Jérémie Berrebi, a french story in B’nai Brak

Jérémie Berrebi ne touche pas terre. Est-ce parce qu’il a récemment baptisé sa nouvelle société de conseil « Magical Capital » ? Un nom qui augure bien des tours de baguette  magique dans l’univers des start up. Un nom prophétique pour désigner la dynamique nouvelle qui l’anime depuis qu’il a repris son indépendance. Après avoir investi pour Xavier Niel, avec lequel il a fondé Kima Ventures, une holding d’investissements high tech début 2010, il annonce voici quelques mois qu’il réorganise son fonds d’investissements cette fois-ci sans le patron de Free (aujourd’hui, Xavier Niel se lance dans une autre aventure avec Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, ils ont lancé Mediawan en Bourse ce vendredi)… En cette fin d’avril 2016, le voici dans son bureau à B’nai Brak, un bureau qui sent l’odeur du neuf.

« J’ai même fait poser des double-vitrages mais les klaxon s’entendent quand même », dit-il, interrompu par un bruit strident d’avertisseur qui le fait éclater de rire.

 

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Jérémie Berrebi, dans ses bureaux de Magical Capital avec Didier Long

Solide comme un roc, il fait même figure de Kotel pour les naufragés de la télévision publique qui viennent se lamenter mais aussi chercher de l’aide pour rebondir, tel Julien Lepers. L’ex-animateur de France Télévision est passé par là, dans ce même bureau il y a quelques jours.

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source

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B’nai Brak, le quartier ultra-orthodoxe de Tel Aviv

 

Article et Post en cours…

 

 

Procès de l’ancien SS Hubert Zafke : un avertissement pour les générations futures

Les procès politiques ont comme particularité d’être exemplaires. L’exemplarité a pour fonction de poser une marque de référence pour le futur. Lundi 29 février, Hubert Zafke, 95 ans, a comparu devant les juges de Neubrandenburg.

 

Une douzaine de procédures …

Le dossier fait partie d’une douzaine de procédures encore en cours contre d’anciens SS, dont celle de Reinhold Hanning ancien garde d’Auschwitz comme Mr Zafke, jugé à Detmold depuis l’ouverture du procès ce 11 février 2016.

 

Hubert Zafke s’était engagé à 19 ans dans les Waffen SS. Ce fils de paysan avait rejoint le « service sanitaire » d’Auschwitz en octobre 1943. L’accusation lui reproche d’avoir été de garde à Birkenau lors de l’arrivée de 14 convois de déportés à la fin de l’été 1944 (entre le 15 août et le 14 septembre 1944), dont 3.681 occupants ont été immédiatement gazés. Il était probablement là lors de l’arrivée d’Anne Frank et sa famille puisque les Frank avaient quitté Westerbork le 2 septembre pour arriver à Auschwitz 3 jours après un voyage en train très éprouvant.

Ces poursuites 70 ans après la fin de la guerre  illustrent la volonté allemande que je qualifie de tardive de juger  « jusqu’au dernier » les criminels du IIIe Reich, après des décennies d’un bilan judiciaire quasi inexistant. Je dresse le bilan de cette « dynamique judiciaire tardive dans mon dernier livre intitulé « Bourreaux et survivants Faut-il tout pardonner ? » (Lemieux éditeur) page 86.  Page 97, je rappelle que 50 000  anciens criminels nazis ont bénéficié jusqu’en  2001  (date à laquelle le Bundestag vota une loi y mettant fin) de pensions militaires. Le comptable d’Auschwitz Oscar Gröning avait été condamné à 4 ans de prison en juillet dernier.

C’est l’ancien ministre de l’intérieur de RDA devenu avocat à succès Peter-Michael Diestel qui assure sa défense. Il habite près de Neubrandenbourg où il s’était installé avec sa famille. Le nonagénaire encourt de trois à quinze ans de prison pour « complicité de meurtres aggravés ».

A lire sur ce blog :

https://mariepierresamitier.com/2015/06/02/les-derniers-ss-echappent-a-la-justice/

https://mariepierresamitier.com/2015/04/23/oskar-groning-une-demande-de-pardon-historique-aux-victimes-de-lholocauste/

https://mariepierresamitier.com/2015/07/26/le-labyrinthe-du-silence-linterpretation-cinematographique-du-droit/

https://mariepierresamitier.com/2015/05/08/la-veritable-histoire-du-8-mai-1945/

Le corps, objet de culte

La beauté est-elle un gage de réussite ?

