L’effacement de soi. Rothko.

Qu’est-ce que le beau ? La couleur débarrassée de l’objet ? Mark Rothko avait dans son monde exprimé les failles de l’homme moderne : du fait des avancées scientifiques et des nouvelles découvertes, les liens traditionnels se sont distendus et les mythes fondateurs se sont écroulés, pourtant si puissants avaient-ils été. Et l’individu avec ses droits, ses exigences et sa solitude (loneless si bien commenté par Arendt)  allait les remplacer, estimait-il dans les années 1940 et 1950.

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Rothko, détail.

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Rothko. Untitled/ Centre G. Pompidou

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Dans Paris ce dimanche, la devise Fluctuat nec mergitur sur fond bleu se voulait un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 dans la capitale, un an après jour pour jour.

Post en cours…

Les anges de l’Histoire à Saumur

Saumur fête cette année les 20 ans du Livre et du Vin, où il est question  de l’Histoire.

Les cafés littéraires nous plongent au cœur de ce qui nous anime : la relation entre l’Orient et l’Occident et cette fascination qu’a l’un pour l’autre… l’autre étant indispensable pour se définir.

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Michaël de Saint Chéron et Olivier Weber au Café de la Bourse, Saumur 10 avril 2016

Un café littéraire où étaient invités Michaël de Saint Chéron pour son essai « Les écrivains français face à l’antisémitisme » (éditions Salvator ) et Olivier Weber pour son roman  « L’enchantement du monde »chez Flammarion.

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Il m’a bien fallu parler de la figure de l’Autre dans cette dialectique réunissant l’Orient et l’Occident depuis plus de 2000 ans. Une référence soulignée d’emblée par Michaël de Saint Chéron qui eut pour maître Emmanuel Lévinas (les entretiens qu’il tînt avec le philosophe, élève de Husserl, ont fait l’objet d’un livre : « Entretiens avec Emmanuel Lévinas, Paris 2006 éd. livre de Poche)

Avec une grande finesse d’analyse, Olivier Weber nous a emportés dans l’Empire Ottoman de 1470.

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Les primoromanciers Xavier Durringer et Olivier Bourdault avaient raconté leur conception de l’art de vivre lors du café littéraire précédent :

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L’ange convoqué par Walter Benjamin autrefois survole la ville arrimée à la Loire.

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Autoportrait : opérer l’image

Etre dans le monde ou ne pas être. Peut-être cette alternative conduit-elle à ce que certains veuillent opérer l’image ou plutôt leur image. Ceux qui se sentent exclus du monde ne peuvent  rien y construire. Alors, ils recourent à la chirurgie esthétique afin de se construire à défaut de bâtir pour le monde. Des scies, des marteaux, des scalpels : le chirurgien sculpte l’image et ceux qui y recourent cherchent un sens à leur vie. La conférence que je donnais hier en Bretagne portait sur le portrait : opérer l’image ?

En voici son intitulé : Miroir, mon beau miroir 

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Le thème : l’autoportrait, sous le titre de cette édition  « Très portrait(s) »

 

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L’image, miroir de nous-mêmes, est devenue objet d’adoration. L’opérer contribue-t-il à une conception particulière de l’homme dans un monde globalisé ? La conférence que j’ai donnée, associée à ma coauteure la chirurgienne Sylvie Poignonec, a emmené les auditeurs de l’amphithéâtre Victor Segalen, à la Maison du Livre de Bécherel, sur ce chemin de questions. Charmante  coïncidence, Victor Segalen (médecin, romancier, poète, ethnographe, sinologue, archéologue…) était l’aïeul de notre amie Diane Segalen…

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Photo de notre hôtesse devant l’amphithéâtre Victor Segalen

