un subtil équilibre des forces, tous en tout cas n’ont qu’un seul mot d’ordre : in America we trust ! Mais cela suffira-t-il pour vivre encore longtemps en paix ?

DSCN0036[1]Mon hôtel quand je vais à New York, Waldorf Astoria, Park Avenue.

La Chauve-Souris : la Mitteleuropa à la sauce parisienne

Le vaudeville venu de l’Est est tellement jouissif quand l’orchestre dirigé par Marc Minkowski s’emballe dès les premières mesures ! Il faut aller voir et surtout entendre l’opéra-comique de Johann Strauss qui se joue salle Favart. Dans la fosse, le chef fait valser jusqu’au contrebassiste dont le spectacle est inouï, avec un jeu de bras extraordinaire. Les tutus des danseuses

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frôlent le public dans la salle. La valse est diablement bien jouée…

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Les critiques pourront tremper leur plume dans l’acide pour écorcher le parti-pris dont ce petit bijou de l’Opéra-comique fait l’objet avec cette interprétation un peu loufoque qui commence par une ménagère penchée sur sa table à repasser en regardant la télé…La mélodie à la sauce straussienne offre à la voix de Sabine Devieilhe un écrin qui joue une Adèle pétillante. Il faut entendre le contre-ténor Kangmin Justin Kim dans une imitation surprenante de Cécilia Bartoli. Le chant français offre ses effets à un spectacle qui se réclame de l’esprit viennois. C’est d’ailleurs surtout pour cela que le spectacle est vivifiant : il transporte dans le monde tourbillonnant de la capitale des Habsbourg.

Le monde perdu d’Arthur Schnitzler, Stefan Zweig, Peter Altenberg, Richard Beer-Hofmann…

La Chauve-Souris n’est rien d’autre qu’une amusante peinture sociale de la fin du XIXème siècle, où la petite-bourgeoisie est savamment étrillée par Johann Strauss. Malgré la pétulance de la partition, c’est le tableau d’une époque sans grande passion, avant les catastrophes qui pourraient survenir au loin, dans un temps proche. Dans l’Autriche de la fin du XIXème siècle, point de révolution ou de destruction des valeurs mais une tranquillité et une sécurité confiée à l’Etat. On y vivait tranquille sans rien redouter. Et l’amusement de ce monde ordonné avant la « brutalisation des masses » qui allait advenir le siècle d’après exprimait comme ce temps était calme.

L’Autriche était un vieil empire, « un Etat sans ambition » selon l’expression même de Stefan Zweig, lequel se plongeait dans Die Gesellschaft, une revue militant pour l’esprit moderne dans ce monde immobile. C’est le monde petit-bourgeois de ce vieil empire autrichien que dépeint Strauss et il est bon de s’y plonger pour comprendre combien le monde peut paraître tranquille avant les grandes tempêtes.