François Hollande/Angela Merkel au Louvre : les Français seraient-ils germanophobes ? Warum ?

La endgültige Katastrophe est-elle évitable ? La réponse avec la visite de la Chancelière allemande au Louvre pour visiter l’exposition « De l’Allemagne », que certains outre-Rhin ont vivement critiquée. Alors, 50 ans après le traité de l’Elysée entre l’Allemagne et la France, au-delà de la volonté affichée d’instruire le public français, n’y a-t-il une effronterie française à démontrer le « destin nazi » d’un pays dont l’art et la philosophie ont été porteurs en germe d’une idéologie particulièrement hégémonique et meurtrière, si tant est qu’il y ait eu « volonté » de le démontrer. Parlons clair : une fois de plus, je citerai Hannah Arendt pour les nombreux travaux qu’elle a publiés à ce propos. Et de souligner les liens longuement commentés entre  le culte romantique de la nature de Friedrich et le paganisme SS, ou encore ceux entre les peintres nazaréens et la mise en scène des cérémonies nazies en particulier à Nuremberg et à Munich. Certains comme Andréas Beyer, directeur du Centre allemand d’histoire de l’art de Paris ont donné à l’affaire une tournure diplomatique avec ce qu’elle engendre de non-dits : l’exposition, selon lui, démontrerait que le nazisme est né du romantisme allemand, de son histoire et de sa culture. Le débat serait de l’ordre de l’essentiel, mais il ne se fera pas, le contexte économique et politique prévalant sur la question d’ordre éthique et historique.  En effet, la crise européenne ne va-t-elle pas occulter les intentions des acteurs de cette querelle désormais diplomatique ? Karl Hofer

Le crieur, huile de Karl Hofer, 1935

Au-delà de la compréhension de l’art allemand (l’expo s’arrête en 1939…), l’événement revient sur la question des origines du nazisme et il serait étonnant (Goethe ne disait-il pas que l’étonnement est la situation la plus haute de l’esprit ?) que la France ne puisse s’emparer de ce que nos voisins Allemands qualifient de « scandale » ( c’est Die Zeit je crois qui a qualifié l’expo de scandale politico-culturel). Pourquoi ne pourrait-elle exposer ses hypothèses, si une fois de plus son intention est là ? Ne devrait-il pas alors y avoir une réponse à la mesure de ce questionnement ? D’ailleurs nous attendons qu’une nouvelle exposition à Berlin nous fasse savoir quelle erreur a été commise.

Devant l’ampleur d’une telle polémique, il semblerait hasardeux d’affirmer que la plupart des Allemands sont au clair avec la période la plus sombre de leur histoire. C’est ce que démontre cette actualité. Tout comme l’exposition sur Hitler à Berlin en 2011 (qui avait suscité de vives réactions), cette affaire illustre le rapport complexe que l’Allemagne entretient avec son passé. Ce rapport a été façonné par la tentative d’ Habermas dans les années 80 de réhabiliter une histoire allemande patriotique. L’historien américain, Daniel Goldhagen lui a répondu dans les « Bourreaux volontaires de Hitler », affirmant au contraire que tous les Allemands ont une part de culpabilité dans les crimes perpétrés par les nazis. La génération nouvelle est née après la chute du mur de Berlin, il serait bon qu’elle accède à ces faisceaux de connaissance sans la faire hériter d’une culpabilité collective qui n’aurait pas de sens, comme le dit Arendt, mais une culpabilité individuelle, fruit d’une de la prise de conscience que « le passé ne passe pas », selon l’expression d’un universitaire américain, Donal O’Sullivan (California State University of Northridge).

Visite guidée de François Hollande pour Angela Merkel

Pour en finir avec la querelle, le Président français emmène donc au Louvre la Chancelière allemande. Exit la querelle, il est bon de rappeler ce qu’avait écrit en réponse à Die Zeit Henri Loyrette, Président-directeur à l’époque du Louvre au mois d’avril : « Les accusations visant à faire croire aux lecteurs allemands que le Louvre a cherché à donner une ‘vision sinistre’ de l’Allemagne sont totalement infondées. Nous n’avons eu d’autre ambition que de faire découvrir au public français la richesse, la diversité et l’inventivité de la peinture allemande de 1800-1939 ». Et sans vouloir faire la leçon, concluons : le rapport au passé est un partage : si outre-Rhin certains préféreront désespérer d’être Allemands seuls et sans miroir, peut-être parce qu’il reste trop peu de juifs allemands pour en défendre l’idée, ici en France il est question de traces et de volonté d’affirmer une conscience éclairée.

Warum ?

Il me semble qu’une seule question est en mesure d’être posée : pourquoi ? Pourquoi un tel tollé Outre-Rhin ? Pourquoi si le passé nazi est soldé y a-t-il une telle violence dans la réaction de l’opinion à travers la presse ? Ce qui est pardonné doit pouvoir faire l’objet d’un souvenir permanent, non accusatoire mais récitatif et mémorial. Alors pourquoi de telles réactions si le passé est soldé ? Oui, pourquoi ?… Il me semble opportun de rappeler un extrait du livre de Primo Lévi, Et si c’est un homme, où il est question d’une question : warum ? Ce « pourquoi » s’opposait à la réponse du nazi à Primo Lévi le jour où un soldat allemand lui arrache de la bouche un stalactite de glace qu’il veut boire alors qu’il est assoiffé à son arrivée au camps d’Auschwitz : « Warum ? ». La réponse de l’autre (l’Allemand SS) : « Ici il n’y a pas de pourquoi ». Rappelons-le : depuis 1945, il est possible de demander « pourquoi ? ».

Walter Benjamin, Hannah Arendt… l’exil pour une nouvelle identité juive

L’art exprime la représentation du monde dans notre imaginaire. Il n’est pas qu’une représentation esthétique. Sans revenir sur la question de l’essence allemande du nazisme, il semble intéressant de rappeler que les juifs allemands en exil ont aussi offert un miroir intéressant de cette germanité. Ainsi, à  propos de Walter Benjamin et d’autres juifs exilés, Gershom Scholem explique combien ils écrivirent avec la pleine conscience de la distance qui les séparait en tant que juifs de leurs lecteurs allemands. Tout en se sachant liés à la langue et à l’univers mental allemand, ils n’ont jamais succombé à l’illusion d’être là chez eux. Ceux qui ne sont pas revenus en Allemagne ont dû construire ailleurs une nouvelle identité, à côté de cette culpabilité allemande récurrente.

MPS

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