Panser, ou penser la démocratie ?

Comment soigner la démocratie française ? Soigner n’est pas guérir. Soigner signifie panser les plaies d’un pays lacéré par nombre d’attaques. On dénombre celles du terrorisme qui a ensanglanté la France en particulier depuis 2012. Ce terrorisme est le fruit d’une faille dans l’adhésion aux valeurs républicaines : ceux qui le revendiquent ne se reconnaissent pas dans le modèle  républicain.

Complexes sont les coups portés à la machine républicaine qui s’adossait jusque là à l’Etat, lequel s’adressait aux citoyens « égaux en droit » selon le principe affirmé dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en son article 2. La construction de l’Etat français s’est historiquement appuyée sur ce principe : l’Etat s’adresse non à des communautés, mais à des citoyens. Or l’avènement du communautarisme ces dernières années a changé ce dogme et et engagé une mutation. Peu à peu, les références identitaires religieuses ou ethniques se sont imposées. Dans les média, miroirs de la société, la présentation de chaque invité ou expert appelé à s’exprimer passe par l’identification de sa communauté :musulman, juif, chrétien noir, beur, blanc… Cette identification prévaut en préambule sur le fait d’être français, d’être un Français.

La fin de l’exception française ?

Cette mutation progressive  est liée au retour du religieux. Certains s’en offusquent après la laïcité  proclamée comme dogme immuable  depuis 1905 en France. Mais le réel s’impose à tous : l’Etat est laïque mais l’organisation de ses institutions se calque sur le religieux. La foi dans le politique vacille et dans le même temps le théologique double la voilure.  Toute la question est : qui vaincra dans ce combat ? Le système républicain est malmené et le rapport entre les individus et l’Etat  change de nature : il était jusque là une exception bien française, liée à une conception de l’Etat-Nation « un » face aux individus (individus sans référence à une communauté sauf la communauté française). Alors faut-il se laisser aller à la tentation communautariste comme les pays anglo-saxons ? A-t-on d’ailleurs véritablement le choix ?

 Ces questions illustrent une fracture  qui s’impose au sein de la société française : c’est l’identité même du peuple français qui est discutée comme fondement de la démocratie. L’identité devient la question centrale et les options politiques, à savoir l’affrontement gauche/droite, s’estompent. Ainsi, sur les prérogatives régaliennes de l’Etat comme la sécurité, il n’existe plus de clivage et le consensus est total si l’on excepte l’extrême-gauche qui ne veut plus gouverner. Il en est de même concernant le mariage pour tous qui appelle l’adhésion de tous hormis l’extrême-droite. En revanche, la question de l’identité -comme celle afférente de l’immigration- reste hautement sensible et suscite un questionnement continu et un déchirement frontal dans les opinions. Le livre de Finkielkraut « L’identité malheureuse » illustre parfaitement  cette fracture. Ce qui est intéressant, c’est ce discours de l’académicien qui rappelle dans une grande plainte que sa famille n’a eu de cesse de s’intégrer dans la nation française, y trouvant là une nouvelle forme d’identité. D’une famille juive d’Europe centrale comme il aime à le rappeler, Finkielkraut est ainsi un fils de la Haskala. Les traditions juives ont été perdues au profit d’une sécularisation bénéfique, les enfants de la Haskala s’étant intégrés dans le monde en occupant des charges honorifiques dans la République : professeur de philosophie à l’école polytechnique pour Finkielkraut. Lorsque le philosophe dénonce un communautarisme clivant au sein de la société française, il  condamne l’absence de volonté de copier ce modèle d’intégration républicaine qu’on adopté ses parents. Pour Finkielkraut, ce renoncement à cette identité primitive juive s’est fait dans le cadre de l’Etat moderne (au profit de la mère-Nation généreuse et adoptante) qui octroie des droits mais engendre aussi des devoirs. Aussi lui est-il difficile d’entendre les discours aujourd’hui de ceux qui refusent ce modèle d’intégration -d’autant qu’il n’est plus réclamé ce renoncement à l’identité primitive comme ce fut le cas jusque dans les années 2000. Cette identité primitive est revendiquée comme essentielle par les jeunes générations. Elle est même brandie comme un droit, le droit d’appartenir à l’une des  communautés dans un pays où n’était reconnue jusque là -ô spécificité française- que la communauté nationale. Cette identité primitive est le fruit de l’individualisme moderne que la « globalisation » amplifie.

