La Corse, de la nostalgie du passé au monde d’après

Qu’est-ce qu’Alexandre Dumas appelait « les valeurs chevaleresques qui ont cours dans l’île ? », in Les frères corses (1844). Dans la marche en avant du monde,  tout Corse vit dans l’ambiguïté constitutive pour lui de deux histoires : celle de sa terre portant une tradition et celle qu’Augustin nommait La Cité de Dieu.

image

Pointe Saint Antoine, extrémité sud de la Corse

image

Bonifacio, la mer…

image

Plage de Carrataghju dans le Sud oriental de l’île, avec les chevaux directement accessible via le maquis…

image

Ce monde de la tradition a façonné des Corses dont l’identité s’est construite en livrant de rudes batailles.

L’histoire intime de Napoléon Bonaparte illustre ce balancier entre la modernité/universalisme  et la tradition. Lui qui avait tant œuvré pour imposer un Code ( Code civil écrit par Portalis, Bigot de Préameneu…) hors des traditions catholiques, lui qui s’était battu contre la tradition qu’il avait connue dans sa Corse natale, a réclamé des Corses auprès de lui, à l’instant de mourir. Cipriani, Antommarchi… Il a préféré être avec eux – les Corses- au moment de son dernier souffle.

L’homme est au bord d’une faille, entre le passé révolu et l’avenir infini : le fil de la tradition est rompu, comment pourrons-nous penser le monde dans un futur où l’individualisme conquérant depuis les Lumières et Paoli disparaît ?

Plus au Nord à quelques km il faut résider à Cala Rossa, dans le Golfe de Porto Vecchio :

image

Publicités

Les anges de l’Histoire à Saumur

Saumur fête cette année les 20 ans du Livre et du Vin, où il est question  de l’Histoire.

Les cafés littéraires nous plongent au cœur de ce qui nous anime : la relation entre l’Orient et l’Occident et cette fascination qu’a l’un pour l’autre… l’autre étant indispensable pour se définir.

saumurautobio-

Michaël de Saint Chéron et Olivier Weber au Café de la Bourse, Saumur 10 avril 2016

Un café littéraire où étaient invités Michaël de Saint Chéron pour son essai « Les écrivains français face à l’antisémitisme » (éditions Salvator ) et Olivier Weber pour son roman  « L’enchantement du monde »chez Flammarion.

saumurautobio0

 

Il m’a bien fallu parler de la figure de l’Autre dans cette dialectique réunissant l’Orient et l’Occident depuis plus de 2000 ans. Une référence soulignée d’emblée par Michaël de Saint Chéron qui eut pour maître Emmanuel Lévinas (les entretiens qu’il tînt avec le philosophe, élève de Husserl, ont fait l’objet d’un livre : « Entretiens avec Emmanuel Lévinas, Paris 2006 éd. livre de Poche)

Avec une grande finesse d’analyse, Olivier Weber nous a emportés dans l’Empire Ottoman de 1470.

saumurautobio3

Les primoromanciers Xavier Durringer et Olivier Bourdault avaient raconté leur conception de l’art de vivre lors du café littéraire précédent :

saumurautobio

saumurautobio2

 

saumur autobio1

L’ange convoqué par Walter Benjamin autrefois survole la ville arrimée à la Loire.

image.jpeg… Post en cours

image

Procès de l’ancien SS Hubert Zafke : un avertissement pour les générations futures

Les procès politiques ont comme particularité d’être exemplaires. L’exemplarité a pour fonction de poser une marque de référence pour le futur. Lundi 29 février, Hubert Zafke, 95 ans, a comparu devant les juges de Neubrandenburg.

 

Une douzaine de procédures …

Le dossier fait partie d’une douzaine de procédures encore en cours contre d’anciens SS, dont celle de Reinhold Hanning ancien garde d’Auschwitz comme Mr Zafke, jugé à Detmold depuis l’ouverture du procès ce 11 février 2016.

 

Hubert Zafke s’était engagé à 19 ans dans les Waffen SS. Ce fils de paysan avait rejoint le « service sanitaire » d’Auschwitz en octobre 1943. L’accusation lui reproche d’avoir été de garde à Birkenau lors de l’arrivée de 14 convois de déportés à la fin de l’été 1944 (entre le 15 août et le 14 septembre 1944), dont 3.681 occupants ont été immédiatement gazés. Il était probablement là lors de l’arrivée d’Anne Frank et sa famille puisque les Frank avaient quitté Westerbork le 2 septembre pour arriver à Auschwitz 3 jours après un voyage en train très éprouvant.

