Jérémie Berrebi, a french story in B’nai Brak

Jérémie Berrebi ne touche pas terre. Est-ce parce qu’il a récemment baptisé sa nouvelle société de conseil « Magical Capital » ? Un nom qui augure bien des tours de baguette  magique dans l’univers des start up. Un nom prophétique pour désigner la dynamique nouvelle qui l’anime depuis qu’il a repris son indépendance. Après avoir investi pour Xavier Niel, avec lequel il a fondé Kima Ventures, une holding d’investissements high tech début 2010, il annonce voici quelques mois qu’il réorganise son fonds d’investissements cette fois-ci sans le patron de Free (aujourd’hui, Xavier Niel se lance dans une autre aventure avec Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, ils ont lancé Mediawan en Bourse ce vendredi)… En cette fin d’avril 2016, le voici dans son bureau à B’nai Brak, un bureau qui sent l’odeur du neuf.

« J’ai même fait poser des double-vitrages mais les klaxon s’entendent quand même », dit-il, interrompu par un bruit strident d’avertisseur qui le fait éclater de rire.

 

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Jérémie Berrebi, dans ses bureaux de Magical Capital avec Didier Long

Solide comme un roc, il fait même figure de Kotel pour les naufragés de la télévision publique qui viennent se lamenter mais aussi chercher de l’aide pour rebondir, tel Julien Lepers. L’ex-animateur de France Télévision est passé par là, dans ce même bureau il y a quelques jours.

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B’nai Brak, le quartier ultra-orthodoxe de Tel Aviv

 

Article et Post en cours…

 

 

Reconnaître un Etat palestinien ? (2)

Alors que cette semaine l’Assemblée nationale doit se prononcer sur la question, le vœu déposé par le groupe Europe Ecologie-Les Verts demandant la reconnaissance de l’Etat de Palestine vient d’être adopté ce vendredi 21 novembre par la majorité de gauche du Conseil régional d’Île-de-France. Ce texte demande à la France de reconnaître la Palestine comme un Etat indépendant sur la base des frontières de 1967 -avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Pour le président du groupe des écologistes Mounir Satouri, « la reconnaissance de la Palestine crantera une étape importante sur le chemin d’une paix juste et durable en Palestine. Ce n’est qu’une étape qui devra engager ensuite la France plus fermement en vue de garantir la sécurité des deux Etats, dans des frontières sûres et reconnues ». Un vœu qui n’engage en rien l’Etat français mais qui manifeste la volonté (des écologistes et d’une partie de la gauche française) d’une reconnaissance politique en faveur de la paix. Les événements survenus en juillet (affrontements le 13 juillet 2014 rue de la Roquette devant la synagogue Don Isaac Abranavel suite à la manifestation de soutien aux Palestiniens dénonçant « l’agression israélienne contre Gaza », manifestations et violences le 20 juillet à Sarcelles qui ont fait dire au maire de Sarcelles Mr Puponi qu’une « horde de sauvages a basculé dans l’antisémitisme primaire »)  comptent dans cette décision. Ce vœu propose un acte politique dans une situation devenue inextricable sur le terrain. Tout d’abord, la France par ses autorités politiques veut affirmer que le conflit israélo-palestinien ne s’importera pas sur son territoire, refusant de voir là un conflit religieux s’inviter en terre laïque et républicaine. Pour certains parlementaires socialistes, dont l’ex-ministre Benoît Hamon, la solution est donc politique et passe par la reconnaissance d’un Etat palestinien par la France. Mais, et c’est le deuxième point, la vie en Israël et dans les territoires est devenue un enfer. Voitures-béliers qui s’attaquent aux piétons, tuerie dans une synagogue, affrontements permanents…  la violence est extrême et ne provient d’aucune cellule terroriste organisée mais d’actes individuels aiguisés par les réseaux sociaux extrémistes, alors que progressent les fondamentalismes religieux. Enfin, la situation est devenue inextricable du fait de la colonisation qui se poursuit ; elle a profondément modifié la Cisjordanie, rendant impossible l’unité d’un territoire qualifié de « peau de panthère » par les Palestiniens.

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Ma’ale Adumim, colonie à 7 km à l’est de Jérusalem, photos MPS

La construction du Mur de séparation a amplifié le phénomène… DCIM100MEDIA   Jérusalem, mur de séparation, ancienne route de Jéricho 

Un héritage qui laisse augurer l’affrontement des fauves dans un pays situé désormais à mille ans du sionisme laïc et démocratique originel ( dans lequel l’Etat hébreu est né). Dans ces conditions, l’avenir de deux Etats peut sembler compromis avant même une reconnaissance unanime des Etats occidentaux…

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Judenhass, la haine des Juifs en Allemagne rencontre une certaine opposition

On aimerait voir des personnalités françaises agir de la sorte… et peut-être l’attitude de certains Allemands pourrait-elle servir d’exemple pour qu’en France il en soit de même. Voici à ce propos une histoire exemplaire. Le journal Bild publie dans ses colonnes la photo de personnalités allemandes qui disent : « Nie Wieder Judenhass !« , tel le Président Joachim Gauck, des chefs d’entreprise tel le patron de Volkswagen Martin Winterkorn ou des people comme Franziska Knuppe.