Chronique d’un Etat qui passe…

Le processus d’individualisation s’aménage dans une société où l’Etat souverain revendique « le monopole de la contrainte physique légitime » selon l’expression weberienne. C’est en cela que l’on reconnait l’Etat moderne : en ce qu’il autorise les individus à être sujets de droit hors des communautés. Mais lorsque ressurgissent ces communautés avec le clanisme antique, il est temps de s’interroger sur l’affaiblissement de la souveraineté de l’Etat.

 

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Le labyrinthe du silence, l’interprétation cinématographique du droit

Sorti en salles en France le 29 avril, je n’ai vu ‘Le labyrinthe du silence’ que jeudi soir. Chose étonnante, c’était dans le petit cinéma de la rue Saint André des Arts au Quartier latin où j’étais allée autrefois…

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Le film traite exactement du même propos que mon livre « Bourreaux et survivants  Faut-il tout pardonner ? », à savoir le long silence qui a suivi la guerre en Allemagne en particulier dans les tribunaux allemands.

L’histoire : en 1958 en Allemagne, un jeune procureur met la main sur des documents prouvant les exactions des Nazis à Auschwitz. C’est un journaliste qui le met sur la piste. Il se lance alors dans l’instruction d’un procès, mais il se heurte à un mur de silence dans l’Allemagne de l’après-guerre. Le scénario rapporte avec justesse la réalité de la période post-nazie, celle du recyclage des anciens SS et SA, celle de l’impossibilité de juger les 9 millions d’Allemands qui avaient pris leur carte en 1944 au parti nazi. Tout le film est bâti autour de la notion de responsabilité personnelle, dans la veine de Schelling et de la notion de conscience de soi. En filigrane court l’idée que l’homme qui représente tout un mouvement de pensée juridique -ce jeune procureur- porte une histoire. Celle-ci est une manifestation de la conscience historique que le jeune magistrat (candide et représentant le Bien) incarne, laquelle permet aux Allemands de prendre conscience de leurs actes collectifs, lesquels ont constitué l’Histoire. Le jeune magistrat engage alors la volonté de tous par le droit -et donc la volonté du peuple allemand- d’appliquer la justice, parce que « la réponse à Auschwitz, ce ne peut être que quelque chose de juste », lui fait dire le réalisateur.

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Le labyrinthe du silence, sorti le 29 avril 2015, de Giulio Ricciarelli.

2015 : les derniers SS échappent à la justice

Et si le procès actuellement en cours d’Oscar Gröning, l’ancien comptable d’Auschwitz, était le dernier procès des SS ? Le 28 mai dernier, l’enquête sur Gerhard Sommer âgé de 93 ans était close officiellement pour cause de démence, l’homme ayant été déclaré médicalement inapte à subir son procès. Aussitôt, le  Centre Simon Wiesenthal déplorait le retard qu’avait pris l’enquête judiciaire sur cet ancien SS Untersturmfuehrer, lequel a joué un rôle actif dans le massacre de 1944 de plus de 300 civils italiens dans le village de Sant’Anna di Stazzema en Toscane. Sommer avait été mis en examen en Allemagne en 2002 et avait été reconnu coupable et condamné (in absentia) en Italie à la prison à vie pour son rôle dans le meurtre de ces centaines d’Italiens. Dans un communiqué, le chasseur de nazis du centre Wiesenthal, le Dr Zuroff déplore : « The fact that the prosecutor in this case issued a statement indicating that had Sommer been prosecuted, he would « in all probability been charged with 342 cases of cruel murder with reprehensible motives, » clearly underscores the failure of the Hamburg state prosecutors to complete this case early enough to insure that the accused could be prosecuted and punished for his heinous crimes. The fact that he was able to elude justice despite the fact that he has been under investigation for thirteen years, is yet another stain on the poor record of the German judiciary, despite the praiseworthy efforts currently being invested in Nazi war crimes investigations by the Zentrale Stelle and local prosecutors. » La même semaine, le 22 mai, un autre ancien SS nonagénaire, Vladimir Katriuk, est décédé au Canada. L’homme s’était reconverti dans l’apiculture. Il était poursuivi pour le bain de sang de Katyń en Russie Blanche, où 149 villageois ont été brûlés dans une grange. Pendant la guerre, la Russie blanche a perdu un quart de sa population et 800.000 juifs. // Les deux nazis les plus recherchés ne peuvent plus être poursuivis: ils figuraient en haut de la liste des nazis les plus recherchés du centre Simon Wiesenthal, liste qui est mise à jour chaque année et dont voici le teneur en avril 2015 : :

