Autoportrait : opérer l’image

Etre dans le monde ou ne pas être. Peut-être cette alternative conduit-elle à ce que certains veuillent opérer l’image ou plutôt leur image. Ceux qui se sentent exclus du monde ne peuvent  rien y construire. Alors, ils recourent à la chirurgie esthétique afin de se construire à défaut de bâtir pour le monde. Des scies, des marteaux, des scalpels : le chirurgien sculpte l’image et ceux qui y recourent cherchent un sens à leur vie. La conférence que je donnais hier en Bretagne portait sur le portrait : opérer l’image ?

En voici son intitulé : Miroir, mon beau miroir 

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Le thème : l’autoportrait, sous le titre de cette édition  « Très portrait(s) »

 

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L’image, miroir de nous-mêmes, est devenue objet d’adoration. L’opérer contribue-t-il à une conception particulière de l’homme dans un monde globalisé ? La conférence que j’ai donnée, associée à ma coauteure la chirurgienne Sylvie Poignonec, a emmené les auditeurs de l’amphithéâtre Victor Segalen, à la Maison du Livre de Bécherel, sur ce chemin de questions. Charmante  coïncidence, Victor Segalen (médecin, romancier, poète, ethnographe, sinologue, archéologue…) était l’aïeul de notre amie Diane Segalen…

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Photo de notre hôtesse devant l’amphithéâtre Victor Segalen

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Le pacte autobiographique

L’autoportrait aujourd’hui dit « selfie » est une image spontanée et instantanée. Sa facilité du fait de la technè n’enlève en rien à ce qu’il est : l’autoportrait a toujours paru comme une forme de journal intime, ce que Philippe Lejeune désigne comme le « pacte autobiographique ». Et il le reste par essence. Il révèle l’extériorité de l’être dans la droite ligne de la ‘pensée du regard’ -au sens platonicien-. Les images sont des idoles (l’eidolon grec): elles véhiculent une forme d’adoration (de soi pour les selfies) et des messages, surtout selon les contextes. Ainsi les images en temps de guerre ont-elles un sens particulier. La femme dans la Grande Guerre est la femme fatale, sophistiquée, celle de l’Ange Bleu. Dans le contexte actuel, les jeunes filles se rêvent toutes en idoles et comptent leurs followers. Mondialisation des images et donc mondialisation des imaginaires. Mise  à distance de tout enracinement culturel pour réduire les corps à une surface d’images qui véhiculent la juvénilité et la performance : le corps mondialisé est mince, coloré, parfait. Notre exposé était un plaidoyer contre le catéchisme de la Barbie (et Ken) en même temps que l’élaboration d’une question : crise de la culture ? Le fait d’opérer son corps est devenu une pratique sociale. Chacun dans la salle entendait la chirurgienne décliner les instruments avec lesquels elle sculpte quotidiennement les os, recoud les chairs:  marteaux, burins, scies… dans les blocs opératoires. Cette pratique sociale pourrait-elle devenir un frein à la raison ?

Les 17 librairies de Bécherel

Après la conférence, nous étions invitées dans le bourg de Bécherel : 17 librairies pour 700 habitants, et nombre de livres dans les rues. Dès les premiers pas, rencontre avec Le premier homme…

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L’art du portrait à la française : Madame Vigée Lebrun, fille d’un aquarelliste, nous avait habitués aux portraits des princes apprêtés de la Cour à Versailles. Gustave Courbet avait lancé un mouvement avec son autoportrait aux yeux exorbités. Van Gogh l’avait suivi… L’esthétique de ce mouvement est fondée sur l’exploration méthodique du moi. Dans les rues, le fameux autoportrait de Courbet…

 

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