Un article publié aujourd’hui, après les manifestations pro-palestiniennes en Allemagne qui ont déchaîné un antisémitisme particulièrement virulent sur une terre dont on espérait qu’elle ne serait plus jamais le lieu de ‘Jundenhass’. Angela Merkel avait condamné mercredi ces débordements, comme autant de « tentatives de porter atteinte à nos valeurs démocratiques ».

En France hier, certains ont sans doute fait semblant de ne pas remarquer les croix gammées taguées en noir  sur la statue de la République, au cours de la manifestation interdite de ce samedi 26 juillet 2014.

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Croix gammées à Paris, place de la République, samedi 26 juillet 2014

La distinction entre ‘sionistes’ et ‘juifs’ n’était plus dans les slogans… Une fois encore, tous les juifs d’Europe ne soutiennent pas la politique israélienne menée ces dernières années. En France, de nombreux intellectuels juifs déplorent la politique Israélienne tout en aimant Israël. Dans le livre que j’ai publié en 2010, « Au pied du mur, Paris, Jérusalem, Rammallah » (Ed. François Bourin), j’écris que le statu quo maintenu par le gouvernement israélien met Israël en danger. Un statu quo qui fait perdurer un équilibre au sein de l’Etat hébreu, car la crainte d’une guerre civile en cas de concessions qui seraient faites aux Palestiniens est justifiée. Le pays est une véritable poudrière. Mais cette situation  ne peut conduire qu’à la guerre, chacun fourbit ses armes, les uns dans les tunnels de Gaza, les autres avec Tsahal.

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Dans la librairie Le Divan à Paris, une pile de livres … Au pied du mur, Paris, Jérusalem, Ramallah

Dans mon livre, bien avant les événements actuels à Gaza, je soulignais que ce statu quo  peut conduire à une libanisation du conflit, dans l’exacerbation d’un quotidien qui ne cesse de devenir de plus en plus pesant. J’y décris les correspondances qui existent entre ce conflit et la Guerre d’Algérie… Alors que la communauté internationale s’est fondue dans la pensée unique d’un « conflit impossible à résoudre », elle s’est dans le même temps indignée à juste titre des tunnels de Gaza et des mines découvertes dans les chambres d’enfants gazaouis (ce que Tsahal communique ce dimanche 27 juillet 2014) et résignée à accepter que les accords d’Oslo soient systématiquement violés. Je rappelle dans « Au pied du mur » que ces accords font de Gaza et de la Cisjordanie une seule et même entité juridique. Or il est quasi impossible aux habitants de Gaza de se rendre en Cisjordanie, de même qu’il leur est impossible de rallier la bande de terre large de 500 m à 1 km à la limite de la frontière israélienne, où se trouvent leurs terre agricoles. Quant au Hamas qui tient Gaza et qui viole le cessez-le-feu en important les missiles iraniens dans les tunnels de Rafah, il est dans une logique de bras de fer avec Israël. Pour relancer le processus de paix, seules des négociations à égalité peuvent entamer cette logique attelée à un cercle vicieux et sans terme. Je rappelle dans mon livre qu’au moment de la guerre d’Algérie, ce refus de traiter l’adversaire sur un pied d’égalité a conduit au chaos.

Face à l’opération « Bordure de protection »

Les négociations qui ont eu lieu à Paris ce samedi 26 juillet avec le chef de la diplomatie française Laurent Fabius ont été engagées pour tenter de trouver un compromis durable de trêve à Gaza. Les ministres des principales diplomaties européennes qui étaient réunis ont émis la possibilité pour l’UE de faciliter la réouverture des points de passage menant à la bande de Gaza, une surveillance de ces points se faisant avec un déploiement d’observateurs européens (en accord avec Israël). Une présence européenne avait été maintenue 2 ans en 2005 au passage de Rafah… La nouvelle donne en Egypte, l’implication du Qatar et de la Turquie, pourraient jouer en faveur d’un nouveau tour de table diplomatique avec un retour prochain de John Kerry dans la région.