  • Sylvie Poignonec et Marie-Pierre Samitier étaient aux Champs libres, mardi, pour leur conférence « Faut-il être beau pour réussir ? », animée par Maelle Chantrel (à droite).

Dans la salle, 450 personnes pour écouter la conférence et débattre de la question de l’imago dans le monde globalisé. La beauté est une émotion inexplicable, elle est devenue une valeur. Quelles conséquences pour nos vies dans un univers dématérialisé où les premières informations recueillies sur Internet passent par l’image ? (L’image dont l’anagramme est « magie » a pour nom « eidôlon » dans la Grèce antique : mot qui a donné « idolâtrie »)

 

 

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Le B’nai B’Rith fait salon à la Mairie du 16ème arrondissement de Paris

Ce dimanche 8 novembre 2011, la Mairie du 16ème arrondissement organisait un Salon du Livre sous la houlette du B’nai B’Rith, organisation dont je rappelle que Freud était membre en son temps…

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La superbe salle des fêtes au premier étage de notre mairie du 16ème arrondissement de Paris.

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L’occasion de retrouver de nombreux amis dont Gérard Fellous, qui avait remarquablement orchestré l’événement avec le président de la loge Maxime Ouanounou. Claude Goasguen était là… Une place avait été réservée en l’honneur de feu Raphaël Draï, décédé en juillet dernier. Une attention en mémoire de lui, son fils Dan était là.

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Raphaël Draï était né à Constantine, ville traditionnellement très religieuse de l’Est de l’Algérie.

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Négociations sur la Syrie : sous l’œil de Moscou, l’entrée de l’Iran dans le ballet diplomatique

Demain à Vienne, l’Iran va s’asseoir pour la première fois aux pourparlers sur le conflit syrien.C’est une première qui mérite d’être soulignée, c’est le résultat du changement de stratégie de la politique américaine (que j’avais évoquée dans mon livre écrit en 2009, où je rapportais la bascule à venir à travers les témoignages des Américains que j’accompagnais dans le West Bank).

A la table des discussions, d’un côté Téhéran et Moscou, de l’autre les Etats Unis, la Turquie et l’Arabie Saoudite. Certes, l’invitation de l’Iran vient à la fois des Russes et des Américains, mais c’est bien Moscou qui dirige les opérations dans lesquelles la France ne peut que jouer un rôle secondaire. Les Etats Unis ont semble-t-il réussi à convaincre Riyad d’accepter  l’Iran -ennemi héréditaire- à la table des négociations. A la lumière des erreurs commises lors de la guerre en Irak, les discussions porteront probablement sur l’avenir de Bachar al-Assad, pour lequel Paris souhaite  « un calendrier précis ».de départ comme annoncé hier mercredi. Ce soir, les discussions au sommet viennent de commencer avec une rencontre entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif. Mais la France n’assiste pas à ces premiers échanges.

Conséquences de l’intervention russe

Vladimir Poutine a réussi de restaurer le statut de grande puissance de la Russie. Le problème syrien est devenu insoluble sans lui. Les forces terrestres de Damas ont repris confiance sur le terrain. On se demande si la Russie gardera les moyens militaires de ses ambitions syriennes sur le long terme. On ignore si elle a une stratégie de sortie  si l’offensive ne suffit pas à reconquérir les territoires. Y a-t-il le risque d’une inutilité de ces opérations militaires entre le pire (une afghanisation) et le meilleur pour les Russes (le succès militaire.

Quoi qu’il en soit, la percée russe résulte de l’inaction du Président américain, dans une région où les hésitations ont été bénéfiques pour la Russie à nouveau au premier plan de la scène internationale.

4 ans de prison pour l’ancien comptable d’Auschwitz

L’interview du Figaro :

http://www.lefigaro.fr/international/2015/07/16/01003-20150716ARTFIG00076-oscar-groning-est-le-premier-responsable-nazi-a-avoir-demande-pardon.php

«Oscar Gröning est le premier responsable nazi à avoir demandé pardon»

Oscar Gröning, dernier responsable nazi à avoir été jugé, était comptable au camp d'Auschwitz. ici, lors de son procès à Berlin.

