Dictionnaire du judaïsme de Leselbaum et d’Antoine Spire : Gérard Haddad portraitisé par Moscovitz

LE dictionnaire inattendu

La présentation du livre est annonciatrice d’une promesse : celle de livrer l’essentiel du judaïsme en France depuis 1944, sachant que « par judaïsme, on n’entend pas seulement la sphère de la religion, de la tradition et de la pensée qui s’y rattache, mais toutes ses expressions, culturelles notamment. Son pluralisme affirmé est porteur d’une diversité constructive, à laquelle contribuent débats et controverses. »

dictionnaire judaïsme

Dictionnaire du judaïsme français depuis 1944

Débats et controverses ? La promesse est honorée, mais à défaut d’une « diversité constructive » l’on assiste, rubrique psychanalystes à la page Gérard Haddad, à une diatribe sans précédent signée du psychanalyste Jean-Jacques Moscovitz (voir Post sur Schibboleth). Toutefois, ce n’est peut-être que l’illustration de ce que Gérard Haddad annonçait dans le célèbre ouvrage qu’il a écrit sur son analyse avec Lacan (Le jour où Lacan m’a adopté), à savoir que les intellectuels, une fois devenus analystes, avaient contribué à transmettre de l’institution analytique et de la psychanalyse les travers de l’extrême gauche adepte du sectarisme et de la pensée unique…

Haddad, traducteur de Yeshayahou Leibowitz

Haddad n’est pas seulement l’un de ceux qui ont pensé et appliqué la psychanalyse comme une forme de sécularisation du judaïsme. Excellent talmudiste, maîtrisant la langue, l’hébreu, il est l’un des rares traducteurs en France de Yeshayahou Leibowitz, («Le colonialisme engendre toujours le terrorisme »), lequel était fin connaisseur de Maïmonide et défenseur de la séparation de la religion et de l’Etat. Haddad s’est engagé dans une psychanalyse avec Jacques Lacan en 1969, époque qu’il a racontée dans Le jour où Lacan m’a adopté. De là s’ensuivit un changement de vie, non avec Antonietta son épouse (« A » l’héroïne du livre), mais dans son activité : il était ingénieur agronome, comme beaucoup de jeunes pieds-noirs issus de familles modestes, et cessa d’exercer pour s’engager dans des études de médecine, après une séance houleuse avec Lacan où ce dernier lui lança à la figure : « Faire médecine, et pourquoi pas ? ». Son travail de psychanalyste a exploré moult champs d’investigation, notamment celui de l’alcool. Il a écrit L’alcool et les femmes, ouvrage qui m’a incitée à le rencontrer pour préparer mon dernier livre.

Certains s’attendaient à un dictionnaire modéré sachant ménager les susceptibilités. Il est recommandé la lecture de la page 738, rubrique (forcément polémique) « psychanalystes » concernant Gérard Haddad. Antoine a-t-il été bien in spire é de placer la biographie de Gérard entre les mains de Jean-Jacques Moscovitz ? L’auteur de Lumière des astres éteints, livre dont j’ai suivi l’écriture et qui a manqué être publié chez Bourin éditeur pour finalement l’être chez Grasset, fait l’objet de remarques déplacées sur un sujet qui n’admet rien de tel. Ceci ne produira aucun autre commentaire ici. En revanche, il faut préciser qu’Haddad nous fait découvrir dans ce livre ce que ses analysants lui apprennent : non seulement le Camp a blessé les déportés et de leurs descendants, mais il la bouleversé nos modes de pensée, notre organisation sociale, notre imaginaire. Il ne s’agit pas d’une redite de ce que Théodor Adorno avait été l’un des premiers à exprimer, à savoir que les camps avaient marqué une rupture dans l’histoire occidentale. C’est le fil d’histoires de vies avec heurs et malheurs, où la petite fille Simone devenue analysante sur le divan, se souvenant de chaque barbelé, chaque baraquement, chaque brin d’herbe… dit n’avoir jamais quitté le Camp. Le Camp que Lacan avait qualifié de « réel de notre temps » dans le texte fondateur de l’Ecole freudienne de Paris. Il est le lieu où symbolique et imaginaire ont été brisés pour une folie collective sans limite.

gérard

« A » (Antonietta Haddad, héroïne du « Jour où Lacan m’a adopté »), le sculpteur Shelomo  Selinger et Gérard Haddad

Haddad y démontre que le totalitarisme a produit dans notre subjectivité des changements profonds qui marquent nos vies. Ainsi, le concept de Club Méd’ qui fut créé par une famille de déporté et conçu comme « anti-camp » où l’on pouvait à l’envi se satisfaire de tous les plaisirs, l’inverse des Camps. Comme toujours, sans tabou, Gérard Haddad relate avec force et simplicité certains événements jamais abordés comme l’accueil  fait par Israël aux survivants de l’Holocauste et à leurs enfants. L’Occident se heurte à Auschwitz encore aujourd’hui, « il est une pièce maîtresse de l’inconscient de l’homme actuel ».

Lorsque Gérard Haddad m’avait envoyé le manuscrit de Lumière des astres éteints, il m’avait demandé, inquiet, ce que j’en pensais. Voici écrit ce que j’avais exprimé il y a plus de deux ans. De minuscules vies peuvent nous faire voyager dans le monde en tournant quelques pages, elles nous font entrer dans l’Histoire qui sans elles ne serait rien.

Studio Antoine Spire

Dr William LOWENSTEIN et Antoine SPIRE

Chez Antoine Spire lors de son émission « Tambour battant » où j’ai participé au débat sur les addictions diffusé le 14 novembre 2013. Assis à gauche, le dr William Lowenstein, avec Antoine Spire et Marie-Christine Weiner de dos.

Au premier plan le livre de Tristan Storme, Carl Schmitt et le marcionisme, parmi les nombreux ouvrages qui tapissent l’appartement d’Antoine. J´ai pris cette photo en attendant mon tour, le hasard m’avait placée là, face à ce livre lu récemment… La bibliothèque consacrée à  l’Allemagne  est particulièrement dense.

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