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Faciliter les points de passage… 

Retour en France… les manifestations pro-palestiniennes ces derniers jours ont donné lieu à des débordements qui n’auraient jamais dû avoir lieu, les tenants de l’antiracisme appelant à la destruction du « monstre sioniste » mais omettant de condamner l’amalgame entre sionistes et juifs.

Le sang et le sol (Blut und Boden), et le temps (Zeit)

Ce jeudi 22 mai 2014, j’ai assisté à un colloque à l’Assemblée Nationale qui aurait pu s’intituler :  « Aux grands hommes la France reconnaissante ». Organisé par l’Institut universitaire d’études juives, il était consacré à quatre hommes d’Etat de la IIIè République, « haïs et persécutés comme juifs ».  Ce fut l’occasion d’entendre l’exposé d’Ilan Greilsammer, professeur de sciences po à l’université Bar-Ilan de Tel Aviv et pacifiste reconnu. De son exposé sur Léon Blum, il me semble qu’il faut retenir le rapport de l’homme politique à la Res Publica (à Rome : le Bien commun).

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Ilan Greilsammer au centre

Ce rapport à la Res Publica était celui d’un homme attaché avant tout à des valeurs. Originaire d’Alsace où ses parents étaient commerçants, Léon Blum avait réussi de brillantes études qui l’avaient conduit au Conseil d’Etat. Je rappelle qu’il contribua à l’élaboration de la notion de service public  (arrêt Compagnie générale française des tramways, 1910 ) et à l’évolution de la jurisprudence sur la responsabilité de l’administration et de ses agents (Epoux Lemonnier, 26 juillet 1918).

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Salle Colbert, jeudi 22 mai 2014 à 18 heures

Blum éprouvait une véritable dévotion et une ferveur quasi religieuse pour la République. Il ne manifestait pas un attachement à la terre (la terre des vignobles du Narbonnais, que Rome avait façonnée à son image) mais à des valeurs, l’égalité, la liberté, la laïcité, qu’il défendait.

Blum avait perdu les élections législatives en 1928. L’année suivante, suite au décès du député de la circonscription, le leader de la SFIO qu’il était depuis le Congrès de Tours a  été ‘parachuté’  à Narbonne, terre viticole mais circonscription en partie citadine, convoitée par l’extrême gauche et qui lui dédia ses suffrages. En 1929, Léon Blum fut donc député de Narbonne, et il put ainsi retrouver les bancs de l’Assemblée Nationale.

Après la guerre, certains ont voulu voir en lui une figure politique incarnant des principes universels tels Badinter ou Simone Weil. « Non, selon moi, il se sentait parfaitement français, il chérissait la France, ses poètes …La France est pour lui non le terroir, non les cimetières de Maurice Barrès (qu’il avait considéré comme son maître en littérature jusqu’à la rupture lors de l’affaire Dreyfus)  ni le vin de Narbonne, mais l’incarnation d’une pensée s’appuyant sur la justice, le droit, la liberté, la fraternité. » Les remarques de Greilsammer me semblent d’autant plus justes qu’elles mettent l’accent sur l’essentiel, à savoir la prééminence de l’esprit sur le matériel. Ce qui fonde une république, ce ne sont pas les immeubles, les frontières, les armées. Non. Ce qui fonde la république, ce sont les valeurs que l’on partage et auxquelles on croit et que les hommes comme les biens matériels viendront protéger, dans une position ancillaire. Ces valeurs sont forgées par la mémoire commune détentrice des actions passées et qui participent de la construction d’une conscience collective de ce que l’on veut faire ensemble. Cette capacité de l’agir s’élabore en fonction de l’Histoire, ce passé intellectualisé dont on tire des leçons.

La terra patria (le sol)

Tout se retrouve ici dans l’histoire de Blum : un judaïsme laïcisé, une terre romaine qu’il rencontre dans un épisode électoral à Narbonne, le rapport au temps qui s’inscrit dans une vision intellectuelle et idéaliste car il fut savoir bâtir dans l’âme.

Pour Léon Blum donc, un puissant attachement aux valeurs républicaines et un rapport à la terre qui n’est donc pas primordial. Contrairement à ce système de valeurs, rappelons que la question de l’appartenance au sol est fondamentale dans l’idéologie nazie. La race est indissociable du sol, d’où l’importance de la paysannerie (v. sur W. Darré, auteur de Blut und Boden, et sur l’importance du sol et du sang chez les nazis). Alors que le judaïsme a un rapport autre à la terre. Ce sont deux conceptions qui s’affrontent et qui puisent leurs racines dans deux mondes opposés : le monde gréco-romain et le monde juif.

Il y a une très grande différence entre la terre romaine, terra patria, et la terre au sens juif.

