De la Guerre…Carl von Clausewitz et la violence mimétique

De la guerre… franco-allemande etc…

Le fameux stratège prussien a écrit ce livre pendant trente ans en peaufinant la fameuse « montée des extrêmes » qui caractérise les rapports guerriers. La loi de l’histoire est que le pire peut se produire avec une violence qu’on ne peut contenir. Il n’est point question de raison, écrit-il en substance, et les hommes sont dominés par leur affectivité. La thèse de René Girard dans son livre Achever Clausewitz est que la réflexion de Clausewitz évoque un conflit de type mimétique, qui trouve sa source dans la violence originelle (Girard s’inspire des textes freudiens, Totem et tabou). Il est intéressant de transposer cette thèse dans les contextes historiques qui mettent en scène des rapports de proximité et de rivalité ancestraux, comme Syriens et Libanais contre Israéliens, ou Allemands contre Français. Chacun veut la même chose : dominer l’autre. Si l’on revient très longtemps en arrière, la rivalité commence avec Clovis contre les Thuringiens et les Alamans. Avec les petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve et Louis le Germanique, une guerre fratricide va façonner l’histoire d’une Europe centrée sur les relations entre les deux Etats que sont aujourd’hui la France et l’Allemagne. Clausewitz estimait que « la France est la nation guerrière par excellence ». La victoire de Napoléon à Iéna en 1806 avait eu raison de la domination « allemande », mais elle aura eu pour conséquence le réarmement de la Prusse qui sera rayée de la carte en tant qu’ Etat indépendant après 1945.

Clausewtiz et les rapports humains 

Lorsqu’ils deviennent hostiles voire violents, les rapports humains défient les lois de la raison. Les moyens de destruction étaient démesurés pendant la 2è Guerre Mondiale, le film du Procès de Nuremberg met en scène cette déraison, ne serait-ce qu’avec les instruments de torture découverts dans les camps et intégrés dans le film réalisé par John Ford pour le procès (qui s’ajoutent à l’horreur des moyens de mettre en oeuvre la « solution finale » : les chambres à gaz et les fours crématoires). S’il est difficile de penser le pire, c’est parce que les actes défient les lois de la raison. Ce qui est intéressant chez René Girard, c’est l’ouverture d’une réflexion politique à la lumière de l’anthropologie et de la psychanalyse. Il a été mis sur la voie du désir triangulaire et mimétique et sur celle de la victime émissaire grâce à la littérature, mais aussi en lisant Freud, en particulier Totem et tabou (Totem und Tabu, 1913) et Malaise dans la civilisation.  Et l’on peut ainsi comprendre à la lumière de sa recherche comment la vie psychique et la violence se transmettent d’une génération à l’autre, comment se bâtit la puissance de haïr ou de dominer et pourquoi renoncer à la violence permet de sortir du cycle de la vengeance et de la guerre. Cette réflexion que je développe dans « Au pied du mur » que j’ai écrit en 2009 porte sur la question de la volonté de destruction traversée par les générations, destruction qui peut être limitée dans l’ « agir » selon la formule d’Hannah Arendt.

La marque du réel du temps

Cette loi de la violence s’est matérialisée dans sa récurrence par la « volonté de puissance » telle que Nietzsche la décrit dans Der Wille zur Macht. Il n’y a pas la volonté de connaitre, il n’y a pas l’amour de la connaissance : la connaissance est une manifestation de la volonté de puissance. C’est ce qu’il s’est passé avec les juifs depuis des siècles, volonté de puissance dont le point d’orgue (la musique chez Nietzsche si importante…) a été la Shoah. Raul Hilberg, dans La destruction des juifs d’Europe ( 1961) en fait le bilan même s’il a dit ne par pouvoir répondre au « warum/pourquoi » de » la solution finale » : dès la première croisade, les juifs de Worms ou Rastibonne, sont persécutés et éliminés puis ils sont enfermés ou chassés (XVè au XXè s) jusqu’à la Shoah. Est-ce l’esprit de domination -la « volonté de puissance » selon Nietzsche- qui a conduit à ce que cela se passe ainsi en Allemagne ?

Ecrit dans Mein Kampf

En prison, Hitler avait tout écrit dans Mein Kampf de cet antagonisme : « L’ennemi mortel de notre pays, la France, tombera dans l’isolement, il faut enfin qu’on se rende compte d’un fait. L’ennemi mortel, l’ennemi impitoyable du peuple allemand est et reste la France…  » et plus loin : « Tant que l’éternel conflit mettant aux prises l’Allemagne et la France consistera dans la défensive allemande contre l’offensive française, il n’interviendra jamais de décision… on n’a qu’à étudier les fluctuations du front linguistique allemand depuis le XIIè siècle et l’on pourra difficilement compter sur l’heureuse issue d’un processus qui nous a été jusqu’à présent funeste. »  Les nazis ont voulu faire croire qu’ils n’ont fait que se plier au sens de l’histoire, dans la continuité historique d’un antisémitisme qui existait depuis des siècles.Sans limite temporelle, la loi de la violence a continué de s’appliquer sans abrogation. Car pour l’abroger il eut fallu faire cesser la volonté de puissance et de destruction… alors que les Allemands ont adhéré à la volonté de destruction et de puissance des nazis, et que les Français avec toutes leurs valeurs (leur droitdel’hommisme ) n’ont pas réussi à résister à cette volonté de puissance comme le prouve la mise en place de Vichy. Rappelons que les Britanniques, eux, ne s’y sont pas pliés…

Corona et autres poésies de Paul Celan : 

Il est grand temps que l’on sache

Il est grand temps que la pierre s’habitue à fleurir

Que le non-repos batte au cœur

Il est temps que le temps soit

Il est temps.

(trad Gil Pressnitzer)

Fugue de mort

Il crie enfoncez vos pelles plus profond dans la croûte de la terre vous autres chantez et jouez

Il se saisit du fer à sa ceinture il l’agite ; ses yeux sont bleus

Vous là enfoncez plus les bêches vous autres jouez encore jusqu’à la danse

 

Lait noir du petit matin nous te buvons à la nuit

Nous te buvons au midi et au matin nous te buvons au soir

Nous buvons et buvons

Un homme habite la maison tes cheveux d’or Margarete

tes cheveux de cendre Sulamit il joue avec les serpents

il crie jouez plus douce la mort

la mort est un maître venu d’Allemagne

il crie plus sombres les violons et alors vous monterez en fumée dans l’air

alors vous aurez une tombe dans les nuages où l’on gît non serré

Paul Celan

MPS

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