Temps et être : l’horizon du sacré (le shabbat)

Le discours, comme expression de la conscience, établit un rapport au monde que le langage vient exprimer avec les mots. Il exprime la résolution d’exister d’une certaine façon dans le monde. Celle qui consiste à ‘rompre le temps’ retient le sentiment de glissement inexorable vers le néant. Le shabbat, invention du peuple juif, fut ainsi la première cassure temporelle pour penser à habiter le monde. Haddad le formule par « bombe à retardement », une « grenade dégoupillée » dans la temporalité jusque là linéaire de l’humanité, s’exprimant ainsi dans l’émission de Josy Eisenberg hier matin sur France 2 à 9 h 30 :

http://pluzz.francetv.fr/videos/source_de_vie_,95271425.html

Gerard Haddad et Didier Long

L’émission porte sur le livre écrit par Gérard Haddad et Didier Long : ‘Tu sanctifieras le jour du repos’ (paru récemment, éd Salvator). Le shabbat, est-il rappelé, est la fête la plus importante du judaïsme. Il sanctifie le temps. Dans le monde où l’homme est livré à la difficulté d’être, où il n’a ni fondement ni terre (‘Eretz’) où habiter, il prend possession de lui-même.  C’est dans ce temps -le temps qui permet d’être conscient, puisque l’on a du temps-  que Lévinas, répondant à Heidegger, marquera la présence de l’être pour l’autre, l’ouverture au monde grâce à une éthique de l’autre (Totalité et infini). Chez Lévinas, l’éthique prend le pas sur l’ontologie. A l’instar de l’opposition de la totalité et de l’infini, il y a celle d’Athènes et de Jérusalem : la métaphysique grecque conduit à la la rationalisation d’une violence inhérente à la volonté de réduire l’autre au même.  C’est vouloir dissoudre l’autre dans la neutralité du même. Pour Lévinas, seul l’infini – Dieu- permet de lever cette  hypothèque que la pensée grecque représente via la pensée occidentale. Ce dernier a donc permis de prendre une distance par rapport à la tradition ontologique de la philosophie occidentale, puisant les fondements d’une nouvelle ontologie dans les thèmes hébraïques, à partir desquels il devient possible de contester la légitimité d’une théorie générale de l’être, dominée par le principe de totalité. La totalité composée est d’égoïsme et de violence, en tant qu’elle refuse l’altérité ; tout devra se dissoudre dans la  totalité considérée comme un absolu. Opposer l’altérité à la totalité conduit à être en prise avec la raison, l’altérité se manifestant essentiellement dans le rapport éthique, c’est-à-dire dans une relation à l’autre, où autrui doit être reconnu en ce qu’il regarde, en ce qu’il nous regarde. Il est cet infini.

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