-Dans La cité antique, Fustel de Coulanges  explique fort bien que la terra patria est  la terre des ancêtres divinisés. Les Romains versent du vin sur cette terre, ces libations étant dévolues aux ancêtres sous la terre. A Rome, les tombes étaient sous les maisons, et les nécropoles sous les villes. Dans le monde gréco-romain, la terre a une valeur sacrée qui est confondue avec les dieux sous la terre. Il convient de leur faire des offrandes, sinon ils reviennent se venger.

-Pour Israël, la terre est à Dieu (Lévitique, ch 25, v.23) : car la terre est à moi, car vous êtes comme des étrangers domiciliés chez moi ». Rappelons qu’Israël est fondée hors sol après la libération de l’esclavage d’Egypte en plein désert, c’est à dire un lieu où la terre n’appartient à personne, et ce le temps de deux générations, quarante années. Ceux qui reviendront en Terre promise ont grandi hors sol, et garderont cette valeur en tête : la terre ne vaut rien sans la responsabilité du peuple, et sans la notion de responsabilité envers autrui. C’est en appliquant les principes de la Loi que la terre pourra rester au peuple d’Israël, dans une harmonie de justice où il n’est rien d’injustifiable. A l’image du roi Salomon, les rois et gouvernants se doivent d’être justes.

Le temps

A nouveau député en 1929 (sa première élection avait été en 1919), Blum veut graver sur les tables de la République des valeurs qui s’inscriront dans le temps. Ainsi, il deviendra chef du gouvernement du Front populaire en 1936, artisan des premiers congés payés. Je rappelle que dans ce gouvernement Blum de juin 36, trois femmes devinrent ministres dont Irène Joliot-Curie, l’une des physiciennes majeures du XXè siècle (Prix Nobel de Chimie pour la découverte de la radioactivité artificielle, 1935) et qui sans être militante féministe a oeuvré pour le droit au travail des femmes, soutenant ainsi la nécessité pour elles d’être indépendantes économiquement…

De Blum, il faut retenir un grand optimisme et une pensée politique profondément juive et laïcisée : « Pour moi, je suis trop vieux, dira-t-il à la fin de sa vie. Je ne verrai pas les Nations assises autour d’un foyer commun ». La continuité de cette pensée se retrouve dans le livre qu’a publié Lévinas en 1972 : « Humanisme de l’autre homme ». Un livre où Lévinas estime que l’antisémitisme est la haine de l’autre homme.  Blum fut très tôt victime d’antisémitisme, désigné  par Léon Daudet (l’Action française, 2 sept 1933) comme « un hybride ethnique et hermaphrodite », coupable selon Gide de promouvoir « un possible avènement de la race juive » ou de vouloir imposer le shabbat à cette vieille société chrétienne qu’est la France (sic!). Son histoire incarne celle de l’antisémitisme qui prit une nouvelle forme au XXè siècle, en correspondance avec la montée du nazisme outre-Rhin…  il sera d’ailleurs victime d’une agression le 13 juin 1936 boulevard Saint Germain.

Le sang

Alors que se met en place en France une politique sociale avec le Front Populaire, le régime nazi vote en Allemagne les lois raciales, basées sur le sol (en 1933 sur la propriété paysanne), le sang, la race (1935, lois de Nuremberg ayant pour but de réduire la proportion de sang juif dans la race allemande).  Les lois raciales étaient saluées outre-Rhin comme de grands progrès pour l’humanité. La condamnation du métissage était justifiée par le souci de ne pas « abâtardiser le peuple allemand avec le sang de l’Ennemi enfin identifié. Les Allemands pouvaient donc grâce au droit constituer une communauté de sang, renonçant à leur liberté pour cette communauté. L’influence du racialisme (Gobineau) enracina ce dogme de l’inégalité des races et de la supériorité de la race de sang germanique, faisant du sang une valeur essentielle, fondatrice du peuple allemand, de sa communauté (Gemeinschaft). Dans l’édifice idéologique nazi, la primauté du groupe sur l’individu permet le maintien et la pureté de la race, objectif de l’Etat et de chacun. L’individu seul ne porte aucune valeur : il en porte en tant que membre de la communauté qui en détient une par le sang que chacun a en commun.  » L’Etat devra faire de la race le centre de la vie de la communauté : veiller à ce quelle reste pure » écrit Hitler dans MK, ajoutant : « Ce qui est l’objet de notre lutte, c’est d’assurer l’existence et le développement de notre race et de notre peuple, c’est de nourrir ses enfants et de conserver la pureté du sang, la liberté et l’indépendance de la patrie, afin que notre peuple puisse mûrir pour l’accomplissement de la mission qui lui est destinée par le Créateur de l’univers. »

Ce n’est ni la fascination pour Hitler ni la peur qui ont conduit les nazis à leur funeste dessein, mais ce système de valeurs (du sang, de la race et du sol) auquel ils ont cru, s’appuyant sur un discours métaphysique et biologique.