Ces poursuites 70 ans après la fin de la guerre  illustrent la volonté allemande que je qualifie de tardive de juger  « jusqu’au dernier » les criminels du IIIe Reich, après des décennies d’un bilan judiciaire quasi inexistant. Je dresse le bilan de cette « dynamique judiciaire tardive dans mon dernier livre intitulé « Bourreaux et survivants Faut-il tout pardonner ? » (Lemieux éditeur) page 86.  Page 97, je rappelle que 50 000  anciens criminels nazis ont bénéficié jusqu’en  2001  (date à laquelle le Bundestag vota une loi y mettant fin) de pensions militaires. Le comptable d’Auschwitz Oscar Gröning avait été condamné à 4 ans de prison en juillet dernier.

C’est l’ancien ministre de l’intérieur de RDA devenu avocat à succès Peter-Michael Diestel qui assure sa défense. Il habite près de Neubrandenbourg où il s’était installé avec sa famille. Le nonagénaire encourt de trois à quinze ans de prison pour « complicité de meurtres aggravés ».

A lire sur ce blog :

https://mariepierresamitier.com/2015/06/02/les-derniers-ss-echappent-a-la-justice/

https://mariepierresamitier.com/2015/04/23/oskar-groning-une-demande-de-pardon-historique-aux-victimes-de-lholocauste/

https://mariepierresamitier.com/2015/07/26/le-labyrinthe-du-silence-linterpretation-cinematographique-du-droit/

https://mariepierresamitier.com/2015/05/08/la-veritable-histoire-du-8-mai-1945/

Du toit de l’Europe

Les eurosceptiques pointent du doigt le chaos aux portes de l’Europe ce jeudi 3 mars 2016. A la frontière entre la Grèce et la Macédoine, des milliers de « migrants » (terme usité désormais pour désigner les immigrés) ont tenté de forcer les barbelés. La situation est tendue  dans toutes les zones frontalières européennes ; c’est la porosité de l’espace Schengen qui est en cause. Près du village d’Idomeni, ces milliers de migrants arrachent les grilles de fer pour passer en Europe et les policiers répliquent avec des gaz lacrymogènes, tandis que la Chancelière allemande attend, dit-elle, un sursaut européen lors du sommet européen prévu le 7 mars -consacré aux relations avec la Turquie. Une déclaration qui agace ceux qui se souviennent que la dame est à l’origine de ce chaos et de cette incitation des « migrants » à se précipiter en Europe et en Allemagne où elle s’est avancée au nom des Allemands à accueillir un million et demi de Syriens en un an. Cette annonce sollicite un certain pragmatisme. In concreto, Athènes réclame 450 millions d’euros d’aide à la Commission européenne et la France doit faire face au bidonville de Calais.

IMG_6721

Le toit de l’Europe, le Mont Blanc. (tout au fond à droite)

Des fatwas de la bien-pensance traumatisent ceux qui voudraient signaler leur inquiétude quant à la diffusion d’un chaos aisément contagieux.  L’Europe s’ancre dans des terres organisées, celles-ci sont le fruit de passions apaisées pour citer Braudel évoquant la France (L’identité de la France, 1986) : cette Europe, ce sont des paysages, des architectures, des pensées, des démocraties et c’est pour les Européens le sentiment d’appartenir à tout cela. Née de la réflexion pour citer Stefan Zweig (Appels aux Européens p. 111 éd. Omnia poche), l’Europe ne peut laisser la place à des décisions passionnées et doit rester attelée à la raison. L’Europe n’est pas originelle et instinctive. Elle porte la valeur de supranationalité qui induit le pacifisme porté par Romain Rolland. Mais pour s’en prévaloir elle a dû s’en donner les conditions. Parmi les conditions, celles d’un contrôle aux limites de l’espace Schengen. L’Europe a pris racine non dans le sol mais dans les esprits, ainsi son hymne (fruit de l’Histoire ) n’est autre que la musique écrite par Beethoven, la 9 ème symphonie dont l’interprétation de Fürtwangler en 1942 résume à elle seule l’Histoire de l’Europe.

 

sommets2016

 

meribel

 

méribelmpi

sommets2

 

Méribel. Hiver 2016. Vue prise du Mont Vallon

mpiméribel

Le labyrinthe du silence, l’interprétation cinématographique du droit

Sorti en salles en France le 29 avril, je n’ai vu ‘Le labyrinthe du silence’ que jeudi soir. Chose étonnante, c’était dans le petit cinéma de la rue Saint André des Arts au Quartier latin où j’étais allée autrefois…

IMG_5569

Le film traite exactement du même propos que mon livre « Bourreaux et survivants  Faut-il tout pardonner ? », à savoir le long silence qui a suivi la guerre en Allemagne en particulier dans les tribunaux allemands.

