Israël et la Shoah, le maudit et le sacré

C’est en recevant l’information sur mon livre (coécrit avec le Pr Benyamina) sur les addictions, livre dont le travail de Freud avec Malaise dans la civilisation est le point de départ de notre réflexion, que Schibboleth m’a proposé de me joindre à ce voyage en Israël pour une conférence sur   « La présence de la Shoah et d’Israël dans la pensée contemporaine ».

A propos d’un paradoxe

Le nom de Shoah devenu aussi sacré que celui d’Israël est maudit. C’est de ce constat qu’a jailli l’idée d’un colloque à l’Université de Tel Aviv organisé cette semaine. Dans l’envolée lyrique d’une plume reconnaissable pour avoir dirigé la revue Le meilleur des Mondes, il est une phrase qui résume l’esprit de ce rendez-vous unique en son genre parce que loin des sentiers battus :    » Autrement dit, comment la fétichisation éplorée d’Auschwitz s’entend-elle si bien avec la substitution Nazi/Juif, Juif/Palestinien*1 – jusqu’à cette inquiétante étrangeté du nouveau slogan intello-médiatique : ‘la nouvelle forme d’antisémitisme, c’est l’islamophobie’ ? Quel retour du refoulé cela révèle-t-il ? »

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L’organisateur, Pr Michel Gad Wolkowicz, Pdt de Schibboleth-actualité de Freud

Remarquable éditorialisation qui lance avec rigueur la question de ce paradoxe qui étreint la pensée occidentale contemporaine, et celle qui domine en particulier en France, où certains font remarquer la dominante d’un tropisme pro palestinien*2. Devant un tel paradoxe, les membres de Schibboleth proposent d’explorer une clinique du contemporain, avec des témoignages et des analyses issus de sources, de filiations de pensée et de champs épistémiques divers.

On trouve Pascal Brückner, Georges-Elia Sarfati, David Mendelson, Eric Marty, Michaël Bar Zvi… parmi les participants, lesquels se sont rendus au Centre culturel Français à Tel Aviv à l’invitation d’Olivier Rubinstein, désormais conseiller diplomatique après avoir été éditeur chez Denoël.

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Marie Pierre Samitier… Sur les toits de l’Institut Culturel Français à Tel Aviv, réception des intervenants au colloque…

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                                   Didier Long et Olivier Rubinstein

Olivier Rubinstein et Misha Wolkowicz

Pr M. Wolkowicz et Olivier Rubinstein

Photos MPS

Retrouvailles…Olivier avait publié le livre de Didier « Défense à Dieu d’entrer » lorsqu’il était chez Denoël ; ce livre a obtenu en 2005 le Prix des Maisons de la presse et le Prix de la ville de Saumur. Ce titre est extrait d’une poésie de Victor Hugo, « Abel et Caen », que j’ai apprise enfant et qui me tient particulièrement à coeur. La mort du frère est le premier meurtre dans la Bible.

Parmi les interventions, celles de Michaël Bar Zvi et de Pascal Brückner feront l’objet d’un commentaire dans les prochains jours…

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La faculté de droit, Université de Tel Aviv, où a eu lieu le colloque

Photos MPSamitier

Paul Zadawzki

Paul Zawadzki, Maître de Conférences à Paris 1, docteur en sciences politiques, et le Dr Jean-Jacques Moscovitz, psychiatre psychanalyste et membre d’Espace analytique

L’universitaire Paul Zawadzki a proposé d’appréhender la Shoah dans la perspective d’une intersubjectivité mémorielle. De façon plus frontale, Simon Epstein a déploré notre lecture du passé : selon lui, les juifs d’aujourd’hui ont oublié leurs combats avant et pendant la Shoah pour adopter une position victimaire résumée par « ils n’ont rien fait pour se défendre ».

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Mischa Wolkowicz et Simon Epstein, 

photos MPSamitier

Chacun posait la question de l’évolution d’un processus d’instrumentalisation de la Shoah qui mènerait à la délégitimation de l’Etat d’Israël. Mais cette dernière évocation fait partie d’un questionnement inhérent au problème de l’appartenance de la terre d’Israël, Eretz, qui est un point essentie, les juifs ayant été pendant des siècles « sans terre ».Cette notion, « Niemandsland » en allemand, introduite en droit dans les années trente par  Schmitt porte l’exclusion de l’ « Autre  » de la communauté en tant que menace qui pèse en tant qu’ennemi sur cette dernière, puisque étant « sans terre ». La tentative de Schmitt de fonder en droit public un concept d’ordre s’étant bâtie en réaction à l’autre désigné comme « ennemi » (i.e. juif), autre dont la question d’appartenance à la terre était centrale.

MPS

*1 Voir mon post du 28 février 2013 : Finkielkraut, Jean Soler, Onfray ou bien sa vidéo sur Youtube

*2 Voir mon post du 25 mars 2012

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