 

 

 

Pessah en 2014, une fête pour l’identité heureuse

Ce soir, des millions de Juifs seront assis à table pour fêter Pessah. Chaque année, la communauté juive commémore la sortie d’Egypte des Hébreux, réduits en esclavage durant plus d’un siècle. C’est la fête de la libération. Les 2 premiers soirs de la fête, les familles juives lisent la Haggada au cours du sedder.

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Le rabbin Haïm Harboun et Marie pierre à Paris, mars 2014

Cette année, le Rav Harboun sera en Corse pour Pessah.

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Corse du Sud, Golfe de Porto-Vecchio, non loin de Sainte-Lucie-de Porto-Vecchio

J’avais écrit l’an dernier sur ce blog qu’était née à ce moment de l’histoire des Hébreux la notion de peuple. La notion de libération y est ritualisée. Les enfants qui assistent au repas transmettront à leur tour aux générations futures la tradition avec les nombreux rites qui s’y rattachent. Les paroles prononcées sont associées aux mets que l’on mange, car boire et manger les paroles de l’exode devient un discours de chair et d’os. Os ? Parce que le repas se soit d’être composé d’un os de poulet ou d’agneau (Zro’a) en souvenir du bras étendu avec lequel D. délivra les Juifs d’Egypte. Cet os symbolise le sacrifice de Pessah. Le sedder compte aussi un oeuf dur en signe de deuil marque la destruction du Temple. Le maror, les herbes amères, manifeste l’amertume de la vie difficile que les Egyptiens nous infligèrent…

Tout exode prend ainsi la forme d’obstacles à surmonter, Pessah signifiant « passer par-dessus », en référence aux Dix plaies d’Egypte, où Dieu tua tous les premiers-nés égyptiens et où il passa par-dessus les  maisons juives en les épargnant.

Cette obligation de s’entretenir de la sortie d’Egypte permet d’aborder la question essentielle de la liberté. La liberté est-elle quelque chose de fondamentalement immanent ? Ou bien relève-t-elle d’une transcendance ? La sortie d’Egypte symbolise le rapport d’un peuple à la liberté, comme élément identifiant et révélateur de la faculté d’agir. L’homme doit surmonter l’histoire avec une capacité de juger et de transformer le mal en force, voire en mérite. C’est ainsi qu’éthique et politique se rencontrent : dans la possibilité de réparer l’irréparable, lorsque l’homme trouve dans le présent de quoi transpercer le passé. Le temps perd alors son irréversibilité, par ce que le judaïsme nomme la « techouva ». Elle conduit à une notion mal comprise : le pardon.

 

 

 

 

Dieudonné et la liberté d’expression

Il est des temps que l’on croyait révolus et pourtant… Tout d’abord, il semblait acquis qu’en Allemagne, ces dernières décennies, on avait tiré un trait sur le passé du point de vue judiciaire. Or, et  c’est tant mieux, l’annonce hier mardi 7 janvier de l’inculpation en Allemagne d’un ancien SS (Werner C.) de la Division Das Reich pour le massacre d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 va dans le sens d’une autre évolution de la justice Outre-Rhin. Cette dernière a amorcé un changement d’attitude depuis 2011 quant aux anciens nazis qu’elle poursuit désormais, bien qu’ils aient tous un âge canonique ( le massacre de 642 personnes dont 247 enfants). Et le passé n’en finit pas de nous rattraper… cette inculpation tardive (en Allemagne il n’y aurait pas de prescription pour les crimes de guerre) intervient au moment où en France l’affaire « Dieudonné » enflamme l’opinion. Cette affaire a connu depuis lundi une évolution inédite, dans un pays où la liberté d’expression est hissée au plus haut niveau des valeurs.

 

La circulaire Valls s’appuie sur les arrêts ‘Benjamin’ et ‘Lancer de nains’

 

La circulaire du Ministre de l’Intérieur adressée aux préfets lundi après-midi s’intitule :         ‘ Lutte contre le racisme et l’antisémitisme — manifestations et réunions publiques – spectacles de M. Dieudonné M’Bala M’Bala’ et vise précisément le spectacle intitulé « Le Mur » à propos duquel de « nombreux maires et préfets ont attiré l’attention sur la teneur de ce spectacle, faisant valoir qu’il contenait des propos antisémites et infamants à l’égard de plusieurs personnalité de confession juive (…) et des atteintes virulentes et choquantes à la mémoire des victimes de la Shoah».