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Le pacte autobiographique

L’autoportrait aujourd’hui dit « selfie » est une image spontanée et instantanée. Sa facilité du fait de la technè n’enlève en rien à ce qu’il est : l’autoportrait a toujours paru comme une forme de journal intime, ce que Philippe Lejeune désigne comme le « pacte autobiographique ». Et il le reste par essence. Il révèle l’extériorité de l’être dans la droite ligne de la ‘pensée du regard’ -au sens platonicien-. Les images sont des idoles (l’eidolon grec): elles véhiculent une forme d’adoration (de soi pour les selfies) et des messages, surtout selon les contextes. Ainsi les images en temps de guerre ont-elles un sens particulier. La femme dans la Grande Guerre est la femme fatale, sophistiquée, celle de l’Ange Bleu. Dans le contexte actuel, les jeunes filles se rêvent toutes en idoles et comptent leurs followers. Mondialisation des images et donc mondialisation des imaginaires. Mise  à distance de tout enracinement culturel pour réduire les corps à une surface d’images qui véhiculent la juvénilité et la performance : le corps mondialisé est mince, coloré, parfait. Notre exposé était un plaidoyer contre le catéchisme de la Barbie (et Ken) en même temps que l’élaboration d’une question : crise de la culture ? Le fait d’opérer son corps est devenu une pratique sociale. Chacun dans la salle entendait la chirurgienne décliner les instruments avec lesquels elle sculpte quotidiennement les os, recoud les chairs:  marteaux, burins, scies… dans les blocs opératoires. Cette pratique sociale pourrait-elle devenir un frein à la raison ?

Les 17 librairies de Bécherel

Après la conférence, nous étions invitées dans le bourg de Bécherel : 17 librairies pour 700 habitants, et nombre de livres dans les rues. Dès les premiers pas, rencontre avec Le premier homme…

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L’art du portrait à la française : Madame Vigée Lebrun, fille d’un aquarelliste, nous avait habitués aux portraits des princes apprêtés de la Cour à Versailles. Gustave Courbet avait lancé un mouvement avec son autoportrait aux yeux exorbités. Van Gogh l’avait suivi… L’esthétique de ce mouvement est fondée sur l’exploration méthodique du moi. Dans les rues, le fameux autoportrait de Courbet…

 

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Le corps, objet de culte

La beauté est-elle un gage de réussite ?

  • Sylvie Poignonec et Marie-Pierre Samitier étaient aux Champs libres, mardi, pour leur conférence « Faut-il être beau pour réussir ? », animée par Maelle Chantrel (à droite).

Dans la salle, 450 personnes pour écouter la conférence et débattre de la question de l’imago dans le monde globalisé. La beauté est une émotion inexplicable, elle est devenue une valeur. Quelles conséquences pour nos vies dans un univers dématérialisé où les premières informations recueillies sur Internet passent par l’image ? (L’image dont l’anagramme est « magie » a pour nom « eidôlon » dans la Grèce antique : mot qui a donné « idolâtrie »)

 

 

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The human condition selon le peintre Gilles Aillaud

 

« Ce n’est pas directement la condition humaine que je peins… L’homme n’est pas dans la cage sous la forme du singe mais le singe a été mis en cage par l’homme ». L’œuvre du peintre s’est inscrite dans le mouvement qu’on a appelé La Nouvelle Figuration. Le Frac de Clermont-Ferrand expose en ce moment une collection intéressante des œuvres de l’artiste.

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Il peint les paysages de bord de mer qui excluent le spectateur du cadrage : lieux inaccessibles et rêvés. Mais il sait l’intégrer physiquement dans l’espace de la toile lorsque ce sont les animaux  et que ledit spectateur s’aventure à s’approcher. Les animaux enfermés par l’homme : c’est l’ambiguïté de cette relation qui inspire le peintre. Il représente l’étrangeté des lieux où s’opère cette « séquestration silencieuse et impunie ». Il écrit, dans les années 1980 : « Lorsque je peins, je cherche seulement à dire quelque chose, en ne songeant à la manière de peindre que pour rendre plus précise la parole ».

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Questionnement de l’être devant une telle désolation créée par lui. Cette interpellation n’est pas sans rappeler  l’invitation (en attente d’une écoute) à la compréhension que fait H-G. Gadamer (Expérience esthétique et expérience religieuse- 1994). L’art apparaît comme événement de vérité, ouverture d’un monde, dévoilement qui nous permet d’accéder à la tragédie de notre propre existence.  L’expérience de l’art nous permet de voir le monde pour ce qu’il est : le monde apparaît dans une vérité qui est réalité, une réalité qui permet aux être humains d’accéder à se reconnaître.

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L’exposition au cœur de Clermont-Ferrand… Décembre2015/janvier 2016image

Le marché de noël donne à la ville aux pierres volcaniques des couleurs inattendues.