1. Gerhard Sommer – 93 – Allemagne (massacre de centaines de civils à Sant’Anna di Stazzema) 2. Vladimir Katriuk – 93 – Canada (meurtre de nombreux juif et non-juifs dans diverses locations) 3. Alfred Stark – Allemagne (meurtre de nombreux prisonniers italiens à Kefalonia) 4. Johann Robert Riss – Allemagne (meurtre de civils près de Padule di Fucecchio) 5. X – Danemark (meurtre de juifs à Bobruisk) 6. Y – Allemagne ( complice de meurtres de juifs hongrois) 7. Z – Norvège ( meurtre de juifs dans de locations variées) 8. Oskar Groening- 94 – Allemagne (complice de meurtre de juifs hongrois) 9. Algimantas Dailide- 93 -Allemagne – (arrestation de juifs et de polonais exécuté par des nazis) 10. Helmut Oberlander – 91 – Canada ( a servi dans l’Einstazkommando 10a qui fit partie de Einsatzgruppe D, qui a tué près de 23.000 juifs et civils)

Il reste en cours actuellement une douzaine d’enquêtes préliminaires en Allemagne, mais leurs chances d’aboutir sont compromises par l’âge des suspects.

J’en fais état dans mon livre :

Bourreaux et survivants  Faut-il tout pardonner ?éd. Lemieux éditeur. Paris mars 2015

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Voyage à Troyes, ville-symbole, sur les traces de Rachi

Rachi (1040-1105 de l’ère chrétienne), grand exégète de la Torah et du Talmud, a fortement influencé la pensée juive. En retournant aux sources des textes bibliques, en exigeant une compréhension réelle de leur signification littérale, Rachi pose les bases de  » l’école exégétique de France du Nord », c’est-à-dire du pays de langue d’Oïl qui restera telle jusqu’à l’Ordonnance de Villers Cotterêts (1539).

Me voici de passage à Troyes, où était établie avant 1870 ( à l’invasion prussienne) une branche de ma famille, laquelle est originaire d’Alsace en grande partie. La ville de Troyes est symbole, au sens grec : dans la Grèce antique, le symbole, objet brisé, devait permettre aux morceaux séparés de s’emboîter parfaitement, ce qui était le moyen de reconnaissance des deux porteurs de morceaux. Ainsi, le symbole porte une double force, celle qui rejoint les morceaux d’une origine commune et celle qui porte vers l’extériorité. DSCN6774

Institut Universitaire Européen Rachi, Troyes, mai 2015

Commentaires talmudiques du XIème siècle

Au XI ème siècle, les commentaires talmudiques sont écrits en araméen mâtiné d’allemand, de français et de champenois. Rachi, qui utilise le dialecte champenois, étudiera et éclairera ces textes tant soit éloignés de l’origine. Il opérera une sorte de décryptage… DSCN6773

Les foires de Champagne permettent des échanges entre de nombreuses communautés. Troyes est un carrefour intellectuel autant que de négoce.

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Rue Champeaux, qui devient ensuite rue de la Monnaie à Troyes

Les rabbins créent les premiers synodes où ils peuvent confronter leurs problèmes. Ils viennent de toute la France du Nord, de Paris, du Poitou, de l’Anjou mais aussi de la Rhénanie. C’est donc à Troyes, lors d’un de ces synodes qu’il est décidé que « la loi de ton pays est ta loi ». Cette décision, toujours évidemment appliquée aujourd’hui, a permis aux juifs de s’intégrer dans le monde moderne …

Reconnaître un Etat palestinien ? (2)