Cette circulaire s’engage sur un nouveau terrain juridique, incitant les préfets à se fonder sur l’atteinte à la dignité humaine, s’appuyant sur un arrêt du Conseil d’Etat de 1995. qui avait érigé le respect de la dignité humaine en principe général du droit. Citant d’abord l’arrêt du Conseil d’Etat Benjamin du 19 mai 1933 explicitant les conditions définies par la jurisprudence pour interdire la tenue d’un spectacle ou d’une réunion publique, puis reprenant la jurisprudence du fameux arrêt du « lancer de nains » (CE 27 octobre 1995) invoquant « le respect dû à la dignité de la personne humaine, qui est une composante de l’ordre public », la circulaire devrait marquer un tournant dans l’histoire des libertés d’expression, en particulier la liberté de réunion (garantie par l’article 1 de la loi du 30 juin 1881 qui stipule : «Les réunions publiques sont libres»), si les juges administratifs en valident la teneur. L’arrêt Benjamin est le fondement de la jurisprudence : le maire de Nevers avait interdit une réunion publique de l’écrivain René Benjamin, décision que le Conseil d’Etat avait annulée : « L’éventualité de troubles, alléguée par le maire de Nevers, ne présente pas un degré de gravité tel qu’il n’ait pu, sans interdire la conférence, maintenir l’ordre en édictant les mesures de police qu’il lui appartenait de prendre ».  Pour les juges de la plus haute autorité administrative, il y avait là «excès de pouvoir». Un maire ou un préfet (investis du pouvoir de police) ne peut interdire une réunion que s’il a mis en oeuvre tous les moyens dont il dispose pour garantir la liberté d’expression et de réunion. Ainsi, l’autorité investie de la force publique se doit de garantir les libertés fondamentales.

 

Le respect de la dignité humaine

Avec l’arrêt de « lancer de nains » (1995), le CE avait produit une jurisprudence inédite qui considère que le respect de la dignité humaine est en quelque sorte une composante de l’ordre public. Le maire avait interdit par arrêté municipal un spectacle de lancer de nains, et le juge de dernière instance avait approuvé au motif que la protection de la personne humaine pouvait être constitutive de l’ordre public. Un arrêt largement commenté par les publicistes ( le principe de la dignité humaine était jusque là consacré en droit allemand et en droit communautaire, et non en droit français etc…).

 

Coup de théâtre ce soir à 18 heures 40 …

 

Cette journée du mercredi 9 janvier sera à marquer d’une pierre blanche tant les rebondissements judiciaires ont été spectaculaires. Le tribunal administratif de Nantes (référé liberté) annule l’arrêté du Préfet de Loire-Atlantique, jugeant qu’il n’était « pas établi » que le spectacle ait été monté en s’appuyant sur des « propos provocants et choquants » à l’égard de « faits historiques comme à l’encontre de personnes de la communauté juive ». Le spectacle peut donc avoir lieu… C’est alors que le Ministre de l ‘Intérieur annonce la saisine du Conseil d’Etat qui tient séance à 17 heures. Coup  de théâtre à 18 heures 40, le CE annonce qu’il casse la décision du tribunal administratif ! La situation se retourne, « La République a gagné. » déclare le Ministre d’ Intérieur tandis que les avocats de Dieudonné dénoncent un « acharnement » et que les spectateurs se mobilisent en masse devant la salle de spectacle du Zénith d’où ils refusent de partir, et où s’observent quenelles, salut nazi, appels à la démission du ministre et Marseillaises… Quant à la décision du Conseil d’Etat, aujourd’hui elle crée une jurisprudence « Dieudonné »  qui consacre une restriction des libertés…

 

Revirement de jurisprudence

 

En effet, le juge Bernard Stirn en rendant sa décision considère que « la réalité et la gravité des risques de trouble à l’ordre public » étaient « établis », il reprend l’argument d’atteinte à la dignité humaine. S’est opéré ainsi un véritable revirement de la jurisprudence qui désormais place le risque de trouble à l’ordre public au-dessus de la liberté d’expression. Cette jurisprudence devrait s’appliquer lors des prochaines décisions de justice qui auront lieu à propos des autres spectacles programmés de Mr Dieudonné. En attendant un recours possible de ce dernier devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, laquelle pourrait condamner l’interdiction des spectacles de Dieudonné…

 

Haine d’Israël, adoration de la Shoah

 

Alors que Dieudonné revendique un antisionisme virulent qui transporte des foules (je rappelle que le spectacle du Zénith à Nantes devait être complet avec 6000 places vendues) il est d’actualité pour conclure de rappeler la thématique du colloque de Schibboleth organisé fin octobre début novembre à Tel Aviv, dont j’ai rendu compte sur mon blog…

 

Wladimir Granoff, Dans le Silence des Pères (1984)

 

