Migrants : quelle Europe pour demain ?

La semaine dernière, au cours d’un mariage auquel j’étais invitée, j’ai pu rencontrer une partie de la famille allemande qui vit à Stuttgart. Par curiosité, je demandai à H… (une femme de 58 ans vivant dans un faubourg de Stuttgart) comment se passait l’arrivée des migrants pour eux en ville. Comme je veux être un témoin sincère, je précise que je vais rapporter exactement ce que j’ai entendu à l’occasion de cette réunion familiale. L’occasion était propice à l’expression libre.  Il m’était possible d’entendre la voix d’Allemands qui pouvaient s’exprimer directement…  je leur ai d’ailleurs expliqué que je n’avais comme informations que la lecture de la presse et le visionnage des images de télévision.

J’ai tout d’abord posé ces questions -demandant quelles étaient les réponses des commentateurs politiques en Allemagne à ces questions :

Quelle confiance accordez-vous à Angela Merkel deux mois après son fameux discours incitant les migrants syriens à venir en Allemagne ? Que pensez-vous de  la situation ?

Leur réponse a été : il y a une « crise de confiance totale », en tout cas pour toute une partie de la population allemande qui estime qu’elle a agi « en toute conscience » contre l’intérêt des Allemands. « Nous sommes accablés, nous n’avons pas les capacités d’accueil et la Chancelière n’arrête pas le flux migratoire colossal… Toutes les infrastructures sont submergées, il y a des émeutes… nous la désapprouvons, mais nous ne disons rien. Et puis… nous sommes morts d’inquiétude pour l’avenir, pour nos enfants. »

-cela ne transparaît pas dans les reportages, pourquoi ?

-notre position, celle de l’Allemagne depuis la guerre est intenable.  Le testament du lourd passé qui est le nôtre nous bâillonne.

J’ai objecté :  « rompez le silence, organisez un mouvement de protestation qui ne sera pas récupéré par l’extrême-droite ». Mais par un mouvement de tête, mon interlocutrice exprima une grande lassitude en même temps qu’une résignation à ne rien faire. Je lui objectai que ne rien faire ouvrait la porte à tous les possibles. Mais je compris que son désarroi et celui de son mari n’entraînerait aucune action.

-Pourtant, insisté-je, la presse n’a cessé de montrer l’enthousiasme des Allemands à l’arrivée des milliers de migrants.

-Ce n’était que les premiers jours ! Aujourd’hui, c’est le chaos et la catastrophe. Les hommes se battent pour la nourriture et les vêtements, les trafics s’organisent…

Elle m’expliqua que la population était devenue inquiète, mais qu’elle ne s’autorisait que le silence. Jusque là, un respect de la légalité et des convenances régnait dans l’Allemagne réunifiée depuis la chute du Mur de Berlin. Les gens vivaient tranquilles, s’occupant de leurs jardins, de leurs liaisons sentimentales et autres amourettes plutôt que de s’adonner à la haine de leurs amours déçues ou à de stupides rivalités de voisinage. Mais les événement  avaient bouleversé cet équilibre. Nous avons échangé mille questions : la Chancelière allemande avait-elle conscience des conséquences de sa réaction, au lendemain de la publication de la photo du petit Aylan Kurdi retrouvé noyé ? Avait-elle envisagé les bouleversements profonds qui allaient affecter l’Europe en appelant les Syriens et tous les réfugiés des zones de guerre de la région à venir en Allemagne, au cœur de l’espace Schengen? Ne savait-elle pas qu’elle exposait du même coup ses  voisins à la marée humaine composée essentiellement d’hommes ayant déserté les combats en Syrie ? Mon interlocutrice a répondu :

-A. Merkel est « Est-allemande ». Elle ne saura se dédire, les premiers ordres ne se discutent pas.

Je lui posai alors d’autres questions, afin de comprendre les mentalités outre-Rhin héritées d’un Code de la nationalité plutôt restrictif (droit du sang) et d’un passé culturaliste. Après avoir considéré le multiculturalisme (prôné par les Grünen dans les années 1980) comme une menace, la culture allemande ne s’était-elle pas inspirée du modèle anglo-saxon de la société civile, devenu référence ? L’adhésion depuis une vingtaine d’années à des valeurs plurielles permettant l’intégration des étrangers, a supplanté le sentiment d’appartenir à une entité culturelle et spirituelle « homogène ». Dans un pays  où l’homogénéité du peuple (du volk) avait été fondamentale, on a demandé dans les années 70 et 80  aux travailleurs dits “invités” (Gastarbeiter) qu’ils retournent dans leurs pays d’origine ensuite. Ils étaient considérés comme un corps étranger au cœur de la société. Le pas franchi ces deux derniers mois ressemble alors à un grand saut dans le vide.

Je m’interrogeai alors sur la « paralysie » des citoyens allemands à l’instar de cette partie de la famille à Stuttgart s’imposant le silence et toute mise en action quelconque. Pourquoi ? Le passé nazi a-t-il rendu les Allemands incapables de protester contre l’impossibilité de protester contre cet afflux massif de migrants dans ces conditions extrêmes ? La culpabilité héritée de cette période ? Ou bien est-ce fondamentalement cette notion « d’obéir aux ordres » qui habiterait les Allemands ?

 

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