Migrants : l’Allemagne face à son passé

« L’Allemagne doit se préparer à la perspective d’accueillir au total plus d’un million de réfugiés cette année » : la déclaration  aujourd’hui du vice-chancelier allemand a semble-t-il été mal perçue par une partie de l’opinion, alors que la gestion de l’afflux des demandeurs d’asile par les autorités fait polémique outre-Rhin. Vendredi, la Bavière a menacé de porter plainte devant la Cour constitutionnelle contre le gouvernement si rien n’était fait face à l’afflux des migrants. Le leader de la CSU Horst Seehofer a accusé l’Etat fédéral de mettre « en danger l’autonomie des Länders », voire de « ne pas respecter » ces derniers dans leurs droits. Chacun sait que la Bavière est le point d’entrée des migrants et que les capacités d’accueil y sont totalement saturées. Les débats ont cours, avec d’un côté la Chancelière Allemande qui a chuté dans les sondages et qui dit tenir bon, soutenue par le discours des démographes et économistes soutenant que l’industrie allemande a besoin de main d’oeuvre (les industriels avancent une pénurie pour l’emploi de 6 millions de personnes en 2030), de l’autre les hommes politiques confrontés au réel avec l’afflux des migrants dans les villes, et une pénurie de ressources pour les prendre en charge. D’une certaine manière, l’Allemagne avec les annonces d’Angela Merkel se retrouve dans l’œil du cyclone du Moyen Orient en guerre, face à une opinion allemande décontenancée. Une Angela Merkel contestée par sa majorité conservatrice. Dès lors, les armes du droit sont brandies et justement le gouvernement de la CSU se déclare prêt à renvoyer lui-même les réfugiés à la frontière, en s’appuyant sur les accords de Dublin. Des accords que la Chancelière a jugés « obsolètes » mercredi dernier devant le Parlement européen.

L’Allemagne en proie à l’impératif catégorique kantien

Le peuple allemand a dû composer avec son passé et ses traumatismes depuis la 2ème guerre mondiale. Les valeurs démocrates chrétiennes, la notion de dignité humaine et la morale, l’état de droit… sont rappelées dans la Loi fondamentale, loin du culte du sang et du sol (voir mon post Blut und boden du 24 mai 2014) qui a inspiré le nazisme. Il s’est forgé depuis l’après-guerre outre-Rhin un patriotisme particulier dont Habermas s’est fait l’écho, le Verfassungspatriotismus, permettant une alternative à une culpabilité historique lourde à porter.

Dans ce contexte de l’après-Holocauste, soixante-dix ans parès, l’accueil des migrants est un acte incontournable pour nombre d’Allemands culpabilisés par tout ce qui pourrait être une politique identitaire : ce que j’évoque dans mon dernier livre « Bourreaux et survivants / Faut-il tout pardonner ? avec les témoignages des discours des jeunes Allemands aujourd’hui que j’ai recueillis. Ainsi, l’accueil des migrants s’impose comme un impératif moral, celui de l’impératif catégorique kantien.

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