Alors que cette semaine l’Assemblée nationale doit se prononcer sur la question, le vœu déposé par le groupe Europe Ecologie-Les Verts demandant la reconnaissance de l’Etat de Palestine vient d’être adopté ce vendredi 21 novembre par la majorité de gauche du Conseil régional d’Île-de-France. Ce texte demande à la France de reconnaître la Palestine comme un Etat indépendant sur la base des frontières de 1967 -avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Pour le président du groupe des écologistes Mounir Satouri, « la reconnaissance de la Palestine crantera une étape importante sur le chemin d’une paix juste et durable en Palestine. Ce n’est qu’une étape qui devra engager ensuite la France plus fermement en vue de garantir la sécurité des deux Etats, dans des frontières sûres et reconnues ». Un vœu qui n’engage en rien l’Etat français mais qui manifeste la volonté (des écologistes et d’une partie de la gauche française) d’une reconnaissance politique en faveur de la paix. Les événements survenus en juillet (affrontements le 13 juillet 2014 rue de la Roquette devant la synagogue Don Isaac Abranavel suite à la manifestation de soutien aux Palestiniens dénonçant « l’agression israélienne contre Gaza », manifestations et violences le 20 juillet à Sarcelles qui ont fait dire au maire de Sarcelles Mr Puponi qu’une « horde de sauvages a basculé dans l’antisémitisme primaire »)  comptent dans cette décision. Ce vœu propose un acte politique dans une situation devenue inextricable sur le terrain. Tout d’abord, la France par ses autorités politiques veut affirmer que le conflit israélo-palestinien ne s’importera pas sur son territoire, refusant de voir là un conflit religieux s’inviter en terre laïque et républicaine. Pour certains parlementaires socialistes, dont l’ex-ministre Benoît Hamon, la solution est donc politique et passe par la reconnaissance d’un Etat palestinien par la France. Mais, et c’est le deuxième point, la vie en Israël et dans les territoires est devenue un enfer. Voitures-béliers qui s’attaquent aux piétons, tuerie dans une synagogue, affrontements permanents…  la violence est extrême et ne provient d’aucune cellule terroriste organisée mais d’actes individuels aiguisés par les réseaux sociaux extrémistes, alors que progressent les fondamentalismes religieux. Enfin, la situation est devenue inextricable du fait de la colonisation qui se poursuit ; elle a profondément modifié la Cisjordanie, rendant impossible l’unité d’un territoire qualifié de « peau de panthère » par les Palestiniens.

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Ma’ale Adumim, colonie à 7 km à l’est de Jérusalem, photos MPS

La construction du Mur de séparation a amplifié le phénomène… DCIM100MEDIA   Jérusalem, mur de séparation, ancienne route de Jéricho 

Un héritage qui laisse augurer l’affrontement des fauves dans un pays situé désormais à mille ans du sionisme laïc et démocratique originel ( dans lequel l’Etat hébreu est né). Dans ces conditions, l’avenir de deux Etats peut sembler compromis avant même une reconnaissance unanime des Etats occidentaux…

Photos MPS

Reconnaître l’Etat palestinien ?

L’Assemblée nationale se prononcera le vendredi 28 novembre prochain sur une résolution invitant le gouvernement à reconnaître l’Etat palestinien. L’ancien ministre Benoît Hamon est l’initiateur de cette proposition portée par les députés socialistes, sous la houlette d’Elisabeth Guigou (présidente de la Commission des Affaires étrangères à l’AN), proposition qui n’engagera pas le président de la République. Pour rappel, c’est dans la ligne de la position historique du Parti socialiste, exprimée dans le discours de Mitterrand à la Knesset en 1982 et qui demandait la coexistence de Deux Etats dans les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale commune. Pour information, je renvoie à mon livre, Au pied du Mur, Paris Jérusalem Ramallah (éd. François Bourin, Paris 2010) publié au lendemain de l’élection de Barak Obama et augurant les changements de la politique américaine au Moyen Orient.

 

La tension est extrême ce mois de novembre 2014, après un été d’affrontements. Les contrôles sont renforcés dans tout le pays.

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L’esplanade du Mur à gauche. Au fond la coupole dorée du Dôme du Rocher. 

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Jérusalem. Mur des Lamentations.