Je rappelle l’argumentaire écrit par l’ami Olivier Rubinstein, qui dirige désormais le Centre culturel français à Tel Aviv. Je fais remarquer comme ce colloque consacré à la haine d’Israël/amour de la Shoah était ô combien prémonitoire…

« Quel funeste dessein la civilisation occidentale contemporaine nourrit-elle depuis que le nom de Shoah y est devenu aussi sacré que celui d’Israël est maudit ; depuis qu’on célèbre la première dans le même temps et avec le même (re)sentiment que l’on s’emploie à détester et destituer Israël et son Nom (lui ôter son lieu-d’être) — sans y trouver le moindre paradoxe ? Nous nous proposons de lire et de penser ce phénomène, cette relation paradoxale entre l’omniprésente commémoration de la Shoah et la généralisation de la dé légitimation de l’existence de l’État d’Israël, selon l’enjeu civilisationnel fondamental formulé dans le couple Humain/Déshumain.
Autrement dit, comment la fétichisation éplorée d’Auschwitz s’entend-elle si bien avec la substitution Nazi/Juif, Juif/Palestinien – jusqu’à cette inquiétante étrangeté du nouveau slogan intello-médiatique : « la nouvelle forme d’antisémitisme, c’est l’islamophobie ! » ?
Quel retour de refoulé(s) cela avère-t-il ? Pourquoi célébrer, organiser, mettre en œuvre la destruction du Peuple Juif, est-il si important
pour ladite civilisation — au point d’avoir priorité sur son propre salut ? Le parasémitisme — la constante obsession des Juifs — participant fondamentalement de l’antisémitisme, cette paranoïa de masse, semble vérifier l’actualité de l’interrogation de Wladimir Granoff dans «Dans le Silence des pères » : le scandale de «la solution finale» ne réside-t-elle pas tant dans son échec que dans son entreprise ? — Point de fascination et point aveugle de l’Occident…
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Image diaspora juive
Sur l’arc de Titus, les Juifs  expulsés lors de la destruction du Temple en 70
Ce questionnement s’inscrit dans la démarche initiée par Schibboleth — Actualité de Freud — qui met en œuvre une clinique du contemporain dégagée de la confusion des langues, croisant œuvres et commentaires issus de sources, de filiations de pensée et de champs épistémiques différents…
Le combat du Ministre de l’Intérieur n’est pas terminé, le droit ne suffit pas et l’on sait combien il ne peut être un garde-fou. C’est l’opinion qu’il faudra aussi convaincre, l’opinion constituée d’une foule importante que Dieudonné porte dans son sillage.  Une telle restriction est apportée à la liberté d’expression et de réunion pour la première fois en France (hors conflit) depuis la IIIè République, dans un contexte devenu particulièrement tendu : les adversaires de la méthode clament que « Valls est le meilleur attaché de presse de Dieudonné » ! Mais ne rien faire n’eut-il pas cautionné Dieudonné et ses « quenelles », selon le vieil adage affirmant ‘qui ne dit mot consent’ ? Trop de consentement laissant cours à tout mouvement extrême a conduit en 1933 en Allemagne à l’avènement d’un pouvoir national-socialiste. L’histoire ne montre-t-elle pas qu’à trop fermer les yeux les démocraties ont laissé dans les années trente les extrêmes les submerger, au nom de la liberté d’expression ?
MPS

« Cahiers noirs » : que faire de Martin Heidegger ?

Evaluer la place du nazisme dans la pensée de Heidegger

La rumeur de la parution en mars 2014 des « cahiers noirs » (Schwarzen Hefte, dans la maison d’édition qui publie la Gesamtausgabe, Vittorio Klostermann) de Heidegger était restée jusque là confinée dans le monde de l’édition. Les carnets inédits publiés par Peter Trawny apporteraient la preuve de l’antisémitisme du philosophe allemand. Depuis hier, l’affaire court sur la Toile, avec la publication d’un article du confrère Nicolas Weill dans son blog du journal Le Monde, article qui interroge : « sommes-nous à la veille d’une nouvelle « affaire Heidegger » ? Un document va bientôt permettre d’évaluer la place du nazisme dans sa pensée, preuve en main. »