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Gilles Aillaud avait aussi écrit quelques mots : « Je peins des choses… Je suis incapable de peindre une idée… Pour nier une chose, il faut la détruire, tandis qu’une idée, c’est du vent, on peut toujours fermer l’oreille »

 

Faut-il être beau ? Le corps, son culte.

La télévision suisse RTS ce mercredi 2 décembre à 20 heures 15 diffusait l’émission SPECIMEN sur la beauté, le corps, son culte. L’émission présentée par Luigi Marra portait le titre de mon dernier livre coécrit avec la chirurgienne Sylvie Poignonec : Faut-il être beau pour réussir ?  Cette édition de SPECIMEN  révèle à quel point l’apparence physique peut être décisive dans un parcours de vie. Elle rapporte les standards d’évaluation du beau qui ont évolué dans un monde en trans.

 

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 émission SPECIMEN de la RTS, 2 décembre 2015 à 20h15

 

L’émission analyse la question du corps morcelé que nous évoquons également dans notre livre, magnifiquement mis en scène par Godard avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans Le Mépris.

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Extrait du film de Godard : Le Mépris

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Extrait de SPECIMEN : autrefois la beauté était imaginée à travers la littérature.

J’ai aimé dans l’émission de Luigi Marra cette métaphore de la jeune fille (celle que j’étais aussi)  lisant et rêvant : Stendhal, Madame de Staël, les soeurs Brontë… je rappelle cette phrase dans Jane Eyre que j’ai lu et relu à l’âge de 16 ans de Charlotte Brontë (cette littérature anglaise du 19ème siècle  qui porte la question du regard de l’autre) : « Comme il est vrai que la beauté réside dans le regard de qui la contemple… »

 

Voir l’émission :

http://www.rts.ch/emissions/specimen/7186401-je-suis-beau-et-ca-tombe-bien.html

Le corps morcelé :

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Emission SPECIMEN du 2 décembre 2015, de Luigi Marra

 

Signatures lors des conférences : ici à l’hôtel Raphaël :conférence

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Le monde de l’insécurité

Nous avons appris à ne plus nous étonner de la violence collective en entrant dans le XXIème siècle. Après Auschwitz. Après les 25 millions de Russes morts pendant la 2ème Guerre mondiale. Et puis, après le chaos en Syrie et dans la région, et la progression de la violence ces dernières années en Europe, on ne peut que citer Freud, lequel ne voyait dans notre culture qu’une mince couche, que les forces destructrices du monde en deçà peuvent balayer d’un simple revers.

Apres 1945, la vieille Europe s’était replongée dans l’air du temps de la sécurité, tel qu’on le respirait à Vienne, à Londres, à Paris… avant 1914. A l’époque, cette folle insouciance imprégnait les esprits, on était l’enfant d’un siècle baigné de douceur de vivre. La même insouciance avait enveloppé les Trente glorieuses et jusqu’à ces années dernières où l’on se retrouve au bord d’un précipice au fond duquel sont tombés les auteurs de Charlie.

Rome avait apprivoisé la paix au cours des siècles et nous avait laissé en héritage l’organisation du temps et de l’espace…

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Rome avait importé la vigne dans le Sud de la France. La vigne y était ainsi et non à la « californienne » comme aujourd’hui, depuis la destruction du vignoble en Europe par le Phylloxera à partir des années 1860

Nous sommes restés pendant 2000 ans sur ce mode d’organisation. Ici, au pied de la Montagne Noire, Rome est là aujourd’hui encore, ayant laissé en héritage la culture de la vigne et la via Domitia.

La Montagne Noire

La Montagne Noire

La vigne au pied de la Montagne Noire…

Les Romains avaient installé non loin de là une colonie, la colonie de Narbo Martius, sous la protection du dieu Mars vers l’an 120 avant Jésus Christ. Ils avaient accosté près du Massif de La Clape, lequel était une île à ce temps, avant que tout soit ensablé alentour par les alluvions de l’Aude, lors des grandes crues de l’époque romaine.

Massif de La Clape, face à la Méditerranée

Massif de La Clape, face à la Méditerranée

AudeL’Aude à Roubia…

Vers 45 avant JC, César installa les vétérans de  sa Xème Légion dans la région, et les chemins qui s’y trouvent aujourd’hui gardent toutes les traces de leur passage. Je les connais par coeur. Celui-ci, en quittant Roubia, conduit au Tourril, aujourd’hui belle bâtisse entourée d’un vignoble d’un seul tenant. Cette terre dotée d’un puits avait été donnée à un centurion de la Xème Légion en récompense de sa bravoure. Ce dernier y avait élevé une villa dont le Tourril est l’héritage.