INTERVIEW – «Je suis désolé», a déclaré le comptable d’Auschwitz à son procès. Pour Marie-Pierre Samitier, auteur de Bourreaux et survivants, Faut-il tout pardonner ?, ces excuses ont une valeur de symbole décisive.

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LE FIGARO: 70 ans après les faits, Oscar Gröning, le comptable d’Auschwitz, a été condamné à quatre ans de prison pour complicité dans la mort de 300.000 hommes. Est-ce important de punir les coupables si longtemps après leurs crimes?

MARIE-PIERRE SAMITIER*: Oui, c’est important, même si longtemps après. Pour l’exemplarité de la peine (légèrement supérieure à ce qui était attendu) et pour l’imprescriptibilité qui accompagne la notion de crimes contre l’Humanité. Cette imprescriptibilité est à la mesure de la gravité de la faute commise. Si longtemps après, c’est un procès politique qui est fait là à travers les institutions judiciaires, un procès politique c’est-à-dire un procès qui a valeur de symbole: c’est le représentant du système nazi de l’époque qui est condamné. L’Allemagne d’aujourd’hui condamne donc ce qu’il s’est passé à travers ses hommes de loi.

«Je suis profondément désolé.», a affirmé le nonagénaire pendant son procès. Est-ce rare qu’un bourreau s’excuse pour ses actes?

Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès. C’est un acte fort parce que la demande de pardon signifie qu’il reconnaît ses fautes commises envers autrui. C’est également un acte fort parce qu’il est unique. Je raconte dans mon livre que les Nazis n’ont jamais exprimé de demandes individuelles de pardon: ils ont été persuadés avoir eu raison jusqu’au bout. C’est le cas de Rudolf Hess par exemple et des autres prisonniers de Spandau (prison de Berlin où étaient enfermés des criminels nazis après la guerre). La prison a été détruite, elle abritait jusque dans les années 1980 sept hauts dignitaires nazis qui n’ont jamais exprimé de regrets, même si parmi eux Albert Speer (l’architecte d’Hitler) a parfois tenu des propos hésitants sur le sujet. Tous ont estimé jusqu’à la fin qu’ils avaient eu raison de vouloir éliminer «tous les Juifs».

Cette demande de pardon est-elle importante symboliquement?

La demande de pardon d’Oscar Gröning signifie qu’il reconnaît avoir eu tort et qu’il veut changer, faire «Techouva» selon le terme hébreu (la notion de pardon si essentielle pour les Juifs et les Chrétiens vient de là). Cela signifie la possibilité d’un «retour» (Techouven hébreu) et donc qu’un recommencement est possible avec l’instauration de nouvelles relations entre les individus.

C’est pour cette raison qu’il est important qu’il l’ait fait, pour ce «recommencement» possible avec un nouveau départ dans les relations humaines. Cela signifie que rien n’est oublié mais que les torts sont exprimés et reconnus par les anciens bourreaux. Par là, cet ancien comptable d’Auschwitz renie le système nazi auquel il a cru, au sein d’une «communauté» à laquelle il adhérait, celle de la race aryenne qui devaient selon Hitler dominer les autres.

Oscar Gröning a fait ce chemin-là, il a exprimé publiquement le regret de ses actions commises. Il est vrai que cela vient très tard. De fait, il lui reste peu de temps pour un changement d’attitude, un «recommencement». Je laisse aux victimes le soin d’exprimer leur pensée sur ce point. Mais il me semble, au vu de mon enquête et des témoignages que j’ai recueillis, que cette demande de pardon est importante du point de vue symbolique, pour toutes ces raisons.

* Marie-Pierre Samitier est journaliste à France 2. Elle a publié Bourreaux et survivants- Faut-il tout pardonner? (Lemieux éditeur, 2015), un essai où elle explore la possibilité du pardon à travers de nombreux témoignages de victimes de la Shoah.

