La Chauve-Souris : la Mitteleuropa à la sauce parisienne

Le vaudeville venu de l’Est est tellement jouissif quand l’orchestre dirigé par Marc Minkowski s’emballe dès les premières mesures ! Il faut aller voir et surtout entendre l’opéra-comique de Johann Strauss qui se joue salle Favart. Dans la fosse, le chef fait valser jusqu’au contrebassiste dont le spectacle est inouï, avec un jeu de bras extraordinaire. Les tutus des danseuses

Tutus

frôlent le public dans la salle. La valse est diablement bien jouée…

chauve-souris

Les critiques pourront tremper leur plume dans l’acide pour écorcher le parti-pris dont ce petit bijou de l’Opéra-comique fait l’objet avec cette interprétation un peu loufoque qui commence par une ménagère penchée sur sa table à repasser en regardant la télé…La mélodie à la sauce straussienne offre à la voix de Sabine Devieilhe un écrin qui joue une Adèle pétillante. Il faut entendre le contre-ténor Kangmin Justin Kim dans une imitation surprenante de Cécilia Bartoli. Le chant français offre ses effets à un spectacle qui se réclame de l’esprit viennois. C’est d’ailleurs surtout pour cela que le spectacle est vivifiant : il transporte dans le monde tourbillonnant de la capitale des Habsbourg.

Le monde perdu d’Arthur Schnitzler, Stefan Zweig, Peter Altenberg, Richard Beer-Hofmann…

La Chauve-Souris n’est rien d’autre qu’une amusante peinture sociale de la fin du XIXème siècle, où la petite-bourgeoisie est savamment étrillée par Johann Strauss. Malgré la pétulance de la partition, c’est le tableau d’une époque sans grande passion, avant les catastrophes qui pourraient survenir au loin, dans un temps proche. Dans l’Autriche de la fin du XIXème siècle, point de révolution ou de destruction des valeurs mais une tranquillité et une sécurité confiée à l’Etat. On y vivait tranquille sans rien redouter. Et l’amusement de ce monde ordonné avant la « brutalisation des masses » qui allait advenir le siècle d’après exprimait comme ce temps était calme.

L’Autriche était un vieil empire, « un Etat sans ambition » selon l’expression même de Stefan Zweig, lequel se plongeait dans Die Gesellschaft, une revue militant pour l’esprit moderne dans ce monde immobile. C’est le monde petit-bourgeois de ce vieil empire autrichien que dépeint Strauss et il est bon de s’y plonger pour comprendre combien le monde peut paraître tranquille avant les grandes tempêtes.

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