Malaise dans la civilisation, l’addiction comme symptôme identitaire

Le 23 mai paraît mon livre co-écrit avec le Professeur Amine Benyamina de l’Hôpital Paul Brousse à Villejuif…

Promis, demain j’arrête ! (éditions Michel Lafon) sera en librairie la semaine prochaine. Consacré aux addictions, phénomène qui s’étend et prend des formes multiples, le livre offre des clés pour comprendre cette pathologie à travers des histoires étonnantes.Image

Marie-Pierre Samitier et le Pr Amine Benyamina de l’Hôpital Paul Brousse à Villejuif

Le livre explique pourquoi on ne tombe pas par hasard dans l’alcool ou dans les jeux d’argent. L’histoire familiale, la projection de l’ « autre » (l’ « autre » du couple ou de la fratrie, ou tout « autre »), le travail, etc… constituent un environnement qui va déclencher les premières « prises ». Ensuite, d’autres facteurs vont entrer en ligne de compte, qu’ils soient génétiques, sociaux, économiques…

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Au-delà des clés que le livre propose pour soigner l’addiction, grâce à la science et aux avancées cognitivo-comportementales, il me semble que ce phénomène illustre une forme de lien social qui s’étend au fur et à mesure que l’affaiblissement de la fonction paternelle augmente.

Lien social et péché originel

Freud en cela s’était intéressé fortement à la clinique du social. Rappelons que pour lui la civilisation repose sur le meurtre du Père, acte fondateur qu’il relate dans Totem et Tabou (1913). Selon lui, une horde d’individus dominés par un père violent, dominateur, gardant les femelles à son compte et chassant ses fils, aurait décidé de le tuer. De là une culpabilité et un père-mort toujours plus puissant. De là aussi la loi du désir qui s’articulerait autour de la transmission d’une culpabilité originelle. Pour Freud, la construction du lien social repose sur le meurtre du père, qui a suscité un sentiment de culpabilité si intense que la loi arbitraire s’est imposée (sous forme d’une intériorisation de l’interdit de l’inceste) et l’identification. Car il y a identification des fils au père. L’identification est le socle de la stabilisation du lien social. C’est un lien affectif autre que l’amour, il modèle le psychisme pour s’adapter au modèle de paternité. L’addiction prend cette forme identificatoire. Le malaise dans la civilisation (Malaise dans la civilisation, Freud, 1929) signifie qu’il y a échec de l’identification, autrement dit qu’il y a division et non plus unité. Il y a division du sujet dans la civilisation. Au-delà du mythe freudien, Lacan introduira le concept de « discours », ajoutant que ce qui fonde le lien social  est le champ du langage et le signifiant.

L’addiction serait la forme évolutive de cette identification. La défaillance de la fonction paternelle et le sentiment d’être pris dans un conflit de loyauté au regard d’un péché originel inévitable font prendre au lien social de nouvelles formes, comme autant de modes d’addiction (électronique avec FB ou les jeux en réseau, cannabis, alcool sous de nouvelles formes, que ce soit en temporalité avec les « before » ou les »binge drinking »…). De là notre questionnement sur les nouveaux modes de fonctionnement d’une société dont on peut se demander ce que sont désormais ses idéaux.

MPS

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