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UNE CONDAMNATION SYMBOLIQUE

Oscar Gröning a été condamné aujourd’hui en Allemagne à 4 ans de prison pour « complicité » dans le meurtre de 300 000 Juifs. Une peine supérieure aux 3 ans et demi requis le 7 juillet par le parquet. Oskar Gröning est reparti libre. Au regard de son âge,  il est peu probable qu’il soit jugé médicalement apte à être incarcéré.
Les représentants de la cinquantaine de parties civiles ont salué cette
condamnation dans un communiqué, y voyant néanmoins un « pas trop tardif vers la
justice ». Le président du Congrès juif européen Moshe Kantor a de son côté
souligné « la signification historique » du procès » et la possibilité
« d’éduquer une génération bien trop éloignée des horreurs de l’Holocauste », 70
ans après la libération des camps nazis.
Dans ses réquisitions, le procureur avait avancé la « contribution
mineure » de l’ancien SS au fonctionnement d’Auschwitz, devenu emblématique de
l’enfer concentrationnaire, avec le nombre « presque inimaginable » de victimes.

Une demande de pardon exceptionnelle : le premier des nazis à s’excuser
Oskar Gröning a assumé une « faute morale » dès le commencement du procès, présentant à plusieurs reprises ses excuses. Une demande de pardon exceptionnelle, puisque Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès. C’est un acte fort parce que la demande de pardon signifie qu’il reconnaît ses fautes commises envers autrui. C’est également un acte fort parce qu’il est unique. Je raconte dans mon livre ‘Bourreaux et survivants, faut-il tout pardonner ?’ (éd Lemieux éditeur, Paris 2015 ) que les Nazis n’ont jamais exprimé de demandes individuelles de pardon : ils ont été persuadés avoir eu raison jusqu’au bout. C’était le cas de feu Rudolf Hess par exemple et des autres prisonniers de Spandau (la prison a été détruite, elle abritait jusque dans les années 1980  sept hauts dignitaires nazis qui n’ont jamais exprimé de regrets même si parmi eux Albert Speer a parfois tenu des propos contradictoires à ce propos). Tous ont estimé jusqu’à la fin qu’ils avaient eu raison de vouloir éliminer « tous les Juifs », les témoignages des pasteurs qui les accompagnaient à Spandau l’attestant.

Le sens primitif du pardon

La demande de pardon d’Oscar Gröning signifie qu’il reconnait avoir eu tort et qu’il veut changer, faire ‘Techouva’ selon le terme hébreu (la notion de pardon si essentielle pour les Juifs et les Chrétiens vient de là). Cela signifie la possibilité d’un ‘retour’ (Techouv en hébreu)  et donc qu’un recommencement est possible avec l’instauration de nouvelles relations entre les individus. Cela signifie que rien n’est oublié mais que les torts sont exprimés et reconnus par les anciens bourreaux. Par là, cet ancien comptable d’Auschwitz renie le système nazi auquel il a cru du temps de son appartenance à une ‘communauté’ à laquelle il adhérait, celle de la race aryenne qui devait selon Hitler dominer les autres.

Oscar Gröning a fait ce chemin-là, il a exprimé publiquement le regret de ses actions commises. Il est vrai que cette demande de pardon s’exprime très tard. De fait, il lui reste peu de temps pour un changement d’attitude, un ‘recommencement’. Je laisse aux victimes le soin d’exprimer leur pensée sur ce point. Mais il me semble, au vu de mon enquête et des témoignages que j’ai recueillis, que cette demande de pardon est importante du point de vue symbolique, pour toutes ces raisons.

La défense avait plaidé l’acquittement d’Oscar Gröning, estimant qu’il n’avait « nullement favorisé l’Holocauste, du moins pas d’une manière pertinente sur le plan pénal ».
Bien avant d’être rattrapé par la justice, cet ancien engagé volontaire
dans les Waffen SS avait livré le récit de ses deux ans passés à Auschwitz, de
1942 à 1944, dans un mémoire pour ses proches puis dans de longues interviews
destinées à « lutter contre le négationnisme ». Âgé de 93 ans, l’ancien comptable du camp d’extermination déclarait hier d’une voix tremblante :
« Auschwitz est un endroit auquel personne n’aurait dû participer »…
Dans leur communiqué, les avocats des parties civiles se sont d’ailleurs
félicités « que pour la première fois, après un demi-siècle de procès des crimes
nazis, un accusé reconnaisse formellement sa faute et s’en excuse ».
Les charges contre Gröning reposaient sur deux points: on lui reprochait
d’avoir soutenu économiquement le régime, en envoyant l’argent des déportés à
Berlin, et surtout d’avoir assisté par trois fois à la « sélection » séparant, à
l’entrée du camp, les nouveaux arrivants jugés aptes au travail de ceux qui
étaient immédiatement tués.
L’ancien soldat s’était défendu en assurant que son rôle consistait
uniquement à éviter les vols dans les bagages des déportés, sans lien avec le
processus d’extermination, et en rappelant ses trois demandes infructueuses de
transfert sur le front.