L’histoire : en 1958 en Allemagne, un jeune procureur met la main sur des documents prouvant les exactions des Nazis à Auschwitz. C’est un journaliste qui le met sur la piste. Il se lance alors dans l’instruction d’un procès, mais il se heurte à un mur de silence dans l’Allemagne de l’après-guerre. Le scénario rapporte avec justesse la réalité de la période post-nazie, celle du recyclage des anciens SS et SA, celle de l’impossibilité de juger les 9 millions d’Allemands qui avaient pris leur carte en 1944 au parti nazi. Tout le film est bâti autour de la notion de responsabilité personnelle, dans la veine de Schelling et de la notion de conscience de soi. En filigrane court l’idée que l’homme qui représente tout un mouvement de pensée juridique -ce jeune procureur- porte une histoire. Celle-ci est une manifestation de la conscience historique que le jeune magistrat (candide et représentant le Bien) incarne, laquelle permet aux Allemands de prendre conscience de leurs actes collectifs, lesquels ont constitué l’Histoire. Le jeune magistrat engage alors la volonté de tous par le droit -et donc la volonté du peuple allemand- d’appliquer la justice, parce que « la réponse à Auschwitz, ce ne peut être que quelque chose de juste », lui fait dire le réalisateur.

IMG_5568

Le labyrinthe du silence, sorti le 29 avril 2015, de Giulio Ricciarelli.

Strasbourg : les bocaux du nazi August Hirt

L’Institut d’Anatomie de Strasbourg détenait bien les restes des victimes juives du SS August Hirt. Lundi la communauté scientifique réagissait à l’annonce  de la municipalité de Strasbourg concernant des restes de victimes de l’anatomiste nazi August Hirt  découverts ce mois-ci.

Dans les bocaux, les restes humains des victimes juives des Nazis

Ils étaient conservés dans un bocal et des éprouvettes ; jusque là  les chercheurs en écartaient l’existence. La découverte, inattendue, a été faite le 9 juillet par l’historien Raphaël Toledano, auteur de plusieurs travaux sur la question, dont « Le nom des 86 », un
documentaire d’Emmanuel Heyd.
Avec le concours du directeur actuel de l’Institut de médecine légale de
Strasbourg, le Pr Jean-Sébastien Raul, le chercheur est parvenu à identifier
plusieurs pièces, parmi lesquelles « un bocal contenant des fragments de peau
d’une victime de chambre à gaz », selon l’AFP.
Le chercheur a également découvert « deux éprouvettes renfermant le contenu
de l’intestin et de l’estomac d’une victime et un galet matricule utilisé lors
de l’incinération des corps » au camp de concentration alsacien de
Natzweiler-Struthof.
Ces restes appartiennent à plusieurs des 86 victimes d’un projet de
« collection de squelettes juifs » voulu par August Hirt. Ce dernier, anatomiste, avait pour mission de « prouver l’existence des races », voir mon post :

http://samitier.net/2013/04/30/

La majeure partie des restes, en grande partie découpés, avait été
retrouvée par les alliés peu après la libération de Strasbourg en 1944, et fut
rapidement inhumée dans un cimetière juif.
Les pièces retrouvées à présent sont des éléments qui avaient été conservés
par un professeur de médecine légale de la Faculté de médecine de Strasbourg,
Camille Simonin, dans le cadre de l’enquête sur les crimes du docteur Hirt . M.
Simonin avait été chargé par les autorités militaires d’effectuer des autopsies
judiciaires pour « établir les conditions ayant conduit à la mise à mort
délibérée » des victimes.
Dans ses recherches, le chercheur Raphaël Toledano a été aiguillé par une
lettre de ce professeur datant de 1952.
Le courrier de ce professeur faisait notamment « mention de bocaux contenant
des prélèvements effectués au cours des autopsies judiciaires réalisées sur les
victimes juives de la chambre à gaz du Struthof ».
« Les étiquettes identifient chaque pièce avec précision et font notamment
état du matricule 107969, qui correspond au numéro qui fut tatoué au Camp
d’Auschwitz sur l’avant-bras de Menachem Taffel, une des 86 victimes (…)
comme cela est confirmé par les archives du Camp d’Auschwitz », selon des sources citées par l’Agence.
La municipalité entend remettre les pièces découvertes à la communauté
juive de Strasbourg.

Les médecins SS 

Je rappelle que dans son livre publié en janvier mon confrère journaliste Michel Cymès avait cité des témoignages selon lesquels des coupes anatomiques des 86 réalisées à l’époque nazie était toujours conservées à l’institut. Ces passages du livre (sur les médecins nazis) avaient suscité la polémique. Aujourd’hui, ces découvertes donnent raison aux témoignages qu’il a fait valoir.