Le chemin d'Olonzac menant au Tourril

Le chemin d’Olonzac menant au Tourril

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Le Tourril, situé sur l’un des anciens chemins des Légionnaires romains, entre Roubia et Olonzac

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Le chemin a été goudronné  sur cette petite portion, on y croise quelques tracteurs et des martins-pêcheurs au long bec

Maison de la Montagne Noire

Maison de la Montagne Noire

Cette quiétude est le résultat de 20 siècles ayant conduit à l’élaboration d’un ordre, sur lequel l’Etat s’est appuyé pour permettre à tous de vivre en paix, dans un pays de droit. Mais nous voilà menacés par cet abîme de terreur qui pousse les migrants aujourd’hui vers l’Europe. Nul n’est aveugle. Chacun, attaché à ce monde du fait d’y avoir grandi et d’en avoir goûté la douceur et la bienveillance protectrice, s’inquiète de l’irrésistible progression de ce chaos.

Voyage à Troyes, ville-symbole, sur les traces de Rachi

Rachi (1040-1105 de l’ère chrétienne), grand exégète de la Torah et du Talmud, a fortement influencé la pensée juive. En retournant aux sources des textes bibliques, en exigeant une compréhension réelle de leur signification littérale, Rachi pose les bases de  » l’école exégétique de France du Nord », c’est-à-dire du pays de langue d’Oïl qui restera telle jusqu’à l’Ordonnance de Villers Cotterêts (1539).

Me voici de passage à Troyes, où était établie avant 1870 ( à l’invasion prussienne) une branche de ma famille, laquelle est originaire d’Alsace en grande partie. La ville de Troyes est symbole, au sens grec : dans la Grèce antique, le symbole, objet brisé, devait permettre aux morceaux séparés de s’emboîter parfaitement, ce qui était le moyen de reconnaissance des deux porteurs de morceaux. Ainsi, le symbole porte une double force, celle qui rejoint les morceaux d’une origine commune et celle qui porte vers l’extériorité. DSCN6774

Institut Universitaire Européen Rachi, Troyes, mai 2015

Commentaires talmudiques du XIème siècle

Au XI ème siècle, les commentaires talmudiques sont écrits en araméen mâtiné d’allemand, de français et de champenois. Rachi, qui utilise le dialecte champenois, étudiera et éclairera ces textes tant soit éloignés de l’origine. Il opérera une sorte de décryptage… DSCN6773

Les foires de Champagne permettent des échanges entre de nombreuses communautés. Troyes est un carrefour intellectuel autant que de négoce.

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Rue Champeaux, qui devient ensuite rue de la Monnaie à Troyes

Les rabbins créent les premiers synodes où ils peuvent confronter leurs problèmes. Ils viennent de toute la France du Nord, de Paris, du Poitou, de l’Anjou mais aussi de la Rhénanie. C’est donc à Troyes, lors d’un de ces synodes qu’il est décidé que « la loi de ton pays est ta loi ». Cette décision, toujours évidemment appliquée aujourd’hui, a permis aux juifs de s’intégrer dans le monde moderne …

Goethe et son Traité des couleurs (Farbenlehre), ou comment l’Europe a perdu l’art au profit de l’Amérique

C’est en visitant le musée de Sholomo Guggenheim que l’on peut comprendre pourquoi la vieille Europe -qui s’est entre-tuée au XXème siècle- a perdu ses peintres.  Vassily Kandinsky né à Moscou et ayant grandi Odessa, est l’un d’eux. Fortement inspiré par Goethe et son Traité des Couleurs, il peint le premier (1909/1910) une œuvre abstraite réalisée à partir d’une conviction profonde et avec un objectif précis : substituer à la figuration et à l’imitation de la « réalité » extérieure du monde matériel une création pure de nature spirituelle que l’artiste trouve en lui…

La compréhension de ce cheminement artistique conduisit Mr Guggenheim à acheter ses oeuvres et à soutenir l’artiste dans une démarche encore inexplorée. Tout le monde connaît ce lieu extraordinaire, face à Central Park, bâtiment conçu comme une hélice par l’architecte génial F. Lloyd Wright. L’idée de salles d’exposition s’estompe pour laisser place à un seul lieu ouvert. L’extraordinaire collection de Mr Guggenheim s’y trouve mise en valeur remarquablement.

