4 ans de prison pour l’ancien comptable d’Auschwitz

L’interview du Figaro :

http://www.lefigaro.fr/international/2015/07/16/01003-20150716ARTFIG00076-oscar-groning-est-le-premier-responsable-nazi-a-avoir-demande-pardon.php

«Oscar Gröning est le premier responsable nazi à avoir demandé pardon»

Oscar Gröning, dernier responsable nazi à avoir été jugé, était comptable au camp d'Auschwitz. ici, lors de son procès à Berlin.

INTERVIEW – «Je suis désolé», a déclaré le comptable d’Auschwitz à son procès. Pour Marie-Pierre Samitier, auteur de Bourreaux et survivants, Faut-il tout pardonner ?, ces excuses ont une valeur de symbole décisive.

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LE FIGARO: 70 ans après les faits, Oscar Gröning, le comptable d’Auschwitz, a été condamné à quatre ans de prison pour complicité dans la mort de 300.000 hommes. Est-ce important de punir les coupables si longtemps après leurs crimes?

MARIE-PIERRE SAMITIER*: Oui, c’est important, même si longtemps après. Pour l’exemplarité de la peine (légèrement supérieure à ce qui était attendu) et pour l’imprescriptibilité qui accompagne la notion de crimes contre l’Humanité. Cette imprescriptibilité est à la mesure de la gravité de la faute commise. Si longtemps après, c’est un procès politique qui est fait là à travers les institutions judiciaires, un procès politique c’est-à-dire un procès qui a valeur de symbole: c’est le représentant du système nazi de l’époque qui est condamné. L’Allemagne d’aujourd’hui condamne donc ce qu’il s’est passé à travers ses hommes de loi.

«Je suis profondément désolé.», a affirmé le nonagénaire pendant son procès. Est-ce rare qu’un bourreau s’excuse pour ses actes?

Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès. C’est un acte fort parce que la demande de pardon signifie qu’il reconnaît ses fautes commises envers autrui. C’est également un acte fort parce qu’il est unique. Je raconte dans mon livre que les Nazis n’ont jamais exprimé de demandes individuelles de pardon: ils ont été persuadés avoir eu raison jusqu’au bout. C’est le cas de Rudolf Hess par exemple et des autres prisonniers de Spandau (prison de Berlin où étaient enfermés des criminels nazis après la guerre). La prison a été détruite, elle abritait jusque dans les années 1980 sept hauts dignitaires nazis qui n’ont jamais exprimé de regrets, même si parmi eux Albert Speer (l’architecte d’Hitler) a parfois tenu des propos hésitants sur le sujet. Tous ont estimé jusqu’à la fin qu’ils avaient eu raison de vouloir éliminer «tous les Juifs».

Cette demande de pardon est-elle importante symboliquement?

La demande de pardon d’Oscar Gröning signifie qu’il reconnaît avoir eu tort et qu’il veut changer, faire «Techouva» selon le terme hébreu (la notion de pardon si essentielle pour les Juifs et les Chrétiens vient de là). Cela signifie la possibilité d’un «retour» (Techouven hébreu) et donc qu’un recommencement est possible avec l’instauration de nouvelles relations entre les individus.

C’est pour cette raison qu’il est important qu’il l’ait fait, pour ce «recommencement» possible avec un nouveau départ dans les relations humaines. Cela signifie que rien n’est oublié mais que les torts sont exprimés et reconnus par les anciens bourreaux. Par là, cet ancien comptable d’Auschwitz renie le système nazi auquel il a cru, au sein d’une «communauté» à laquelle il adhérait, celle de la race aryenne qui devaient selon Hitler dominer les autres.

Oscar Gröning a fait ce chemin-là, il a exprimé publiquement le regret de ses actions commises. Il est vrai que cela vient très tard. De fait, il lui reste peu de temps pour un changement d’attitude, un «recommencement». Je laisse aux victimes le soin d’exprimer leur pensée sur ce point. Mais il me semble, au vu de mon enquête et des témoignages que j’ai recueillis, que cette demande de pardon est importante du point de vue symbolique, pour toutes ces raisons.

* Marie-Pierre Samitier est journaliste à France 2. Elle a publié Bourreaux et survivants- Faut-il tout pardonner? (Lemieux éditeur, 2015), un essai où elle explore la possibilité du pardon à travers de nombreux témoignages de victimes de la Shoah.

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UNE CONDAMNATION SYMBOLIQUE

Oscar Gröning a été condamné aujourd’hui en Allemagne à 4 ans de prison pour « complicité » dans le meurtre de 300 000 Juifs. Une peine supérieure aux 3 ans et demi requis le 7 juillet par le parquet. Oskar Gröning est reparti libre. Au regard de son âge,  il est peu probable qu’il soit jugé médicalement apte à être incarcéré.
Les représentants de la cinquantaine de parties civiles ont salué cette
condamnation dans un communiqué, y voyant néanmoins un « pas trop tardif vers la
justice ». Le président du Congrès juif européen Moshe Kantor a de son côté
souligné « la signification historique » du procès » et la possibilité
« d’éduquer une génération bien trop éloignée des horreurs de l’Holocauste », 70
ans après la libération des camps nazis.
Dans ses réquisitions, le procureur avait avancé la « contribution
mineure » de l’ancien SS au fonctionnement d’Auschwitz, devenu emblématique de
l’enfer concentrationnaire, avec le nombre « presque inimaginable » de victimes.