Les survivants ont déclaré être soulagés d’avoir pu s’exprimer, tel Leon Schwarzbaum qui a perdu près de 30 membres de sa famille dans la Shoah :
« Je ne veux pas de vengeance, mais je trouve que c’est un verdict juste »,

Après le revirement de jurisprudence de 2011
Le procès Gröning illustre la sévérité accrue de la justice allemande à
l’égard des derniers nazis encore vivants, depuis la condamnation en 2011 de
John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, à cinq ans de prison (voir mon post sur l’affaire…). Cette décision avait marqué un virage après des décennies de peines faibles voire inexistentes, si l’on exclut un prodès politique dans l’ex-RDA (voir mon livre).
Rappel…
Quelques 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont péri entre
1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, libéré par les troupes soviétiques le 27  
janvier 1945.

Vivre à New York, dans une Amérique prête à s’enflammer

New York, véritable oxymore

Freud voyait dans la vieille Europe une culture qui n’était qu’une mince couche, que peuvent crever à chaque instant les actes de violence du monde. Ce vernis a volé en éclat avec la Grande Guerre, suivie de la IIè Guerre Mondiale. Le sol s’est fissuré, plus de droit, de liberté ni de sécurité.Ce chaos avait fait suite à une douceur de vivre qui avait pendant un temps, au XIXème siècle, imprégné l’air du temps. L’Amérique, elle, a vécu sur d’autres rythmes et d’autres codes. Et New York héritière de notre vieille Europe est à la fois les deux, cette Europe et l’Amérique, véritable oxymore : l’une des mégapoles les plus pacifiques au monde et un foyer de braises prêt à s’enflammer à tout moment.

Me voici installée à New York. La ville est pacifiée. Mais les événements récents montrent que tout peut basculer : ce 20 décembre, deux officiers du NYPD, le New York City Police Department, ont été assassinés dans leur voiture de patrouille à Brooklyn, Rafaël Ramos et Wenjian Liu (très précisément dans le quartier de Bedford-Stuyvesant). Les cités-ghettos de Brooklyn sont sous tension depuis les morts l’été dernier d’Eric Garner (un père de famille afro-américain mort étouffé au cours de son interpellation par l’officier blanc Daniel Pantaleo) et dont la video où il dit : « I can’t breathe » a fait le tour du Net) et Akaï Gurley, ce dernier ayant été tué par un officier de police new-yorkais : Peter Liang. Un procureur, K. Thompson (connu en France pour avoir voulu inculper DSK dans l’affaire Nafisatu Diallo) a annoncé la convocation d’un jury prochainement pour décider du sort de cet officier de police, ceci au nom de son credo : aucun crime ne doit rester impuni… Entre la communauté blanche et la communauté noire, la tension reste extrême, la police américaine étant restée une institution profondément blanche.

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En début de semaine, des renforts ont été affectés dans ces quartiers de Brooklyn : 20 000 policiers ont été déployés, qu’on croise dans des patrouilles fixes et mobiles… Je les vois dans les rues, dans des camions et des voitures de patrouille du NYPD plus nombreuses qu’à l’ordinaire en ces temps de vacances. Ci-dessous devant l’école du Rabbin Mena’hem Mendel Schneerson ( le Rebbe Loubavitc à l’angle de Kingston Street (voir photo suivante).

Une fracture communautaire qui s’aggrave

Les relations entre la communauté noire et la communauté blanche s’enveniment depuis ces événements. La non-inculpation de l’officier Pantaleo a provoqué des vagues de protestation, jusqu’aux journalistes de la Fox tel Bill O’Reilly, pourtant TV réputée conservatrice. Le problème est que 62% des Noirs américains considèrent qu’il s’agit là d’une violence policière à caractère raciste. La tension reste donc forte entre communautés et déjà les sondages affichent en cette fin d’année que la majorité des Américains (50%) estimeraient l’action du « premier président noir » des US négative dans le domaine des « relations inter-raciales » : ceci dans le sondage du Pew Research Center publié au début du mois de décembre. Le fossé entre communautés s’est agrandi à la cinquième année du mandat de Barack Obama, tout comme se sont aggravées les inégalités sociales et les violences.

