La Turquie est-elle encore laïque ?

Ce voyage en Turquie pour préparer un nouveau livre me laisse perplexe. Loin des sentiers battus par les touristes (Allemands, Espagnols et Français), le quartier de Balat au Nord du centre-ville semble calme, bien que miséreux.

Un quartier ni marqué politiquement ni religieux. Mais on y entend que les islamistes du quartier incitent les femmes à se couvrir pour être pieuses. La population vit au-dessous du seuil de pauvreté, essentiellement rurale et débarquée dans les années 90 du Sud-Est anatolien.

Quartier de Balat à Istanbul, 23 avril 2011

Une réhabilitation du quartier avait été envisagée, soutenue par le Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO après un rapport de 1997. Ce qui frappe, au-delà de l’immobilisme aujourd’hui,c’est l’importance symbolique du lieu.Ce fut le quartier juif d’Istanbul et l’architecture remarquable des immeubles d’habitation, qu’on discerne sous les replâtrages et rafistolages de surface, laisse imaginer la vie agréable qui s’y déroula autrefois. En 1492, les Juifs sépharades chassés d’Espagne s’installèrent là et les rites religieux s’adaptèrent à cette nouvelle population. De ce temps révolu, il reste une petite synagogue (photo) « Ahrida » où vînt prier Sabbataï Tsevi.

Ahrida Synagogue

Que reste-t-il de tout cela ? Presque rien. Une minuscule communauté juive vit dans un autre quartier d’Istanbul, et la synagogue est toujours là. Mais tout a fondu dans un monde où il n’y a guère de place pour des communautés religieuses autres, tels les  Chrétiens arméniens et les Juifs.

Le Bosphore

Patrouille à l’entrée de la Mer Noire

Marie-Pierre Samitier – Didier Long

Toutefois, la Turquie est le seul État musulman qui ait une constitution laïque. Et la volonté politique affichée de conserver cette laïcité comme principe fondamental est louable. Mais la pression des religieux s’accentue et cette année je constate la multiplication des foulards, certes de couleur et agréables à regarder, mais quasi systématiques chez les jeunes femmes. Comment cela va-t-il évoluer ?

Uskudar, rive asiatique

Le modèle turc aurait pu permettre de concilier islam et démocratie. En réalité, le dogme religieux s’infiltre partout. L’indice le plus explicite se manifeste à travers la presse, laquelle est de plus en plus contrôlée. Preuve en est l’incarcération de confrères : Soner Yalcin pour appartenance au réseau Ergenekon (en février). Soupçonnés et arrêtés pour la même raison, deux journalistes Nédim Sener et Ahmet Sik. Cette « détérioration de la liberté de la presse », comme le note un rapport est le signe d’un éloignement du modèle laïque et démocratique présenté par le pouvoir turc.

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