Une demande de pardon exceptionnelle : le premier des nazis à s’excuser
Oskar Gröning a assumé une « faute morale » dès le commencement du procès, présentant à plusieurs reprises ses excuses. Une demande de pardon exceptionnelle, puisque Oscar Gröning est le premier responsable nazi (même s’il était très jeune à l’époque) à avoir demandé pardon aux représentants des victimes dans le cadre d’un procès. C’est un acte fort parce que la demande de pardon signifie qu’il reconnaît ses fautes commises envers autrui. C’est également un acte fort parce qu’il est unique. Je raconte dans mon livre ‘Bourreaux et survivants, faut-il tout pardonner ?’ (éd Lemieux éditeur, Paris 2015 ) que les Nazis n’ont jamais exprimé de demandes individuelles de pardon : ils ont été persuadés avoir eu raison jusqu’au bout. C’était le cas de feu Rudolf Hess par exemple et des autres prisonniers de Spandau (la prison a été détruite, elle abritait jusque dans les années 1980  sept hauts dignitaires nazis qui n’ont jamais exprimé de regrets même si parmi eux Albert Speer a parfois tenu des propos contradictoires à ce propos). Tous ont estimé jusqu’à la fin qu’ils avaient eu raison de vouloir éliminer « tous les Juifs », les témoignages des pasteurs qui les accompagnaient à Spandau l’attestant.

Le sens primitif du pardon

La demande de pardon d’Oscar Gröning signifie qu’il reconnait avoir eu tort et qu’il veut changer, faire ‘Techouva’ selon le terme hébreu (la notion de pardon si essentielle pour les Juifs et les Chrétiens vient de là). Cela signifie la possibilité d’un ‘retour’ (Techouv en hébreu)  et donc qu’un recommencement est possible avec l’instauration de nouvelles relations entre les individus. Cela signifie que rien n’est oublié mais que les torts sont exprimés et reconnus par les anciens bourreaux. Par là, cet ancien comptable d’Auschwitz renie le système nazi auquel il a cru du temps de son appartenance à une ‘communauté’ à laquelle il adhérait, celle de la race aryenne qui devait selon Hitler dominer les autres.

Oscar Gröning a fait ce chemin-là, il a exprimé publiquement le regret de ses actions commises. Il est vrai que cette demande de pardon s’exprime très tard. De fait, il lui reste peu de temps pour un changement d’attitude, un ‘recommencement’. Je laisse aux victimes le soin d’exprimer leur pensée sur ce point. Mais il me semble, au vu de mon enquête et des témoignages que j’ai recueillis, que cette demande de pardon est importante du point de vue symbolique, pour toutes ces raisons.

La défense avait plaidé l’acquittement d’Oscar Gröning, estimant qu’il n’avait « nullement favorisé l’Holocauste, du moins pas d’une manière pertinente sur le plan pénal ».
Bien avant d’être rattrapé par la justice, cet ancien engagé volontaire
dans les Waffen SS avait livré le récit de ses deux ans passés à Auschwitz, de
1942 à 1944, dans un mémoire pour ses proches puis dans de longues interviews
destinées à « lutter contre le négationnisme ». Âgé de 93 ans, l’ancien comptable du camp d’extermination déclarait hier d’une voix tremblante :
« Auschwitz est un endroit auquel personne n’aurait dû participer »…
Dans leur communiqué, les avocats des parties civiles se sont d’ailleurs
félicités « que pour la première fois, après un demi-siècle de procès des crimes
nazis, un accusé reconnaisse formellement sa faute et s’en excuse ».
Les charges contre Gröning reposaient sur deux points: on lui reprochait
d’avoir soutenu économiquement le régime, en envoyant l’argent des déportés à
Berlin, et surtout d’avoir assisté par trois fois à la « sélection » séparant, à
l’entrée du camp, les nouveaux arrivants jugés aptes au travail de ceux qui
étaient immédiatement tués.
L’ancien soldat s’était défendu en assurant que son rôle consistait
uniquement à éviter les vols dans les bagages des déportés, sans lien avec le
processus d’extermination, et en rappelant ses trois demandes infructueuses de
transfert sur le front.

Les survivants ont déclaré être soulagés d’avoir pu s’exprimer, tel Leon Schwarzbaum qui a perdu près de 30 membres de sa famille dans la Shoah :
« Je ne veux pas de vengeance, mais je trouve que c’est un verdict juste »,

Après le revirement de jurisprudence de 2011
Le procès Gröning illustre la sévérité accrue de la justice allemande à
l’égard des derniers nazis encore vivants, depuis la condamnation en 2011 de
John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, à cinq ans de prison (voir mon post sur l’affaire…). Cette décision avait marqué un virage après des décennies de peines faibles voire inexistentes, si l’on exclut un prodès politique dans l’ex-RDA (voir mon livre).
Rappel…
Quelques 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont péri entre
1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, libéré par les troupes soviétiques le 27  
janvier 1945.

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