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 Patrouilles du NYPD, Brooklyn, 29 décembre 2014

C’est un chauffeur de taxi noir qui nous a emmenés jusqu’au secteur de Crown où la tension est très forte. Après une conversation en anglais sur ladite tension, je lui ai demandé depuis quand il avait la nationalité américaine. En guise de réponse, il m’a d’abord expliqué qu’il était guinéen d’origine…

-Mais alors, si vous êtes Guinéen, vous parlez français ! lui ai-je dit aussitôt.

-Oui, bien sûr, je le parle depuis toujours, m’a-t-il répondu dans un français plus-que parfait.

Abdel est arrivé aux USA il y a une dizaine d’années, obtenant la Green Card pour avoir le droit de travailler. Au bout de 5 ans, il a postulé pour l’obtention de la nationalité américaine. Il est intéressant de souligner sa version de cette obtention, car ce mode d’obtention montre que c’est l’attachement aux valeurs de l’Amérique qui prévaut sur le droit du sol. Ce mode d’obtention prépare le futur citoyen dans sa connaissance de l’histoire de l’Amérique et des hommes politiques qui la dirigent. Les questions portent sur le nom des élus qui comptent au Congrès, les moments importants de l’histoire des Etats Unis (la Déclaration d’indépendance), les points essentiels du système constitutionnel américain…  Le livret d’apprentissage qui est fourni au candidat permet de répondre à toutes les questions. Ce Guinéen d’origine est devenu Américain il y a 4 ans en réussissant cet examen de passage (il faut avoir sept bonnes réponses sur les dix questions posées, m’a-t-il précisé).

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Taxi driver in New York, Brooklyn

Ce chauffeur de taxi musulman trouve absolument normal qu’un tel examen de passage soit imposé pour devenir un Américain. C’est une manière de monter son adhésion aux valeurs de ce pays qui chaque année ouvre une loterie pour 50 000 étrangers désireux d’obtenir la Green Card… Les réflexions en cours sur l’obtention de la nationalité française pourraient s’inspirer d’un tel système pour faire évoluer le droit français en la matière.

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Il a 3 enfants âgés de 5 ans à 14 ans, lesquels vont à l’école et n’apprennent pas le français. Il ne parle d’ailleurs jamais français avec eux. C’est pour eux une langue perdue.

Il nous laisse sur Kingston Avenue dans Brooklyn où vit la communauté du Rabbi de Loubavitch Schneerson qui l’a créée au lendemain de la guerre. La rue ressemble à un faubourg de Jérusalem, la pharmacie s’appelle « Teva Drugs »…

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Dans ce quartier, tout y est à l’image du reste de l’Amérique : les communautés vivent en parallèle sans jamais se mélanger ou se rencontrer. L’héritage de l’esclavage reste dans les mémoires et structure les rapports sous la forme dominants/dominés. Toutefois, l’existence d’une classe moyenne noire pèse sans doute dans l’absence de confrontations violentes comme en 1992 à L.A. où il y avait eu 53 morts et 2300 arrestations après le jugement des policiers ayant passé à tabac le Noir Rodnay King. Pour l’heure, rien d’une telle ampleur, l’Amérique vit sur la base d’un subtil équilibre des forces, tous en tout cas n’ont qu’un seul mot d’ordre : in America we trust ! Mais cela suffira-t-il pour vivre encore longtemps en paix ?

DSCN0036[1]Mon hôtel quand je vais à New York, Waldorf Astoria, Park Avenue.

Hommage à André Samitier, rugby et démocratie…

Ce samedi 20 septembre, Gargenville a rendu hommage à celui qui fut son maire pendant 35 ans. La commune a baptisé une rue de son nom. Mon père éprouva une affection inconditionnelle pour cette ville de 6000 habitants et elle le lui rend bien.

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C’est à l’occasion du 10ème anniversaire de sa mort que les Gargenvillois ont organisé ce jubilé, et c’est ainsi que j’ai passé cette journée avec ceux qu’il aimait et qu’il a servis pendant tant d’années. Sous le soleil éclatant de ce samedi d’été finissant, les portes du passé se sont entrouvertes, laissant le flot de souvenirs nous transporter. N’est-ce pas ainsi que Benjamin Constant décrivait le passé heureux ? Certains versaient des larmes, d’autres riaient des anecdotes qui nous lient.