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The Guggenheim Museum in New York 2015

Le MoMa

Les collectionneurs et les marchands américains, les musées aussi ont rivalisé d’enthousiasme et d’audace pour la peinture française dès les années 1880. Il fallait être un peu fou pour choisir la peinture du Douanier Rousseau qui n’avait jamais quitté Paris en bon employé des Douanes. Les couleurs et les images naïves des grands fauves imaginaires ont inspiré Gauguin et Picasso. Ici Le Rêve comme dans les nuits profondes :

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Evidemment c’est Van Gogh qui prend à la gorge. Il n’est pas d’émotion plus intense dans ce monde de la couleur qui chavire. Vincent n’avait plus de moyens pour peindre, alors son frère lui envoyait de l’argent et il pouvait à nouveau étaler les touches vibrantes sur la toile de lin.

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Les collectionneurs américains embarquaient les toiles qu’ils achetaient dans les ateliers des peintres. Les Demoiselles d’Avignon étaient restées dans l’atelier de Picasso à Montmartre assez longtemps, suffisamment pour que Braque les y découvrent (vers 1906, 1907 ?) pour ensuite emboîter le pas dans le mouvement cubiste.

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Il n’y avait pas de pays comme l’Amérique où l’aspiration à la peinture fût plus passionné et enthousiaste à partir de ces années là. Ensuite, l’histoire de la peinture occidentale s’est écrite dans ce pays et même si les artistes européens sont revenus mourir en Europe, tel Kandinsky, les collections sont restées là-bas.

14-18 : une France qui commémore, une Allemagne qui questionne

Le 11 novembre 1918, l’armistice met fin à la Grande Guerre. La veille encore, des hommes se livrent à des combats acharnés et meurent au front. Les Allemands ne veulent pas desserrer l’étreinte. Et le jour même de la paix il meurt encore des soldats. La France n’a jamais cessé de commémorer la Grande Guerre avec  une grande conscience et une certaine fierté. Qui n’a pas eu un aïeul tombé au front ? Quelle famille n’a pas été touchée par ce moment de la « brutalisation des masses » telle que la désigne l’historien américain d’origine allemande George L. Mosse* ? 14-18 Cartes postales  Guerre de 14-18 Début de l’offensive  en 1914 : « Mon vieux Guillaume, fais ta valise… » Cartes familiales.

Mais pour l’Allemagne, l’hommage à ses soldats de la Grande Guerre est plus complexe. Le conflit s’inscrit dans la continuité de 1871 et de la rivalité franco-allemande. Deux conceptions de l’Etat-nation s’affrontent déjà depuis le début de ce XXème siècle, et que les publicistes ont théorisées à travers les notions d’Etat-nation politico-subjectif et celle opposée d’Etat-nation ethno-objectif, laquelle émet l’idée d’une communauté de gens d’une même ethnie au-delà des frontières (qui justifiera l’Anschluss en 1938). Ces deux conceptions s’affronteront vingt ans plus tard avec l’entrée du nazisme sur le champ de bataille. Au moment de rendre hommage aux soldats de 14-18, les questions Outre-Rhin sont celles qui émanent d’une prise de conscience particulière : quelle est la responsabilité de l’Allemagne ? Quels facteurs ont particulièrement compté dans l’Allemagne de Weimar ? Qu’est-ce qui a donné Hitler et le nazisme ? Droit 14-18 Pour le droit et la civilisation, Guerre de 14-18 le conflit des Etats-nations (cartes familiales)

Une commémoration qui a lieu alors que les Etats-nations font l’objet de débats voire d’élections ( la Catalogne le 9 novembre dernier avec la consultation référendaire inconstitutionnelle organisée par la Généralité de Catalogne, l’Ecosse en septembre dernier, l’Alsace en avril 2013), dans une Europe où progressent les nationalismes et l’extrême-droite (rappelons par exemple la présence de ministres nationalistes dans le gouvernement du Premier ministre belge Charles Michel).

* »De la Grande Guerre au totalitarisme«