Auschwitz, matricule A 15 790

Week-end de 14 juillet en Normandie chez un homme qui est le père de ma meilleure amie… Une rencontre avec le réel.

Tatouage contre Dieu

Sur son bras est toujours tatoué le matricule « A 15 790 ». Elie ne l’a jamais fait enlever. A 89 ans, il affiche une vitalité extraordinaire. Je lui trouve la même force physique et le moral remarquable que j’avais trouvé chez Henri Borlant, un autre déporté que j’ai longuement interviewé pour la télévision.

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La noblesse de ses traits tient à ses pommettes hautes. Il est nerveux, comme tout homme blessé. Je suis complètement bouleversée d’être là, et de parler avec lui. Dans le désert dont certains sont traversés, il est parfois possible d’écouter, mais si l’autre accepte de se livrer, de dévoiler son coeur. Cela fait plus de 25 ans que je connais Sophie. Et je n’ai jamais pu parler véritablement avec lui. Je lui demande de me raconter son départ pour Auschwitz. Il avait quitté Tours en 1942, très précisément le 8 février. Après un séjour en zone libre, son père l’avait emmené en Italie. Mais au début de l’année 1944, il est déporté au camp de Fossoli, celui où a séjourné Primo Lévi. Alors que ce dernier part en février pour Auschwitz, Elie reste encore 3 mois sur place. Il n’est déporté qu’en avril 1944, pour Auschwitz-Birkenau. A l’arrivée au camp d’extermination, il est mis comme les autres en quarantaine. Puis il est affecté au Lager « D », à côté du « E » où étaient « parqués » les tziganes. Ces derniers étaient là avec leurs chants et les voix qui portent, et puis un matin, « il s’est fait un grand silence, on ne les a plus entendus, ils étaient venus les chercher ».

L’automne 1944, il a travaillé sur les routes et les chantiers. Et lorsqu’un commando a été constitué pour aller déminer le port de Dantzig, il s’est désigné comme volontaire, pour suivre un ami de fortune.

De chantiers en travaux forcés, il a été libéré le 29 avril 1945. « C’était un dimanche, à 17 heures, je me le rappelle très précisément, nous étions là, encombrés de cette liberté si subite. Cela s’est passé à Dachau. Le camp de concentration avait été libéré par des soldats américains de la 45è Division d’infanterie de la 7 è armée américaine. Lorsqu’ils sont entrés dans le camp allemand, les soldats ont trouvé à l’intérieur de 40 wagons sans toit (ou wagons de marchandises) de nombreux cadavres décharnés à un stade avancé de décomposition. Ils ont rapporté avoir découvert dans des salles des centaines de cadavres nus ou à peine vêtus entassés du sol au plafond, un crématorium à charbon et une chambre à gaz. Le commandant du camp SS-Hauptsturmführer Martin Weiss avait fui le camp avant l’arrivée des troupes américaines, avec les hommes de la garnison.

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