Schwarzen Hefte : le suspens des éditions Klostermann pour les « Cahiers noirs » de Martin Heidegger

La maison d’édition universitaire Vittorio Klostermann à Francfort (Frankfurt am Main) publie depuis 1930 des ouvrages en grande partie  consacrés aux sciences humaines, en particulier histoire du droit et philosophie. La publication imminente des Cahiers noirs de Martin Heidegger (Schwarzen Heft) se fait sous la houlette du philosophe Peter Trawny, professeur de philosophie à  Wuppertal (Bergische Universität). Sur les traces des mass marketteurs qu’Adorno abhorrait, la maison d’édition a su mettre en place un suspens tout en finesse pour mener à bien la publication de ces fameux Cahiers noirs qui doivent faire scandale pour mieux se vendre. Les ‘fuites’ dans la presse française ont été savamment orchestrées, et le débat a été lancé avant-même que les textes soient en possession des lecteurs. Ceci sur fond de rivalité entre le nouvel Institut Martin Heidegger que Peter Trawny a créé en 2012 et la Heidegger Gesellschaft (1985). Le communiqué de presse de la maison d’édition Klostermann explique en substance qu’aucune dérogation ne sera accordée pour obtenir le livre plus tôt et qu’aucune personne ne pourra tenter de s’extraire de la « norme » imposée à tous, à savoir le respect de l’embargo au 13 mars, le lendemain de la présentation à la Nationalbibliothek  … Press2 Klostermann Press Klostermann Le livre qui a été expédié le 19 février est arrivé hier soir au courrier, les journalistes l’ont ainsi en possession aujourd’hui. Avant de rendre compte de l’esprit « völkisch » des années 30 à travers le prisme de la pensée heideggerienne, il convient de dire que la parution de ces Cahiers noirs modifiera profondément la lecture de la philosophie de Heidegger. Ce qu’il entend par « ennemi » ? Réponse dans les Cahiers noirs Il ne s’agit plus de se contenter de souligner l’adhésion au parti nazi en 1933 du professeur de Fribourg.

Les Cahiers noirs dévoilent les convictions profondes de Heidegger

L’on pourrait même remarquer que le philosophe jusque là avançait « masqué », au sens schmittien du terme : le masque d’une philosophie substantiellement antisémite. Car les termes employés par Heidegger dans son oeuvre prennent une connotation particulière avec le dévoilement des Cahiers noirs. Ainsi la notion d’  « ennemi ». Qui désigne-t-il sous ce terme ? Les Cahiers noirs donnent une réponse. Dans la conception du monde du philosophe allemand, il n’est pas de représentation individuelle mais au contraire une vie en communauté (ce que les nazis désignaient par « völkisch »). En adhérant au parti nazi en 1933, il adhère à cette communauté (Volkstum, ou même Gemeinschaft au sens où le sociologue Tönnies l’entendait comme communauté  privilégiant  la prépondérance de l’ensemble à l’unique)) où les juifs étaient sous le régime nazi les ‘ennemis’ -dans une opposition amis/ennemis-, tout individualisme et toute différence ne pouvait être que bannie au nom de la pureté du peuple allemand, attaché au sol, contrairement aux sémites. Ceci dans le but d’une renaissance de la vie de l’esprit et de la civilisation. Il est à noter qu’il n’existe là aucune notion de ‘bien’ pour l’homme, aucune condition de l’éthique… Certes, Heidegger avait dans ses cours exhorté ses étudiants à aller au bout de l’  « extermination totale » de l’ennemi, sans préciser ce qu’il entendait par ‘ennemi’. Mais dans les Cahiers noirs, il désigne ce qu’est l’ennemi selon lui, dans le contexte des années trente. Überlegungen II-VIPhoto Schwarze Hefte 1931-1938

BAND  94   Überlegungen II-VI T

rès précisément, dans les Cahiers noirs, le judaïsme associé au calcul, ne se peut enraciner dans le sol allemand pour échapper à la modernité. Incapable de rupture avec cette modernité, le peuple juif selon Heidegger devrait s’exclure…

BAND 96 (1939-1941)

Extraits

Page 243 ligne 11 et suiv…

: « Die Frage nach des Rolle des Weltjudentums ist keine rassische, sondern die metaphysische Frage nach des Art von Menschentümlichkeit…

La question du ‘rôle ‘ du judaïsme international ne concerne pas la race, la question biologique, mais elle est plus une question métaphysique sur la capacité de l’Humanité… »

Alors qu’en France, le philosophe allemand a fortement marqué Sartre et Foucault et toutes les générations de professeurs de philosophie depuis les années cinquante, c’est toute une relecture de son oeuvre à laquelle il faut procéder pour comprendre la pensée de celui qui dénonçait l’  « enjuivement au sens large de la culture allemande ». On ne peut que saluer la publication de Trawny dans cette optique de dévoilement. Publication qui induit qu’on ne lira plus Heidegger comme avant. Il y aura un avant et un après « Cahiers noirs ».

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