Vers une nouvelle affaire Heidegger

Il convient d’attendre de tenir les quatre cents pages dans les mains pour se faire une opinion. Toutefois, Finkielkraut recevait ce matin sur France Culture Hadrien France-Lanord (hasard du calendrier… pour la parution du Dictionnaire Heidegger dont il est codirecteur), l’un des gardiens du temple de Heidegger (sous l’égide de François Fédier), ce qui nous a permis d’entendre des extraits du texte traduits (mais qui avaient été lus en allemand). Ces extraits proviennent de 15 passages « antisémites » rédigés entre 1937 et 1941, et sont qualifiés pendant l’émission de « propos choquants, lamentables, et insupportables » par Hadrien France-Lanord qui ajoute être « très ébranlé devant une telle faillite de la pensée ». L’enjeu est d’évaluer la profondeur de l’implication de Heidegger dans le régime nazi, et dans l’attente des textes, il faut se contenter des passages cités au cours de l’émission, dont retiendrons celui sur la question du sol, de la « terre » (Eretz, question centrale dans le judaïsme). Heidegger écrit, selon Mr France-Lanord : « La question du rôle du judaïsme mondial n’est pas une question raciale. C’est la question métaphysique (…) du déracinement de tout étant hors de l’être ». La question du sol était pour Heidegger primordiale. Mais allons au point le plus « consternant » selon l’invité d’Alain Finkielkraut : Heidegger plaque sur le judaïsme sa propre pensée, critiquant le judaïsme dans une  perspective de  » la machination, de l’efficience, du calcul », ce que la notion de « gigantesque » induit chez le philosophe à savoir « la faculté de calcul et le marchandage » faculté associée au judaïsme dans les textes des « cahiers noirs » selon Mr France-Lanord, faculté de calcul précise ce dernier qui est également associée aux Allemands, aux Américains, etc… Heidegger ajouterait que cette caractéristique empêcherait les juifs d’accéder à la réflexion des questions philosophiques essentielles, et il évoque Husserl « dans un passage d’une très grande tristesse »…

Ainsi, le camp des fidèles de Martin Heidegger est fortement ébranlé, et l’on aimerait savoir si ces derniers continueront de défendre l’intégrité d’une oeuvre aux fondements profondément antisémites, si ces extraits sont exacts. Mais là n’est pas la question essentielle, qui reste celle du discours de Heidegger, efficace pour penser la rupture et le retour aux présocratiques, retour dans un temps hors de la Révélation. Autrement dit, la pensée de Heidegger est-elle indissociable de son engagement dans le nazisme ? C’est la conviction d’un auteur comme Emmanuel Faye qui estime que le nazisme empreigne la pensée du philosophe comme son telos -au sens où Husserl l’entend.

Relire Jaspers,et évaluer la place de l’antisémitisme dans la pensée de Heidegger…

Sur la Toile, certains soulignent  » les préjugés antisémites traditionnels du philosophe, et non spécifiquement nazi », précisant que Heidegger abhorrait la  » prétention « scientifique » du racialisme nazi ». Mais peut-être est-il plus intéressant de lire les contemporains du philosophe allemand. Ainsi, Karl Jaspers, qui fut le directeur de thèse de Hannah Arendt lorsque cette dernière avait essuyé le refus de Heidegger -thèse sur le concept d’amour chez Augustin-, avait écrit :  » Schmitt fait partie avec Heidegger de « ces professeurs […] qui ont tenté de prendre intellectuellement la tête du mouvement national-socialiste »*. Il est vrai que les deux hommes ont quelques points communs non négligeables, en particulier le fait qu’ils soient catholiques ( mais non des catholiques « doctrinaires »), ou encore l’énigme que constitue  leur engagement en faveur du nazisme… des points qui suscitent maintes interrogations en attendant de lire les textes des « cahiers noirs ».

Il reste que l’Heideggerrei (la passion pour Heidegger) reste une « spécificité » française, les plus importants penseurs allemands de l’après guerre, à commencer par Adorno, ayant « réglé » le cas Heidegger. La fascination pour le maître de Fribourg-en-Brisgau a peut-être été distillée dans les conservatoires que constituaient dans les années 70 et 80 les classes prépa… Mais aujourd’hui, que faire de Heidegger (1927 « Etre et Temps » Sein und Zeit), que faire de celui qui ensuite dans les années trente célébrait « la vérité interne et la grandeur du mouvement » national-socialiste ?

mps

*extrait/ Jean-François Kervegan, Que faire de Carl Schmitt ?, Paris 2011 éd Gallimard

Rappels

Il convient de rappeler les débats qui ont eu lieu en France, d’abord en 1987 avec le livre de Victor Farias, puis en 2005 avec celui d’Emmanuel Faye, Maître de Conférence à Paris X à charge (L’introduction du nazisme dans la philosophie) et celui de Mr Fédier (Heidegger à plus forte raison) en 2007 : cf. l’émission de Jean-Pierre Elkabbach en 2007 avec Emmanuel Faye et François Fédier :

http://www.dailymotion.com/video/x1asyb_heidegger-1-4_news

Voir la suite publiée le 30 décembre 2013 : Schwarzen Hefte, que faire de Martin Heidegger (suite)