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Les moments heureux sont toujours bercés d’une lumière particulière où le temps n’a pas de prise et ce fut le cas ce matin-là. Le maire a rappelé l’histoire de mon père arrivé très jeune ici, à l’aube des années soixante. Jean Lemaire (élu depuis la dernière mandature) avait été son élève. « Un maître très sévère, il fallait essuyer ses corrections puis celles des parents à la maison…Mais un maître auquel je me réfère même si j’ai été son opposant et que nous avons échangé quelques passes d’armes … »

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La marseillaise chantée debout

J’ai improvisé un discours pour partager les souvenirs et rendre grâce au sens de l’événement. Qu’importent les passes d’armes du passé, il faut construire l’avenir, protéger la ville, et vivre ensemble.

Il m’a semblé devoir dire : « Quelles sont nos valeurs ? Les voici : celles d’une République qui nous rend libres et garantit nos droits, celles qui offrent à nos enfants des moments de partage d’humanité sur un stade de rugby »…

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Un moment du discours… Marie-Pierre Samitier

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La fanfare de Gargenville

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Rugby des poussins au stade André Samitier

Il semble qu’on peut faire de la politique autrement que ce à quoi nous assistons ces derniers mois. Un instant nous avons retrouvé le sens de la démocratie . Mon père m’en avait fait goûter le sel. C’est lui qui m’a fait aimer la théorie politique, qui m’a donné le goût de lire les penseurs de la démocratie et du totalitarisme, tels Adorno, Horkheimer et Habermas et bien sûr Arendt. Leur leçon : ne pas penser comme les autres mais apprendre à penser par soi-même… ai-je expliqué dans mon discours, c’est cet héritage que j’ai reçu. Étaient réunis là tous ceux avec lesquels il aimait être. Et en premier lieu sa fanfare chérie qu’il trouvait essentielle pour servir les rites républicains du 8 mai et du 11 novembre sans oublier l’incontournable jour de l’An. Jour qui nous valait à 5 heures le matin la sérénade suivie à l’intérieur de la maison de la tournée du maire avec l’eau de vie du grand-père qui valait bien celle des tontons flingueurs.

Comment ne pas remercier la fanfare de Gargenville si exceptionnelle et sans laquelle il n’est pas de solennité, comment ne par remercier le club de rugby, qu’il a créé, lui qui jouait trois-quart aile droit (mon grand-père Lucien Samitier était pilier), comment ne pas rappeler l’épopée créatrice dans la mouvance gaullienne des Maisons des Jeunes et de la Culture si chères à André Malraux et qui fleurissaient en France dans les années 1970 ? André Samitier avait créé la MJC avec un groupe d’hommes remarquables : messieurs Carollo, Lang, Ducerf, Fellous (Gérard Fellous que j’ai retrouvé au B’nai Brit du 16ème arrondissement de Paris voici 4 ans, alors que j’étais invitée pour la signature de mob livre « Au pied du mur », Bourin éditeur, Paris, 2010) etc…Puis sont nés les grands projets avec les noms les plus fidèles : Daoudal, Nicollet, Charpentier…

Un match de rugby avait lieu l’après-midi sur le stade qui porte son nom, sous l’oeil  averti d’Armand Périé, Président du comité départemental de Rugby des Yvelines…

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Et puis j’ai retrouvé les yeux, le regard, la rigueur de celle qui fut mon institutrice lorsque j’étais enfant, pendant quatre ans. Elle m’a tout appris : lire, écrire, comprendre. Comment lui dire merci ?

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Mme Delaye, notre institutrice.

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Judenhass, la haine des Juifs en Allemagne rencontre une certaine opposition

On aimerait voir des personnalités françaises agir de la sorte… et peut-être l’attitude de certains Allemands pourrait-elle servir d’exemple pour qu’en France il en soit de même. Voici à ce propos une histoire exemplaire. Le journal Bild publie dans ses colonnes la photo de personnalités allemandes qui disent : « Nie Wieder Judenhass !« , tel le Président Joachim Gauck, des chefs d’entreprise tel le patron de Volkswagen Martin Winterkorn ou des people comme Franziska Knuppe.