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Jérusalem, vue depuis le Mont des Oliviers

Négociations de paix au point mort

Pour les socialistes, il s’agit d’un « acte politique fort » au moment où les partisans de la paix israéliens et palestiniens ne parviennent pas à se faire entendre. Les communistes ont annoncé vouloir déposer un texte tout aussi fort symboliquement au Sénat (le 11 décembre), alors que de nouveaux actes de violence ont eu cours ces derniers jours en Israël, depuis les frappes sur Gaza au mois de juillet, et que l’on craint de nouveaux attentats dans les jours qui viennent. Le moindre événement d’importance peut entraîner l’embrasement de la région.

Un meuble Ikéa gratis 

Il s’agit d’une initiative des députés socialistes pour relancer un processus dont l’issue est politique, selon les représentants des démocraties occidentales. Avec des conditions, telle celle rappelée dimanche à la radio par Robert Badinter, l’ancien ministre de la justice socialiste disant que s’ « il y a reconnaissance, il faut qu’elle soit réciproque ». Outre-Manche, la Chambre des Communes britannique a proposé au gouvernement de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat : le gouvernement devrait reconnaître « l’Etat de Palestine au côté de l’Etat d »Israël au titre de contribution à l’établissement d’une solution négociée à deux Etats ». Avec cette annonce (certes modérée et qui n’engage pas le gouvernement britannique), les Britanniques n’ont pas été recalés au rang d’as du bricolage comme les Suédois, lesquels ont hérité du titre après avoir reconnu l’Etat palestinien par décret le 30 octobre dernier. Pour rappel, le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman avait aussitôt déclaré que le Moyen-Orient était « plus complexe que « l’assemblage d’un meuble ikea ». Son homologue suédoise, la ministre Margot Wallstrom, a ensuite réagi en déclarant qu’elle serait « heureuse d’envoyer à M. Lieberman un meuble Ikea à assembler ». « Il comprendra que cela nécessite un partenaire, de la coopération et un bon manuel « … Finalement, les grandes idées des démocraties occidentales en matière de paix sont toujours une affaire de mode d’emploi.

14-18 : une France qui commémore, une Allemagne qui questionne

Le 11 novembre 1918, l’armistice met fin à la Grande Guerre. La veille encore, des hommes se livrent à des combats acharnés et meurent au front. Les Allemands ne veulent pas desserrer l’étreinte. Et le jour même de la paix il meurt encore des soldats. La France n’a jamais cessé de commémorer la Grande Guerre avec  une grande conscience et une certaine fierté. Qui n’a pas eu un aïeul tombé au front ? Quelle famille n’a pas été touchée par ce moment de la « brutalisation des masses » telle que la désigne l’historien américain d’origine allemande George L. Mosse* ? 14-18 Cartes postales  Guerre de 14-18 Début de l’offensive  en 1914 : « Mon vieux Guillaume, fais ta valise… » Cartes familiales.

Mais pour l’Allemagne, l’hommage à ses soldats de la Grande Guerre est plus complexe. Le conflit s’inscrit dans la continuité de 1871 et de la rivalité franco-allemande. Deux conceptions de l’Etat-nation s’affrontent déjà depuis le début de ce XXème siècle, et que les publicistes ont théorisées à travers les notions d’Etat-nation politico-subjectif et celle opposée d’Etat-nation ethno-objectif, laquelle émet l’idée d’une communauté de gens d’une même ethnie au-delà des frontières (qui justifiera l’Anschluss en 1938). Ces deux conceptions s’affronteront vingt ans plus tard avec l’entrée du nazisme sur le champ de bataille. Au moment de rendre hommage aux soldats de 14-18, les questions Outre-Rhin sont celles qui émanent d’une prise de conscience particulière : quelle est la responsabilité de l’Allemagne ? Quels facteurs ont particulièrement compté dans l’Allemagne de Weimar ? Qu’est-ce qui a donné Hitler et le nazisme ? Droit 14-18 Pour le droit et la civilisation, Guerre de 14-18 le conflit des Etats-nations (cartes familiales)

Une commémoration qui a lieu alors que les Etats-nations font l’objet de débats voire d’élections ( la Catalogne le 9 novembre dernier avec la consultation référendaire inconstitutionnelle organisée par la Généralité de Catalogne, l’Ecosse en septembre dernier, l’Alsace en avril 2013), dans une Europe où progressent les nationalismes et l’extrême-droite (rappelons par exemple la présence de ministres nationalistes dans le gouvernement du Premier ministre belge Charles Michel).

* »De la Grande Guerre au totalitarisme«