Un article publié aujourd’hui, après les manifestations pro-palestiniennes en Allemagne qui ont déchaîné un antisémitisme particulièrement virulent sur une terre dont on espérait qu’elle ne serait plus jamais le lieu de ‘Jundenhass’. Angela Merkel avait condamné mercredi ces débordements, comme autant de « tentatives de porter atteinte à nos valeurs démocratiques ».

En France hier, certains ont sans doute fait semblant de ne pas remarquer les croix gammées taguées en noir  sur la statue de la République, au cours de la manifestation interdite de ce samedi 26 juillet 2014.

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Croix gammées à Paris, place de la République, samedi 26 juillet 2014

La distinction entre ‘sionistes’ et ‘juifs’ n’était plus dans les slogans… Une fois encore, tous les juifs d’Europe ne soutiennent pas la politique israélienne menée ces dernières années. En France, de nombreux intellectuels juifs déplorent la politique Israélienne tout en aimant Israël. Dans le livre que j’ai publié en 2010, « Au pied du mur, Paris, Jérusalem, Rammallah » (Ed. François Bourin), j’écris que le statu quo maintenu par le gouvernement israélien met Israël en danger. Un statu quo qui fait perdurer un équilibre au sein de l’Etat hébreu, car la crainte d’une guerre civile en cas de concessions qui seraient faites aux Palestiniens est justifiée. Le pays est une véritable poudrière. Mais cette situation  ne peut conduire qu’à la guerre, chacun fourbit ses armes, les uns dans les tunnels de Gaza, les autres avec Tsahal.

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Dans la librairie Le Divan à Paris, une pile de livres … Au pied du mur, Paris, Jérusalem, Ramallah

Dans mon livre, bien avant les événements actuels à Gaza, je soulignais que ce statu quo  peut conduire à une libanisation du conflit, dans l’exacerbation d’un quotidien qui ne cesse de devenir de plus en plus pesant. J’y décris les correspondances qui existent entre ce conflit et la Guerre d’Algérie… Alors que la communauté internationale s’est fondue dans la pensée unique d’un « conflit impossible à résoudre », elle s’est dans le même temps indignée à juste titre des tunnels de Gaza et des mines découvertes dans les chambres d’enfants gazaouis (ce que Tsahal communique ce dimanche 27 juillet 2014) et résignée à accepter que les accords d’Oslo soient systématiquement violés. Je rappelle dans « Au pied du mur » que ces accords font de Gaza et de la Cisjordanie une seule et même entité juridique. Or il est quasi impossible aux habitants de Gaza de se rendre en Cisjordanie, de même qu’il leur est impossible de rallier la bande de terre large de 500 m à 1 km à la limite de la frontière israélienne, où se trouvent leurs terre agricoles. Quant au Hamas qui tient Gaza et qui viole le cessez-le-feu en important les missiles iraniens dans les tunnels de Rafah, il est dans une logique de bras de fer avec Israël. Pour relancer le processus de paix, seules des négociations à égalité peuvent entamer cette logique attelée à un cercle vicieux et sans terme. Je rappelle dans mon livre qu’au moment de la guerre d’Algérie, ce refus de traiter l’adversaire sur un pied d’égalité a conduit au chaos.

Face à l’opération « Bordure de protection »

Les négociations qui ont eu lieu à Paris ce samedi 26 juillet avec le chef de la diplomatie française Laurent Fabius ont été engagées pour tenter de trouver un compromis durable de trêve à Gaza. Les ministres des principales diplomaties européennes qui étaient réunis ont émis la possibilité pour l’UE de faciliter la réouverture des points de passage menant à la bande de Gaza, une surveillance de ces points se faisant avec un déploiement d’observateurs européens (en accord avec Israël). Une présence européenne avait été maintenue 2 ans en 2005 au passage de Rafah… La nouvelle donne en Egypte, l’implication du Qatar et de la Turquie, pourraient jouer en faveur d’un nouveau tour de table diplomatique avec un retour prochain de John Kerry dans la région.

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Faciliter les points de passage… 

Retour en France… les manifestations pro-palestiniennes ces derniers jours ont donné lieu à des débordements qui n’auraient jamais dû avoir lieu, les tenants de l’antiracisme appelant à la destruction du « monstre sioniste » mais omettant de condamner l’amalgame entre sionistes et juifs.